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Interview d'Alain Dister


Caroline, le 19/08/2007
Ecrivain, journaliste, photographe... Alain Dister a passé son temps à traverser l'Atlantique. Aux Etats-Unis, il rencontre les Ramones, devient ami avec Patti Smith, suit de près le MC5. En France, il organise le tout premier concert punk, en 1976. Il écrit pour Rock n'Folk, publie des livres (Oh, Hippie Days raconte ses pérégrinations aux Etats-Unis), ramène des photos. Injecte l'univers culturel et musical américain sur le sol français. On le retrouve au café "Les Baroudeurs". Ca ne s'invente pas. Pour Albumrock, il revient sur le punk, son histoire, ses souvenirs.

"Le punk-rock c'est un style, une façon de jouer de la guitare alors que le rock-punk c'est un engagement, une politique."





Comment est né le punk ?

D'abord, tu connais le sens du mot ? « Punk », en anglais, ça vient de l'argot utilisé dans la marine. Le « punk », c'était le moins que rien, l'esclave sexuel à bord. De la marine, c'est passé dans les prisons. Et Zappa a intitulé une de ses chansons « Flower Punk », en 67. Le Flower Punk c'était le petit glandeur, avec ses fleurs dans les cheveux... Ensuite, les critiques de rock de Detroit, comme Lester Bangs pour le magazine Creem, ont repris ce terme pour désigner les groupes qui sévissaient à L.A, à Detroit. Ces groupes, c'était le MC5, Iggy Pop. On est en 69. Quelques années plus tard, en 73, arrivent les New York Dolls, les proto-punk par excellence. Tout ce petit monde fréquente le lower east side à New York, et en particulier un endroit appelé le Gem's Spa : c'est un lieu qui a eu une grande importance culturelle à New York. Tout ça a été poussé par les deux « parrains » du punk, Iggy Pop et surtout John Cale, tellement brillant.


Aux US, le MC5 et les Ramones. En Angleterre, les Sex Pistols et les Clash. Quelles différences des deux côtés de l'Atlantique ?

La différence est gigantesque ! En Angleterre, le punk est surtout une affaire d'attitude, de provoc' gratuite. Le punk américain est beaucoup plus inspiré, a davantage de racines culturelles, littéraires. Patti Smith et Tom Verlaine (chanteur de Television, NDLR) sont des poètes, avant d'être des musiciens. Aux Etats-Unis le mouvement punk est influencé par les auteurs de la Beat Generation, Ginsberg, Burroughs.
En Angleterre c'est complètement différent. Le punk découle du pub rock, mené par Dr Feelgood. Les Pistols et les Clash se sont d'abord inspirés de cette musique. Les punks américains sont plus engagés. De toute façon, les US et l'Angleterre ne cessent de s'espionner les uns les autres, de s'inspirer mutuellement. En France on était un peu loin de ces influences. La scène punk n'était pas héritière des Pistols, c'était des gens qui avaient flashé sur les Dolls en 73, sur Lou Reed. D'ailleurs, on a presque plus capté ça en province qu'à Paris.


C'est quoi l'esprit punk ?

Il y a deux choses à ne pas confondre : le punk-rock et le rock-punk. Le punk-rock, c'est un style, une façon de jouer de la guitare, très amplifiée. Greenday fait du punk-rock. Les Strokes font du punk-rock. Le rock-punk, c'est une autre tendance, c'est un engagement, une politique.
Les vrais punks revendiquent leurs origines, la pauvreté et la débrouillardise, c'est l'esprit du Do It Yourself : se faire ses vêtements avec de la récup', des fringues d'Emmaüs... Ca va, parfois, jusqu'à mener une vie en autarcie... être libéré de toute idée de consommation. Ca c'était surtout la 2e vague du punk, en 81, avec Exploited, le Subhumans. Les punks à crête. Rien à voir avec les punks ultra-lookés, avec leur bracelet en cuir tout neuf et les clous qui brillent ! Aujourd'hui, certains héritiers du punk US sont encore très engagés, contre Bush par exemple. Comme NOFX. En France, certains groupes ont gardé cet esprit, comme les Barrocks, qui tournent un peu à Paris, comme La Dérive des Incontinents, vers chez moi (en Bourgogne, NDLR). Comme Les Wampas.


Vos meilleurs souvenirs punk ?

Les concerts de MC5 à New York en 69. Et le premier concert punk que j'ai organisé avec un ami à la Villette, en 76. Il fallait être sous couvert d'une association pour pouvoir faire ça, on s'était rapprochés de Lutte Ouvrière, je crois. On s'en foutait de la politique, on voulait de la musique... On a invité Enjoy Faith, et les fameux Stinky Toys. A l'époque, j'avais une émission sur France Musique. Je sais pas si tu écoutes cette radio, mais c'est calme.... Tous les vendredis, de 18h55 à 19h (sic), j'avais la séquence punk. C'était tellement décalé par rapport au style de la radio ! Je passais les premiers disques de Métal Urbain...


Qu'est-ce que vous pensez des groupes d'aujourd'hui ?

Avant, quand on enregistrait un vinyle, c'était un 45 tours. Si on avait la chance de faire un album, c'était 17 minutes par face, pas plus ! Les albums des Ramones, c'est 34 minutes à tout casser... Aujourd'hui, les CD font 70 minutes, 75... c'est trop, du coup il y a beaucoup de remplissage, avec deux ou trois morceaux seulement qui émergent. Il y a des bons groupes, quand même, comme les Strokes, les Kings of Leon. Y a des choses pas mal du tout chez les Kings of Leon.
Ce que j'aime avant tout, c'est la musique in situ, là où elle se fait... c'est quand je vais aux US écouter des musiciens, entre eux, dans leur jus. Un groupe comme Calexico par exemple. Quand on vit avec eux, on découvre tout un monde. Ca va jusqu'à la nourriture !


Pour finir, un mot pour définir chacune de ses personnalités.

Johnny Rotten ?

Intelligent.

Joe Strummer ?
Généreux.

Patti Smith ?
Intello.

Nick Kent ?
Parisien.

John Cale ?
Talentueux.

Lou Reed ?
Malin.

Sid Vicious ?
Manipulé.

Merci à Alain Dister.
Site officiel : www.alaindister.com

Propos recueillis par Caroline Revol.
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