
Peter Frampton
Frampton Comes Alive!
Produit par Peter Frampton


Mimi
Peter Kenneth Frampton a été frappé par la grande malédiction rock en 1962, à l’âge de douze ans...
Il était alors élève au sein de la Broomley Technical School où son paternel Owen Frampton enseignait les rudiments artistiques au petit David Robert Jones, qui sera plus tard mieux connu sous le patronyme de David Bowie.
Petit Jones avait son groupe rock (George And The Dragons) et petit Frampton avait le sien (The Little Ravens). Selon la légende rock, il arrivait aux deux gamins de jouer des titres de Buddy Holly pendant la récréation.
Même si c’est pas vraiment vrai, c’est tellement mimi qu’on a envie d’y croire.
Soutenu par des parents avisés, Peter connaît ses premiers succès dès 1966 comme chanteur guitariste de The Herd (avec Andy Bown aux claviers), un quatuor pop-rock psychédélique assez insupportable mais bien dans l’esprit de son temps.
Trois ans plus tard, alors que sa gueule d’ange fait déjà la couverture des magazines branchés, il rejoint Steve Marriott pour fonder le désormais mythique Humble Pie.
Parallèlement au groupe, Peter collabore en studio avec George Harrison, Harry Nilsson, Jerry Lee Lewis et John Entwistle. On peut difficilement rêver mieux comme début de carrière. La trajectoire est quasiment (1) parfaite. Décollage vertical et maîtrisé.
Après quatre albums avec Humble Pie, Frampton largue les amarres et se lance dans une carrière solo.
Et ce n’est sincèrement pas la meilleure idée de sa vie...
Obstiné et bosseur, il va tourner sans cesse pour promouvoir des albums qui ont tous un étrange point commun : vous ne les trouverez nulle part dans la collection des petits rockers seventies continentaux. Même chez les plus complétistes d’entre eux.
Pour mémoire, il y aura Wind Of Change (1972), Frampton’s Camel (1973), Somethin’s Happening (1974) et Frampton (retour à la case départ en 1975).
A l’écoute, il s’avère que Peter Frampton est un compositeur extrêmement générique. Malgré sa bonne bouille, les quatre albums ne se vendent pas. Mais une ritournelle qui figure en deuxième place sur l’album Frampton va bientôt réécrire l’histoire. Il y aura un après et un avant "Show Me The Way", un titre marqué par le son de la talk-box à laquelle Frampton avait été initié au début des seventies tandis qu’il officiait comme musicien de studio.
La talk-box est à la guitare ce que le purgatif est à la constipation. Un remède vaguement empirique qui inspire des grimaces. Le son produit par la guitare est conduit par un tuyau en plastique jusqu’à la bouche du musicien. Lorsque celui-ci vocalise à l’unisson sur les notes qu’il joue simultanément, il modifie le son de son instrument. Une horreur. C’est juste moche (2) mais ça a été un insupportable phénomène de mode. Pourtant, c’est, porté par ce son improbable que "Show Me The Way" deviendra bientôt un titre emblématique.
Mais sous une autre forme...
Alive !
En ces temps préhistoriques, l’insuccès de plusieurs albums successifs signifiait généralement une rupture de contrat avec la maison de disques. Il était alors coutumier de sortir un Double Live, histoire de disposer d’un Best Of produit à vil coût mais vendu beau et cher (histoire de renflouer les caisses).
Ce sera Frampton Comes Alive!
Enregistré de juin à novembre 1975, au gré de concerts donnés entre San Francisco et New-York, l’opus a donné du fil à retordre à ses concepteurs et, principalement à Peter Frampton qui, pour des raisons d’économies, avait été promu au rang de producteur improvisé (3)...
Des incidents techniques à répétition ont en effet imposé un travail complémentaire (et des réenregistrements) en studio. Le micro de la grosse caisse avait été déplacé par inadvertance ; la talk-box n’était pas branchée pour "Show Me The Way" (un comble) ; le piano était inaudible sur "I Wanna Go To The Sun" au même titre que les voix sur le premier couplet de "Something’s Happening"…
Le double album sera astucieusement présenté de manière à faciliter l’écoute sur les lecteurs de vinyles séquentiels équipés d’un auto-coupling : le disque 1 comporte les faces 1 et 4 et le disque 2, les faces 2 et 3. L’opus est également vendu à un petit prix, à peine un dollar de plus qu’un album simple.
La photographie de couverture (datant de 1974) est relativement quelconque ; elle ne met pas spécifiquement l’artiste en valeur. Il a même l’air plus niais qu’inspiré. Par contre, Black Beauty, sa Gibson Les Paul noire de 1954 (qui apparaît essentiellement au verso) est simplement magnifique.
