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Critique d'album

The Strokes


Angles


(18/03/2011 - RCA - Garage - Genre : Rock)
Produit par Gus Oberg, Joe Chiccarelli, The Strokes

1- Machu Picchu / 2- Under Cover of Darkness / 3- Two Kinds of Happiness / 4- You're So Right / 5- Taken for a Fool / 6- Games / 7- Call Me Back / 8- Gratisfaction / 9- Metabolism / 10- Life Is Simple in the Moonlight
Note de 3/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"A la limite de l'implosion, les Strokes parviennent pourtant à garder le cap."
Nicolas, le 31/03/2011
( mots)

Commençons cet aperçu d'Angles par un constat dérangeant. Le fait est établi : le revival garage, ce vaste mouvement cradingue, nostalgique et viscéral qui a baigné l'ensemble des années 2000, a débuté à partir de Is This It. Évidemment, il est toujours difficile de toucher à ce genre d'albums séminaux ayant engendré tous les excès en terme de tressages de laurier, mais presque dix ans plus tard, et malgré tout le bien que ce disque a apporté au rock 00's (surtout en terme d'appréhension et d'attitude), il faut pourtant lui reconnaître certaines limites liées à des mélodies encore hésitantes et à des tics d'enregistrement énervants (comme cette voix gâchée par un micro saturé et ce son global complètement étouffé). Bref. Passons rapidement sur la suite de l'histoire, sur un groupe qui ne s'est pas franchement foulé et sur deux bons albums (voire très bon pour Room On fire et ses tubes en roue libre) pour regarder sereinement vers le passé. Ainsi, il nous faut désormais admettre une vérité pourtant difficile à avaler : l'engouement critique monstre autour du revival garage des années 2000, la montée vertigineuse des Libertines (et leur descente foudroyante) , l'explosion des White Stripes, tout ce cirque n'a finalement tenu qu'à un groupe et à un album que tout le monde, sans exception, a surévalués. De plus, que dire si ce n'est que les White Stripes n'existent plus, que les Black Keys font désormais du rock bien plus conventionnel, que les Libertines ont été réanimés à leur corps défendant et qu'ils sont depuis maintenus sous respirateur artificiel à grands renforts de livres sterlings, et que les Strokes, eux, se retrouvent pratiquement en état de mort clinique ? Ainsi en est-il de ce revival, condamné à suivre le chemin des autres courants majeurs du rock avant lui, le grunge n'en étant que l'exemple le plus caricatural.

Pas la peine de reprendre par le détail le contexte chaotique qui a servi de terreau putride à ce quatrième album quasi-miraculé. On en rappellera seulement les grands axes : une pause de près de six années, un leader vexé de voir ses compositions boudées par ses petits copains et qui décide de s'enfermer dans un mutisme et un immobilisme complets, des side-projects en pagaille du côté de ses congénères, et au final une volonté de résurrection des Strokes de la part des Hammond Jr, Valensi, Fraiture et Moretti, quadriplette qui a bien dû sentir que mieux valait encore faire partie de l'un des groupes de rock les plus bankables du monde que de végéter chacun dans son projet confidentiel. En face, Julian Casablancas se marre : il s'est marié, est devenu père de famille, a cessé le tabac et l'alcool, et jouit d'une aura bien plus grande que celle de ses camarades. Cette aura lui a permis de tirer un certain succès du médiocre Phrazes For The Young, album solo à l'esthétique 80's surannée et basé en grande partie sur les morceaux rejetés par ses nases de potes. En résumé, Casa est heureux et accompli, et ça, pour une rock star, ce n'est jamais bon signe. Les Strokes ? Rien à talquer, alors tant qu'on y est, autant faire durer le plaisir. Le type se met à prétexter des incompatibilités de planning et finit par refuser de travailler de concert avec les quatre autres larrons, lesquels se voient contraints d'enregistrer le disque seuls dans leur coin et de refiler les masters par correspondance à Casablancas afin que môssieur daigne y déposer sa voix. Et on ne parlera même pas des séances studio aux côtés de Joe Chicarelli, avortées dès l'année 2009, qui ont conduit le groupe (ou ce qu'il en reste) à ré-enregistrer l'ensemble de l'album (sauf le dernier titre) en auto-prod' dans le studio d'Albert Hammond Jr. Ah oui, il paraît que le chanteur tête de mule a eu cette attitude solitaire pour "forcer le groupe à se mettre au travail et à ne plus compter uniquement sur sa seule impulsion". Il paraît. Aux dernières nouvelles, JC ne communique toujours que par mail avec ses copains. Bonjour l'ambiance.

Cependant, ne nous trompons pas de point de vue. L'appréhension ressentie légitimement aux premiers passages de platine d'Angles doit plutôt viser le je m'en-foutisme de Julian que la guerre qui sévit au sein du groupe. Ce n'est pas parce que les types ne peuvent plus s'encadrer qu'ils ne sont pas capables de réussir leur album. Après tout, Bossa Nova et Trompe Le Monde ont été enregistrés sans que Black Francis et Kim Deal ne s'adressent la parole, et Red l'a été sans que Robert Fripp ne prononce le moindre mot en studio, avec les résultats (excellents) que l'on connaît. Au contraire même, compte tenu de l'état d'esprit hostile du leader des Strokes, mieux valait que celui-ci se tienne le plus loin possible du groupe durant l'enregistrement afin de ne pas contaminer encore plus ses congénères. Tout au plus peut-on affirmer que cette atmosphère irrespirable conduira probablement à une séparation définitive des Strokes dans un futur proche, et ce malgré les rumeurs rassurantes qui voudraient que les cinq hommes souhaitent se mettre rapidement à enregistrer leur cinquième album. L'avenir nous donnera raison, ou pas.

