
Gentle Giant
Interview
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1- Interview / 2- Empty City / 3- I Lost My Head / 4- Another Show / 5- Give It Back / 6- Design / 7- Timing


Plusieurs raisons peuvent expliquer votre intérêt pour cette chronique : vous connaissez la discographie de Gentle Giant et vous êtes curieux de connaître l’avis d’un autre mélomane à propos de cet album plutôt décrié ; ou alors, vous ne connaissez pas l’opus en question et vous sautez sur l’occasion de lire une critique sur cette galette anecdotique au sein de la discographie d’une des plus belles gloires du rock progressif anglais.
Et si jamais vous ne connaissiez pas Interview, n’en ressentez aucune honte : la légère baisse d’inspiration qui se faisait déjà sentir sur Free Hand (1975) commence à devenir ici un peu plus sévère, avant de dégénérer petit à petit en une incurie chronique. Fort heureusement, nous n’en sommes pas encore là et Interview est très loin d’être une calamité, malgré une pochette au goût discutable, et ce même si le cas Gentle Giant illustre parfaitement la baisse de régime du rock progressif souvent située au mitan de la décennie.
Parler de concept album serait exagéré, mais Interview est organisé autour d’un faux entretien dont des passages sont éparpillés au fil des morceaux : cela peut conduire à des moments drolatiques, notamment quand, sur "Design", les membres répondent en chœur dans un brouhaha incompréhensible au journaliste leur ayant demandé de définir leur musique. Gentle Giant met ainsi en scène son rapport conflictuel à l’industrie musicale qui n’a jamais vraiment compris leur esthétique et ne lui a donné sa chance qu’au prix d’un apprivoisement et donc, d’un appauvrissement.
In medias res, l’auditeur est emporté dans l’ambiance d’un studio ou d’un bar où se déroule l’interview en question, avant qu’"Interview" ne développe ses jeux rythmiques qui lorgnent vers le funk, direction qu’on retrouve jusque dans le choix des sons de claviers, à moins que le groupe ne prenne des détours plus jazzy sans jamais sacrifier son identité par des développements ambitieux misant sur l’instrumentation électrique. Si ce premier morceau est plutôt réussi, d’autres compositions n’apportent qu’une satisfaction modérée : "Design" donne l’impression d’une structure inaboutie, l’énergique "Another Show" est répétitif malgré sa courte durée, et le très rock "Timing" est finalement attendu. En définitive, la faute du groupe est de ne pas parvenir à nous surprendre alors que c’était jusque-là sa qualité principale. Ou alors, il le fait à travers des idées saugrenues, comme l’incursion vers le reggae sur "Give It Back", un choix déjà fait par Led Zeppelin avec des arrangements très différents.
L’album comporte aussi des moments de grâce. "Empty City" d’abord, une ballade raffinée qui passe du jazz à une forme plus conventionnelle de rock progressif - plus mélodique en tout cas, même si la marque expérimentale du combo reste bien présente. Ensuite, "I Lost My Head" rejoue la carte médiévale/Renaissance avec beaucoup d’élégance, mêlant bizarreries, richesse instrumentale et rock plus mélodieux, rappelant ainsi les belles heures de Gryphon.
Il y a donc toujours de quoi satisfaire l’amateur de rock progressif sur Interview, qui s’inscrit encore parfaitement dans le style caractéristique du groupe, avant que les choses ne se gâtent vraiment.
À écouter : "Interview", "Empty City"



