Mystère rock
Cinquante années après sa publication, il reste impossible de savoir ce qui a fait le succès de "Show Me The Way" dans sa version publique. Le titre bêtement basique (en Ré, Si mineur et Sol), écrit en vingt minutes, a été inspiré à Frampton par la jolie Penny McCall, sa petite amie du moment.
Et pourtant, le single va cartonner puis, dans la foulée, faire de Frampton Comes Alive! un octuple album de platine aux USA.
Consécration ultime…
S’imposer aujourd’hui l’écoute intégrale de ce double album (qui a très mal vieilli) relève de l’exploit sportif. Le son est moyen et la set-list indigeste ne comporte objectivement aucun moment vraiment exaltant parmi ses quatorze plages. Le massacre de "Jumping Jack Flash" est un des blasphèmes les plus douloureux de la petite histoire du rock. Et il faut une préparation mentale de para-commando pour se farcir cette punition ultime pour les tympans qu’est l’interminable "Do You Feel Like We Do" (14 minutes et quinze secondes de souffrance garantie).
Mais, comme disait Milton Friedman, la primauté doit être exclusivement réservée au profit. En résumé, si quelque chose se vend, c’est qu’il y a des couillons pour l’acheter. Et peu importe la valeur intrinsèque du produit.
Mouais...
So What ?
En 1978, au sommet de sa gloire éphémère, Peter Frampton incarne très (mais vraiment très) malhabilement le petit-fils imaginaire du Sergent Poivre dans Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (3), l’ahurissant nanard ultime initié par The Bee Gees.
Le film (où les acteurs chantent mal la musique et où les musiciens jouent encore plus mal la comédie) est un désastre sans nom. En termes d’image de marque, il entraînera tous ses promoteurs dans un naufrage qui sera fatal à certains (5).
Dans la foulée, Peter Frampton se sépare de sa muse Penny McCall (6) et s’explose en voiture aux Bahamas. Souffrant de fractures, d’une peine de cœur, d'une commotion cérébrale et de multiples lésions, il sombre provisoirement dans la toxicomanie (avant de trouver le chemin de la rédemption).
Malédiction rock oblige, Frampton Come Alive! sera par conséquent le chant du cygne de son auteur qui, par la suite, ne sortira plus que quelques albums bancals dans l’indifférence générale.
En 2019, l’Anglais apprendra qu’il est atteint d’une myosite, une cruelle maladie dégénérative qui le prive petit à petit de sa dextérité à la guitare...
Un petit tour et puis s’en va...
Sélection express
Les petits rockers pressés écouteront prioritairement "Baby I Love Your Way" (toujours inspiré par Penny McCall) et l’inévitable scie "Show Me The Way". Ils éviteront prudemment le reste et principalement l’insupportable "Do You Feel Like We Do".
(1) On pourrait lui reprocher d’avoir également joué dans le backing band de Johnny Hallyday mais c’était un péché de jeunesse. On le retrouve, par exemple, à la Gibson sur le cultissime "La musique que j’aime".
(2) Ce sera également douloureux pour certains. L’usage intensif de la talk-box provoque en effet des douleurs aux dents et au palais des musiciens de même qu’aux oreilles des spectateurs.
(3) L’autoproduction prive évidemment l’artiste de ce "regard extérieur" qui fait souvent la différence.
(4) Le film est à mettre au crédit (?) de de Michael Schultz. Il fait définitivement partie du Top 3 de mes navets préférés. Il y a des moments tellement mal fichus que ça en devient culte.
(5) On retrouvera par la suite Peter Frampton comme guest chez The Simpson… Il y est plus convaincant. Mais moins comique que Homer.
(6) Pour les juristes (on peut aimer le rock et les arguties stériles), Penny intentera un procès retentissant à Peter, plaidant devant le juge Gagliardi de New-York que sa cohabitation avec le musicien (et son implication incontestable dans sa carrière et son succès) valait de facto mariage et l’autorisait à réclamer la moitié des avoirs engrangés par Frampton. Le jugement rendu en 1981 déboutera Penny sous le prétexte qu’elle n’avait jamais réellement manifesté la volonté d’épouser son bonhomme et que lui donner les droits liés à un mariage équivaudrait à promouvoir scandaleusement l’adultère. Ô tempora, Ô mores...
Cette 173ème chronique pour AlbumRock est garantie 100 % sans talk-box.
Elle est dédiée à tous ceux et toutes celles que je vois se battre alentours pour que notre petit monde garantisse encore un minimum de dignité à ses habitants.
Je remercie le Colonel Cox (qui m’a ouvert ses précieux dossiers classifiés), les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, mon épouse fort patiente et mon brave chien Gupette qui, dès les premières notes de talk-box, s’est enfuie dans le petit bois qui prolonge le jardin. Reviens, Gupette ! C’est fini ! J’ai changé le disque dans la machine à musique !
