En attendant, il est indéniable que l'ambiance délétère au sein du groupe transparaît sur ce quatrième album studio. Le son y est rêche et acide, la voix de Casablancas se fait beaucoup plus aiguë et crissante, et la nonchalance proverbiale des Strokes laisse parfois la place à une étonnante tension, réalisant une somme d'ingrédients assez déstabilisants de prime abord. Par ailleurs, la schizophrénie créative du groupe n'a pas pu être totalement contrôlée, et les cinq hommes, empêtrés dans leurs contradictions, n'ont pas su opérer jusqu'à son terme le choix crucial entre fructification de l'héritage du passé et porte ouverte vers l'avenir, ajoutant ainsi une poignée de titres dans la plus pure tradition Strokes à des essais sensiblement plus originaux - pour lesquels le terme expérimental serait peut-être un peu exagéré. Pourtant, au fil des passages, force est de constater que la catastrophe annoncée n'a pas eu lieu. Angles, bardé de 10 titres concis et percutants, se révèle d'une tenue parfaitement acceptable, même (et surtout) pour un groupe de cette stature, et - cerise sur le gâteau - bien moins bavard que son prédécesseur. A l'image d'un premier single sautillant et morveux, "Under Cover Of Darkness", les cinq américains montrent que le cadavre de leur groupe bouge encore avec une énergie plus vivace que celle du désespoir. Question classicisme, "Gratisfaction" joue la même carte de la morgue solaire, à mi-chemin entre les Beatles et Television : c'est aussi beau que frais et dansant, et ça en devient donc indispensable. Même son de cloche pour "Taken For A Fool", titre beaucoup plus tendu avec un Casablancas prêt à mordre sur le couplet pour mieux lâcher un grand refrain strokesien en diable, et toujours ce jeu de question-réponse guitaristique terriblement complémentaire entre Valensi et Hammond Jr, et cette ligne de basse groovy et ultra-mélodique de Fraiture. On y trouve aussi quelques morceaux franchement bandants, comme un "Machu Picchu" porté par un chanteur beaucoup plus impliqué qu'on ne l'aurait cru, à la voix aigre et tranchante qui passe du flegme le plus narquois à l'hystérie la plus démonstrative, tandis que le morceau nous balade entre calme et tempête au rythme de riffs cognés avec férocité. Plus loin, "You're So Right" développe une atmosphère asphyxiante tandis que l'organe de Casablancas se voit démultiplié en un chœur de moines gavés d'hélium et de LSD. Réécoutez encore le pont du titre, avec ces syllabes hachées et ces dissonances en arrière fond, c'est vraiment du grand art. "Metabolism", quant à lui, rappelle les morceaux les plus opulents de First Impressions Of Earth mais sans en avoir la lourdeur, mention spéciale à la montée vocale de Julian tout à la fin. Quel putain de chanteur, quand même. Et quand le disque se calme, on se trouve lové dans une ambiance rêveuse et enfin sereine ("Call Me Back") ou dégageant des trésors de classe mélodique ("Life Is Simple In The Moonlight", aussi évident qu'efficace). Au chapitre des regrets, on ne citera finalement que "Two Kinds Of Hapiness", pas franchement inoubliable, et surtout la concession synth pop faite à Julian Casablancas, "Games", qui aurait pu sans problème trouver sa place sur son album solo : guitares aphones, grandes nappes de synthés planantes, boîte à rythme, bref, un bourbier passéiste que seul l'excellent Fraiture vient sauver de la banalité avec ses lignes de quatre cordes tendues.

De façon intrinsèque, Angles est un album réussi : les titres, quoique dissemblables et éclatés, s'enchaînent plutôt bien et se laissent tous, même les moins reluisants, déguster avec plaisir (ce qui n'est pas le cas des "Ask Me Anything" et "Killing Lies" de l'effort précédent, totalement inécoutables). Oh certes, les grincheux joueront les rabats-joie en arguant que Is This It et Room On Fire étaient meilleurs, ce qui n'est pas faux. Et alors ? De façon extrinsèque, de la part d'un groupe mort-vivant qui n'avait de toute façon plus aucune raison de nous donner le moindre espoir depuis des lustres, ce quatrième jet tient tout aussi bien la route. Et c'est finalement là-dessus qu'il faut insister : quand on a enfin réussi à faire descendre les  Strokes d'un piédestal sur lequel ils n'auraient jamais dû monter, on peut remettre le titre de "sauveurs du rock" en jeu et enfin comprendre que l'on se trouve en présence d'un groupe de rock racé, talentueux et inspiré, probablement un peu flemmard aussi, comme une bande de surdoués paresseux et égotiques à la fois tributaires et victimes de leur talent, qui nous a offert à ce jour quatre albums parfaitement appréciables en l'état. Le minimum syndical pour un groupe qui garde toujours un profond capital de sympathie, capital que cet Angles n'arrivera probablement pas à écorner. Note : à l'heure où ces lignes sont écrites, les Strokes n'ont pas encore splitté. Stay tuned.

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