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Compte-rendu de concert

Massive Attack


Date : 26/02/2016
Salle : Zénith (Paris)
Première partie : Young Fathers

Avant-dernière étape du grand retour scénique des pionniers du trip hop made in Bristol, entre classiques de longue date et nouveautés fraîchement dévoilées sur disque. Une grand-messe malheureusement bien fade, entachée par de multiples avaries techniques ôtant toute forme de magie à cette prestation mi-figue, mi-raisin.

Alan, le 04/03/2016
( mots)

En sept révolutions autour d’une boule de gaz géante, le monde a connu moult péripéties - et pas des plus réjouissantes : l’Occident s’est enlisé dans une crise dont l’absurdité n’a d’égal que les ravages qu’elle a causés, le Proche-Orient est en proie à des guerres toutes plus dramatiques les unes que les autres, et il est désormais légitime de supposer que Bozo Trump sera le prochain à nonchalamment poser ses santiags sur le resolute desk du Bureau Ovale. À ce stade, il paraît évidemment inutile d’évoquer en plus les tragiques évènements qui ont frappé Paris sur cette période - d’autant plus que ceux-ci s’étalèrent non pas sur sept, mais sur moins d’un an. Damn.

En bref, près de sept ans plus tard, toujours pas de nouvel album de Tool ou de Metallica à se passer en boucle (faut pas déconner), mais le retour sur scène de Massive Attack dans la capitale est finalement acté - pour peu qu'on ne tienne pas compte de deux passages successifs à Rock en Seine (2010) et à la Fête de l’Huma (2014) ; en plus, en bon parisiens qui se respectent, on préfèrera dire que Saint-Cloud et La Courneuve, c’est la petite couronne. Un retour attendu donc, teasé depuis quelques mois déjà et entériné avec la sortie récente de Ritual Spirit, nouvel EP marquant le renouveau discographique de Robert Del Naja et Grant Marshall après presque six ans d’absence quasi-totale  - avec en prime un “Take It There” chanté avec Tricky, une première depuis plus de vingt ans !
 
De la même manière qu’en novembre 2009 où 3D et toute sa clique investirent le Zénith deux soirs de suite pour venir présenter Heligoland, Massive Attack a donc tenu à clôturer sa tournée sur deux dates parisiennes pour venir présenter sa dernière production studio. À jamais associé à un déchaînement de son et lumière synonyme d’expérience de spectacle vivant parmi les plus grisantes, le souvenir de cette prestation exceptionnelle induisit de hautes exigences a priori légitimes pour ce doublé parisien. Et passé un set tribal de la part des Young Fathers, il était grand-temps de voir si Del Naja et ses sbires avaient su rester à la hauteur de leur dernière démonstration de force intramuros.
 
Big Brother is watching you
 
C’est sous un déluge de basses que le public se voit inondé dès les premiers instants alors que le groupe entame “United Snakes”, dévoilant au passage une scénographie épurée : le gigantesque écran LED marque son grand retour, assénant images subliminales en rafales derrière le groupe - qui pour le live renoue une fois encore avec sa paire de batteurs, Julien Brown et le nouveau venu John Tonks se partageant les parties entre batteries respectivement électronique et semi-acoustique. La voix de 3D résonne tandis que se mêlent aux logos de multinationales sur l’écran les drapeaux des pays que celles-ci sont accusées de piller. Puis suit “Clock Forward”, inédit sur lequel opère Martina Topley-Bird. L’ex-muse de Tricky chante “We anticipate love” tandis que l’écran matraque au spectateur ce qui résonne comme autant de requêtes ineptes auxquelles Google tente de répondre : “Comment devenir riche ?”, “Puis-je mélanger aspirine et Xanax ?” ou “Comment me souvenir de mes rêves ?” viennent ainsi appuyer un discours qui aura davantage tendance à prendre le pas sur la musique qu'à vraiment susciter des interrogations au sein de l'assemblée.
 
Un constat amer au vu de la rigueur dont fait pourtant preuve le groupe sur scène, chacun trouvant sa place jusque dans les séquences les plus complexes du set - on évoquera notamment “Future Proof” durant lequel la guitare d’Angelo Bruschini se laisse aller aux explosions sonores les plus folles au milieu des nombreuses couches de clavier : un climax musical intense où chaque déflagration retentit pourtant avec une extrême précision. Le guitariste participe activement à l’élaboration d’atmosphères hypnotiques, triturant les cordes de son instrument aux côtés des claviers glaçants du viscéral “Risingson” ou en délivrant au contraire un arpège chaleureux et lénitif sur l’envoûtant “Ritual Spirit”. La dimension visuelle du spectacle, bien qu’en adéquation avec l’identité du groupe, peine cependant à suivre, lésée par de nombreuses redondances dans la chorégraphie des lumières. Le discours pro-migrants repose quant à lui sur des nombres et autres statistiques assénés sans interruption pendant les deux heures de concert, le tout se voulant aussi lassant qu’assommant à la longue.
 
On ne sait ainsi plus où donner de la tête lorsque défilent chiffres sur les flux migratoires en Europe ou noms de sites détruits par les conflits religieux au Proche-Orient, la surabondance de données phagocytant ici une musique pourtant captivante et à l’exécution soignée : difficile en effet de rester de marbre devant l’émotion suscitée par “Paradise Circus” ou la réorchestration intimiste de “Teardrop”, tous deux chantés par Martina Topley-Bird - décidément à l’honneur ce soir. La belle ne sera pourtant pas la seule à venir fouler la scène du Zénith aux côtés du groupe, celle-ci prenant part au traditionnel ballet de chanteurs se déroulant sur scène : chaque titre résonne au son d’une voix différente comme l’exige la tradition lors d’un concert du collectif de Bristol. On se réjouit ainsi d’entendre l’inusable Horace Andy chanter un “Angel” épique, guitares tous azimuts, ou de découvrir la frêle voix d’Azekel sur “Ritual Spirit”. Deborah Miller opère sur “Safe from Harm” et s’époumone avec grande classe sur “Unfinished Sympathy” comme à son habitude, et le rappel voit les Young Fathers remonter sur scène pour chanter “Voodoo in My Blood” et l’inédit “He Needs Me”.
 
