Parcours secret
Salle : Kursaal (Dunkerque)
Première partie :
C'est sous un soleil de plomb et avec un vent - fait rarissime pour le dunkerquois - discret que le groupe de festivaliers de La Bonne Aventure se dirige depuis le Kursaal vers le LAAC pour son parcours secret dominical (oui c'est un genre de messe). Ambiancé par des Johnny Wallace un peu moins causants que l'an dernier (mais non moins drôles), les mélomanes aventuriers atterrissent dans les jardins du musée, parasols à la main, coussins sous les fesses.
Près des petits étangs à l'ombre apparait le groupe secret. Bien moins pour le public qui se colle sous n'importe quel buisson. Trois musiciens accompagnent notre entrée dans un silence de canicule. Un percussionniste (électronique), un guitariste et un claviériste/ trompettiste sont présents sous le nom de Blick Bassy et tranquillisent le lieu déjà calme. Un petit vent se lève et tout le pollen avec lui, c'est beau.
Camerounais d'origine, le musicien sort cette année l'album Mádibá, chanté en langue baasa dont le thème est l'eau comme "élément vivant nécessaire à la survie de l'autre" et "constituant et lien entre nous", comme l'explique l'interprète. La setlist sera presque exclusivement constituée de ses nouveaux titres, tel le premier titre "Loba" qui nous place dans une atmosphère à la Sigur Rós avec le son éthéré de l'octapad, une bien belle invention.
"Nop" a des airs de slogans dans les choeurs et est lissé pour une voix non moins incarnée. A bien des moments on pourrait relier Blick Bassy à Kishi Bashi dans son abord de l'exploration de ses morceaux et sa construction retenue en nappes pop électroniques progressives et progressistes. Même leurs noms respectifs se font écho. Plus loin "Benguè" a une grâce cérémonieuse.
Les albums précédents (notamment 1958) rendaient hommage aux héros de la résistance anti-colonialiste camerounaise, "Mpodol" a un rythme enlevé et galopant et sonne comme une comptine, et "Ndjè Yem" est résolument jazzy, ce qui laisse apercevoir le spectre des possibilités impressionnantes de l'artiste.
Avec la même délicatesse et capacité prolifique qu'un Erland Cooper ou Simon Tong (au sein du groupe Erland and the Carnival), Blick Bassy distille une musique aussi légère et retenue que revendicatrice d'un profond équilibre. L'artiste va prochainement lancer des parcours secrets musicaux au Cameroun et vient d'être sélectionné parmi les dix finalistes du Prix Joséphine qui récompense "la qualité de la production musicale et l'excellence artistique", ce qui n'a pas été démenti cet après-midi.
Setlist:
Loba
Nop
Hola Me
Bissaï
Li Yanga
Metam
Benguè
Mpodol
Ndjè yem
Touyè
Tell me