
Genesis
A Trick of the Tail
Produit par David Hentschel, Genesis
1- Dance on a Volcano / 2- Entangled / 3- Squonk / 4- Mad Man Moon / 5- Robbery, Assault and Battery / 6- Ripples / 7- A Trick of the Tail / 8- Los Endos


Au début de l’année 1975, Peter Gabriel, chanteur iconique de Genesis, décide de quitter le groupe et de lancer sa carrière solo. De son côté, Steve Hackett, l’un des guitaristes les plus talentueux de sa génération, publie sous son nom Voyage of the Acolyte, sans pour autant remettre en cause sa présence dans le combo – les autres musiciens participent d’ailleurs à cette œuvre magistrale.
Ainsi, Genesis n’est plus qu’un quatuor, mais cette reconfiguration n’enterre pas la formation emblématique du rock progressif : il faut seulement s’adapter, une qualité que le groupe saura mettre à profit à quatre, et un peu moins quand ...and then there were three... Pour ce faire, Phil Collins incarne le double statut de batteur et de chanteur, même si sur scène, il invitera Bill Bruford (Yes, King Crimson) pour tenir les percussions quand il doit assurer des lignes de chant les plus exigeantes. Sur album par contre, Phil Collins occupe à la fois le rôle de Gabriel, avec la voix duquel on notera des similarités malgré des différences d’interprétation, et bien sûr celui de batteur, où il réalise un travail monstrueux sur l’ensemble des titres d’A Trick of the Tail, comme en témoigne par exemple, le final paradigmatiquement progressif "Los Endos". Peut-être faut-il y voir l’influence de sa collaboration avec Brand X, une nouvelle formation de jazz-rock qui l’a embauché et qui publie la même année son premier album (Unorthodox Behaviour) ? Quoiqu’il en soit, l’une des qualités principales d’ A Trick of the Tail vient bien du jeu de batterie époustouflant de Collins ici à son plus haut niveau.
L’opus a également pour défi de faire suite à l’album concept The Lamb Lies Down on Broadway (1974), qui s’était éloigné de l’esthétique classique de Genesis : le groupe doit donc proposer au public une forme de retour aux sources tout en offrant des évolutions dignes d’une démarche véritablement progressive. À cette fin, il saura puiser chez Rush et Yes par exemple, comme on l’entend sur "Dance on a Volcano" qui par contre, lors des développements instrumentaux, renoue brillamment avec la saveur canoniquement genesienne. Cette belle entrée en matière est aussi rassurante que l’est la pochette, un des plus beaux travaux d’Hipgnosis par ailleurs, qui met en scène un défilé carnavalesque, une mascarade fantastique digne des œuvres de Lewis Carroll et de l’univers visuel du groupe.
Plus loin, "Robbery, Assault and Battery" s’inscrit dans une démarche très classique, de même que la ballade "Entangled" qui est d’une douceur toute genesienne, sans manquer d’intensité, jusqu’à son final éthéré – tout simplement l’un des plus beaux moments de l’album. Le groupe s’essaye à quelque chose de plus pop sur "Mad Man Moon", une pièce d’abord dominée par le piano et le chant, là où la guitare s’impose sur "Ripples...". Ce dernier s’échappe du registre de la ballade pour aller vers un développement instrumental plus sombre et classicisant dans une montée en fanfare, rappelant parfois l’écriture de Voyage of the Acolyte de Steve Hackett. Moins convaincant, la première partie de "Squonk" se limite à un rock tamisé répétitif au rythme cadencé qui préfigure les travaux ultérieurs du groupe (la deuxième partie du titre est plus intéressante), de même que la légèreté très britannique d’"A Trick of the Tail" regarde un peu trop du côté des Beatles et d’Electric Light Orchestra.
Que l’on ait regretté le départ de Peter Gabriel, cela est tout à fait compréhensible au regard de son importance dans le dispositif du groupe. Cependant, il ne faudra pas sous-estimer les premiers pas de Genesis sans son leader charismatique, qui sont une vraie réussite et à bien des égards, qui dépassent la pop raffinée de son ancien chanteur en solo.
À écouter : "Dance on a Volcano", "Entangled", "Ripples..."


















