
Racing Mount Pleasant
Racing Mount Pleasant
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Après un premier album sorti en 2022 sous le nom de Kingfisher, le collectif formé à l’université du Michigan change d’appellation pour Racing Mount Pleasant, offrant par la même occasion un second album éponyme trois ans plus tard. Oscillant entre indie, alt-rock, jazz et pop orchestrale, le groupe déploie des constructions et des arrangements inventifs de cordes, de bois et de cuivres qui feront immédiatement penser à Black Country, New Road, en plus sage et moins déstructuré. Bien que plus lisible, la musique proposée par les Américains se situe dans la droite lignée de celle de leurs cousins britanniques, et nécessitera une écoute active et attentive pour en saisir toutes les richesses.
L’album s’ouvre sur "Your New Place" aussi fascinant que décousu, morceau de bravoure introductif et parfaite entrée dans l’univers sonore du groupe où après une introduction feutrée, la batterie introduit une partition chaloupée et jubilatoire de cuivres et de bois entrecroisés. Les titres suivent souvent le même modèle de construction avec l’enrichissement progressif de patterns mélodiques au fil des mesures. La ravissante ballade ternaire "Emily" nous enveloppe ainsi dans une douceur cotonneuse avant un final porté par le souffle d’un saxophone ébouriffant, "Seminary" évoque un tempo lent à la Bon Iver illuminé par la chaleur lancinante du trombone tandis "Outlast" s’appuie sur une ritournelle mélodique envoutante qui ne manque pas de décoller une nouvelle fois dans sa seconde partie.
Si le collectif maîtrise pleinement l’art du crescendo, ce second album est avant tout un havre de douceur avec sa superposition constante de couches instrumentales cotonneuses. On se laisse aisément transporter par la délicatesse acoustique de « You », sur laquelle se pose un chant presque murmuré, la fragilité de "Seyburn" ou encore l’atmosphère ouatée de "Tenspeed" et son tempo arythmique rattrapé par ses salves de cuivres. Le chant très typé indie-folk de Sam Dubose, candide et discret, s’enrichit de chœurs aériens sur "You Pt. 2", d’un air de violon poignant sur "Your Old Place" et s’efface devant toute l’instrumentation magnifiée par une production de haute volée permettant d’apprécier chaque nuance mélodique et le grain de chaque instrument. La musique proposée n’est pas que cérébrale mais parle également au cœur et l’enthousiasme du groupe est véritablement communicatif sur le titre éponyme, doté d’une énergie électrisante. Enfin, "Call it Easy" est une véritable perle, avec sa mélancolie à fleur de peau et son pont sensible et harmonieux qui amène un superbe solo de saxophone languissant.
Alors que Black Country, New Road marque un peu le pas depuis le départ d’Isaac Woods, Racing Mount Pleasant reprend le flambeau de la plus belle des manières pour contenter les amateurs d’un rock alternatif exigeant capable de décloisonner les courants musicaux au service de la créativité.
















