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Critique d'album

Leprous


Bilateral


(24/08/2011 - Inside Out - Metal prog norvégien - Genre : Hard / Métal)
Produit par Vegard Tveitan

1- Bilateral / 2- Forced Entry / 3- Restless / 4- Thorn / 5- Mb. Indifferentia / 6- Waste Of Air / 7- Mediocrity Wins / 8- Cryptogenic Desires / 9- Acquired Taste / 10- Painful Detour
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Bilatéralement foutraque, dément et inimitable"
Franck, le 05/10/2026
( mots)

Dès son premier album salué par la critique, Tall Poppy Syndrome (2009), Leprous a su marquer les esprits et, à son échelle, insuffler une dynamique nouvelle et bienvenue à une scène metal prog alors quelque peu embourbée dans une routine autocentrée. La musique résolument avant-gardiste du groupe norvégien se distinguait par un équilibre singulier entre expérimentation débridée et impact mélodique, porté par une aisance technique épatante et une rigueur assez rare pour un premier opus. L’audace des Scandinaves ne tarda d’ailleurs pas à payer : dès 2011, ils signaient chez InsideOut, leur offrant une exposition d’ampleur internationale. 


S’il n’a jamais été réellement revendiqué, un certain lien de parenté a toujours semblé exister entre Leprous et une formation comme The Mars Volta : même volonté de dynamiter les codes, même goût pour l’expérimentation et les compositions hors-normes. Une connexion qui semble ici se matérialiser jusque dans le choix de la pochette, ornée d’une peinture surréaliste de l’artiste espagnol Jeff Jordan, déjà à l’œuvre sur plusieurs albums du combo d’El Paso. 


Aucun vice caché sur la marchandise, donc : Bilateral ravira les amateurs de musique sophistiquée, bien barrée aussi, et surtout d’une richesse folle. Un disque qu’il faudra bien entendu prendre le temps de digérer pour bien percevoir l’étendue de ses subtilités. Si Tall Poppy Syndrome s’appréciait pour sa fougue et sa déjà forte ambition, il pouvait également rendre l’écoute assez éreintante par son ambivalence et l’amplitude vertigineuse des registres et tonalités abordés. Tout en restant très varié, Bilateral recentre quelque peu le propos, réduisant les grands écarts stylistiques et les passages les plus extrêmes à une proportion bien plus raisonnable, permettant ainsi d’en maximiser l’impact.


Tout en maintenant un rythme effréné, à l’image du démarrage sur les chapeaux de roues du titre éponyme, le groupe offre un large éventail de ses capacités : contrastant une approche sonore massive avec une dynamique plus pop ("Restless"), s’adonnant à un étonnant patchwork entre musique baroque, tantôt chaleureuse avec l’intégration de cuivres, tantôt macabre avec les déchirements vocaux d’Ihsahn ("Thorn"), ou encore s’aventurant du côté du rap avec l’introduction de "Mediocrity Wins" et d’une grandiloquence typiquement Muse-esque sur "Acquired Taste". À ce titre, mentionnons la transformation vocale de Solberg, qui prend ici toute sa dimension sans encore tomber dans la démesure qu’on pourra lui reprocher par la suite : une tessiture et une amplitude dans les aigus assez hors norme, qui constituent à n’en pas douter l’une des attractions de l’album, sans pour autant se montrer trop envahissantes.


Si certains morceaux, comme "Cryptogenic Desires", s’apprécient pour leur durée étonnamment courte, nos lépreux scandinaves atteignent de toute évidence leur plein potentiel sur les morceaux au long cours, imprévisibles à souhait et riches en mélodies à tiroirs, tout en faisant étalage d’une palette technique et mélodique dont peu de groupes peuvent se targuer. À ce titre, ne passez surtout pas à côté des deux mastodontes de l’album : l’indispensable "Forced Entry", avec son enchevêtrement rythmique improbable et son déroulé qui nous emmène de surprise en surprise, puis l’excellent "Painful Retour", qui, en guise de final, nous livre un refrain et une progression mélodique en mesure d’agripper l’auditeur pour ne plus le lâcher.


Ceux qui découvriront cet album sur le tard risqueront de minimiser son impact, tant la bande d’Einar Solberg a su nous proposer, ces dernières années, des oeuvres toujours plus abouties. Ne tombez pas dans le piège : imaginez simplement une telle galette débarquer sur votre platine au début des années 2010. L’amateur de musique alambiquée que vous étiez aurait certainement été sur le cul. Car tout est déjà là : l’ambition, la démesure, la maîtrise et cette volonté de repousser sans cesse les limites. Bilateral n’est pas seulement un témoignage de ce que Leprous était alors : il contient déjà, en filigrane, tout ce qu’il allait devenir.


 


A écouter : "Forced Entry", "Painful Detour"

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