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Critique d'album

Pink Floyd


A Saucerful of Secrets


(29/06/1968 - EMI - Prog éthéré - Genre : Rock)
Produit par Norman Smith

1- Let There Be More Light / 2- Remember a Day / 3- Set the Controls for the Heart of the Sun / 4- Corporal Clegg / 5- A Saucerful of Secrets / 6- See-Saw / 7- Jugband Blues
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Pink Floyd se sépare de Syd Barrett et se construit une nouvelle légende"
Nicolas, le 17/01/2012
( mots)

Il a souvent été difficile, pour les critiques, d'apprécier A Saucerful Of Secrets pour ses compositions en elles-même tant le contexte de son enregistrement s'est révélé angoissant et dramatique pour Pink Floyd. Difficile, également, de ne pas comparer l'album à The Piper At The Gate Of Dawn dont il est le successeur direct mais dont il se démarque pourtant de façon radicale par la force des choses. Mais si ce deuxième disque représente la profession de foi d'un groupe qui a osé le pari insensé de poursuivre son parcours musical privé de son chanteur, guitariste et compositeur, il recèle en son sein des joyaux tour à tout poétiques et inquiétants qui resplendissent de leur simple fait.

Les événements qui entourent Saucerful s'avèrent si exceptionnels qu'ils ne peuvent bien sûr pas être passés sous silence. Alors que l'enregistrement du successeur de Piper débute à la mi 1967, l'état mental de Syd Barrett devient une source d'inquiétude de plus en plus prégnante pour Waters, Mason et Wright. Accro au LSD au dernier degré, le frontman apparaît de plus en plus taciturne, s'enferme dans des phases de mutisme, séquestre parfois sa petite amie dans son appartement et fait preuve d'une irrégularité de plus en plus préjudiciable en concert. Les retards sur scène s'accumulent, tout comme les oublis de paroles, puis la situation se dégrade au point où l'homme se révèle incapable d'assurer son poste et se voit réduit à errer sur les planches l’œil hagard, tout en jouant des séries de notes monotonales de façon erratiques à la guitare. Les médecins sont incapables de caractériser le mal qui ronge Barrett, même si le mot schizophrénie est lâché par des spécialistes désarmés. Une seule certitude : son cas est jugé incurable. Les trois autres membres doivent donc prendre une décision capitale pour compenser cette perte inestimable. Si l'idée d'une éviction pure et simple est d'emblée envisagée (quelques contacts ont même été pris auprès de Jeff Beck en tant que remplaçant de luxe), c'est la temporisation qui se voit finalement retenue dans l'espoir où Barrett retrouve un jour ses esprits. Le leader est donc transitoirement écarté des lives de Pink Floyd, et c'est David Gilmour, un ami d'enfance de Syd Barrett, qui est appelé à la rescousse en janvier 1968 pour pourvoir au poste de guitariste tandis que Waters et Wright se partagent le chant sur scène. En studio, tout ce beau monde espère que le Crazy Diamond sera à même d'assurer son statut et de livrer en temps et en heure des créations aussi stupéfiantes que celles de Piper. Mais là encore, le Floyd doit rapidement déchanter car Barrett se révèle à peine capable de tenir un discours cohérent, et sa participation au successeur de Piper s'amenuise de plus en plus au fil du temps. Fin mars, les quatre autres partenaires sont contraints, la mort dans l'âme, de prendre la décision d'écarter définitivement Syd Barrett du line-up officiel de Pink Floyd.

Cette décision, déjà lourde de conséquence quant à l'avenir lointain de la formation, l'est encore plus en ce qui concerne l'album en cours d'enregistrement alors qu'EMI commence à s'inquiéter du retard pris par la production du disque. Pire : Barrett représentait à lui seul le principal attrait extérieur du groupe, son moteur créatif mais aussi sa source d'originalité et d'inspiration : impossible de communiquer sur une telle défection sans déclencher un vent de panique auprès des financiers et du public naissant du Floyd. Il est donc convenu, à l'unanimité, de ne pas annoncer l'expulsion de Syd Barrett avant la sortie du disque. A Saucerful Of Secrets est donc le seul disque issu d'un Floyd à cinq têtes, "Set The Controls For The Heart Of The Sun" et "Remember A Day" étant les deux seuls morceaux crédités de tous les membres du groupe. La participation artistique de Barrett, si elle demeure peu importante, n'en est pas moins significative avec le morceau "Jugband Blues", sarabande surréaliste réalisée sur une improvisation de musiciens de l'armée du salut au cours de laquelle l'artiste tire sa révérence et fait part de sa gêne quant à son statut mental et au désordre qu'il a semé au sein de la formation ("Je vous suis particulièrement obligé de rendre clair le fait que je ne suis pas ici (...) et je n'ai pas peur de me sentir nerveux à vos côtés"). Pour le reste, les compositions et le chant sont le fruit de Roger Waters et Rick Wright, David Gilmour n'ayant pas encore suffisamment pris ses marques au sein du groupe pour proposer une matière convenable. Le parti pris des deux co-leaders temporaires est de coller d'assez près à l'esprit de Piper tant dans les formats proposés (longue pièce expérimentale avec "A Saucerful Of Secrets", alter ego d' "Interstellar Overdrive" sur l'opus précédent, et morceaux plus courts le reste du temps) que dans les textes à forte consonance fantastique ("Let There Be More Light" décrivant l'arrivée d'extra-terrestres sur terre, "Set The Controls..." s'inspirant d'un poème chinois mystique). Pour autant, pas plus que Piper, Saucerful ne parvient à retranscrire l'ambiance hallucinée des concerts hors norme du Floyd des années 67-68, le pré-requis ayant été, comme pour son prédécesseur, de se focaliser sur des morceaux courts plus acceptables commercialement parlant. Néanmoins, la transition vers le nouveau Floyd s'effectue de façon aiguë de par l'absence du jeu fantasque et atonal de Barrett (remplacé par un Gilmour encore très bluesy et impersonnel) et la transmutation des comptines psychédéliques en des trips à consonance orientale portés par la basse omniprésente de Waters. A signaler également l'unique participation chantée de Nick Mason au sein du Floyd avec "Corporal Clegg", morceau traitant d'un sujet grave (un invalide de guerre tombé dans l'oubli) sur un ton jovial qui tire parti de l'emploi amusant du kazoo en fin de titre.