[_ERROR 404: NOT FOUND]
 
Un minutieux cérémonial au cours duquel Tricky brille néanmoins par son absence, l’enfant prodigue n’ayant même pas pris la peine de se joindre à ses confrères pour entériner son retour au bercail. On est ainsi tiraillé entre surprise et déception en découvrant Daddy G poser son verbe en lieu et place du Knowle West Boy sur “Take It There”, puis frappé par le désespoir à mesure que “Karmacoma” se fait désirer sans jamais se manifester. “Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé” : c’est un peu l’impression qui ressort de cette absence évidemment dommageable et lourde de conséquences, tant musicalement que symboliquement. Et alors que les défauts s’accumulent encore et encore au fil de ce papier, on n’a pourtant pas encore évoqué les malencontreuses avaries qui ont tout simplement anéanti la spectacle : plus que jamais en 2016, gare à la panne informatique.
 
C’est après un “Future Proof” exaltant et maîtrisé que le groupe évacue la scène, sans explication aucune. Lumières éteintes, on devine dans l’obscurité deux techniciens dont le faisceau des lampes frontales s’agite sur scène. Une minute passe, puis deux, puis cinq : cinq minutes d’interruption au cours desquelles le public s’agite, se questionne. Émanent de la fosse de plus en plus de vapeurs de nicotine - et plus si affinités - tandis que l’impatience finit par rattraper un public laissé-pour-compte. C’est finalement après cinq longues minutes que toute la troupe réinvestit la scène, Del Naja fermant la marche et gratifiant la foule d’un timide geste de la main. Ni excuses, ni explications ne viendront ponctuer la fin d’un intermède aussi involontaire que désagréable. Un manque de considération pour le public qui s’en ressent et finit de briser la fragile diégèse du spectacle, la musique peinant à reprendre le dessus sur les émotions de l’assemblée. Entre fascination intimiste et défouloir décibélique, “Teardrop” et “Angel” relancent la machine non sans difficulté avant que le groupe n’entame le dernier morceau du set : le sinistre “Inertia Creeps” démarre a priori sans accroc - jusqu’à ce que Robert Del Naja succombe à un accès de rage et quitte violemment la scène, avant même le premier refrain. 
 
C’est finalement d’un technicien français que le public apprendra que “des problèmes techniques vont forcer [le groupe] à interrompre le concert quelques minutes”. Excédés, les moins patients quitteront la salle avant que la machinerie de la scène, pourtant rodée après plus d’un mois de tournée, ne soit de nouveau opérationnelle. C’est cette fois-ci après dix minutes interminables que le concert reprend son cours tant bien que mal, “Safe from Harm” ouvrant un rappel qui ne parviendra malheureusement pas à sauver les meubles : l’aura magnétique qui émane habituellement de Massive Attack s’est ici totalement dissipée et a laissé place à autant de frustration que de malaise. La tension est palpable, le groupe ne prenant même pas la peine d’achever un “Inertia Creeps” pourtant avorté deux fois. Hommage aux victimes du 13 novembre, final, rideau : les maigres applaudissements qui suivent traduisent un retour dans la capitale en forme d’échec après près de sept ans d’absence. Aucune complication ne fut pourtant à déplorer le lendemain, mais karmacoma’s a bitch, et les quelques six mille personnes présentes ce soir ne purent que se mordre les doigts d’avoir misé sur le mauvais cheval.

Amer constat que l’absence totale de nouveauté dans la scénographie de Massive Attack, celle-ci ne reposant encore une fois que sur ce même écran LED inquisiteur que le groupe traîne dans ses valises depuis la tournée ayant suivi 100th Window en 2003. Vraisemblablement incapable de renouveler son spectacle, Robert Del Naja n’a de plus pas pu - ou su ? - faire passer son message, celui-ci ayant tristement sombré dans les affres d’une panne calamiteuse ayant ôté toute forme de propos à un discours de toute manière trop affirmé pour être réellement efficace. Autant de tares qui ont malheureusement fait de l’ombre à un groupe de musiciens remarquables, ceux-ci réinterprétant sur scène les titres de leur répertoire avec une rigueur exemplaire. On en serait presque à espérer un album live, sans images ni faux-semblants, pour pouvoir pleinement savourer une musique qui, quoi qu’on en dise, mérite qu’on y prête une oreille attentive. Rendez-vous dans sept ans ?

Setlist : 1. United Snakes - 2. Clock Forward - 3. Risingson - 4. Paradise Circus - 5. Ritual Spirit - 6. Girl I Love You - 7. Psyche (Flash Treatment) - 8. Future Proof - 9. Jupiter - 10. Teardrop - 11. Angel - 12. Inertia Creeps

Rappel : 13. Safe from Harm - 14. Take It There - 15. Voodoo in My Blood - 16. He Needs Me

Final : 17. Unfinished Sympathy - 18. Splitting the Atom

Commentaires
adrock, le 04/03/2016 à 19:39
Comme quoi les années passent, et leurs concerts sont toujours aussi désastreux...
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