C'est donc en jonglant entre différentes contraintes majeures que Pink Floyd parvient, à l'arrache et avec toute la conviction du désespoir, à accoucher d'un album étonnamment cohérent et crédible. Même si le spectre de Piper et de son excellence plane en permanence au dessus du disque, on finit par oublier les fantasmes de réalisations futures avortées et à accepter ce nouveau Floyd, moins extravagant mais terriblement concerné par son produit. Ce résultat n'aurait jamais pu être obtenu si les membres soi-disant mineurs de l'époque Barrett n'avaient pas fait montre de réels dons de composition et d'interprétation, reflétant rétrospectivement une image du Pink Floyd originel bien peu en adéquation avec l'idée d'un "Syd Barrett et son backing band". La force mélodique des morceaux demeure indiscutable, les compositions watersiennes se détachant du lot par la force de lignes de basse simples mais terriblement hypnotiques ("Let There Be More Light" et "Set The Controls For The Heart Of The Sun", tous deux grandioses). Rick Wright n'est pas en reste et signe, avec "Remember A Day" et "See Saw", deux morceaux plus calmes et terriens qui nous plongent dans une lourde mélancolie nostalgique amplifiée par l'omniprésence englobante de l'accompagnement. Quant à Gilmour, même s'il se contente des seconds rôles, il laisse déjà rugir avidement sa guitare sur les plans terminaux de "Let There Be...", prémices de participations futures beaucoup plus alléchantes. Reste le cas du monstrueux "A Saucerful Of Secrets", l'un des trips proto-floydiens les plus difficiles à appréhender. L'habillage studio ici proposé, tout comme les versions live mise à notre disposition officiellement (sur Ummagumma et le Live At Pompeii), ne rend malheureusement pas compte de toute la puissance tétanisante déclenchée par les tourbillons étranges et ténébreux de ce monolithe, fait d'autant plus notable qu'ici, Gilmour n'a pas encore pris toute la place qui lui revient. Évocation d'une bataille rangée allant de sa préparation à sa conclusion en passant par les tourments de l'affrontement, le morceau ne prend toute son ampleur qu'après de longues et patientes écoutes un peu crispantes, mais il finit par dégager une très forte impression née de son chaos des larsens, toms tribaux, gongs et nappes d'orgues auxquels succède l'apaisement hébété et mélancolique de l'après-guerre (Rick Wright dans ses meilleures œuvres).

La qualité d'A Saucerful Of Secrets a convaincu plus que de raison les cadres d'EMI et le public qu'un Floyd sans Syd Barrett pouvait largement se concevoir. C'est bizarrement dans l'urgence et l'épreuve que le groupe est parvenu à créer une sorte d'équilibre subtil entre tendances expérimentales, voyages allégoriques et complaintes sereines. Cet équilibre ne sera malheureusement pas retrouvé avant bien longtemps, More se trouvant prisonnier du carcan issu de l’illustration d'un film, Ummagumma pêchant par sa volonté de trop chercher la crédibilité artistique et Atom Heart Mother butant dans le piège de l'air du temps. Saucerful est ainsi bien plus qu'un simple album de transition ou qu'un pis-aller à la défection de Syd Barrett : c'est le disque fondateur tout autant que le crédo d'une formation qui, par ce manifeste, signe son entrée dans une période de recherche musicale incessante. Au fait, c'est aussi l'un des meilleurs albums de Pink Floyd... mais ça, vous vous en doutiez déjà.

Commentaires
Sylvain, le 05/09/2016 à 18:35
Sans aller jusqu'à dire de "A saucerful of secrets" que c'est l'un des meilleurs albums du Floyd, il contient néanmoins trois perles rares. D'abord "Remember a day", l'une des meilleures compositions de Rick Wright, et deux titres de Roger Waters : "Let there be more Light" et "Set the controls for the heart of the sun" (celui-ci figure d'ailleurs dans le Best of Echoes). "A saucerful of secrets" est un album de transition qui marque le véritable début du groupe.
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