
Barclay James Harvest
Octoberon
Produit par
1- The World Goes On / 2- May Day / 3- Ra / 4- Rock 'n' Roll Star / 5- Polk Street Rag / 6- Believe In Me / 7- Suicide


Comme Octopus, le titre du quatrième album de Gentle Giant, renvoyait aux huit moreaux qui le composent, Octoberon renvoie au rang de l’opus au sein de la discographie de Barclay James Harvest (Barclay James Harvest Live compris). De même, là où il y avait un jeu de mots évident avec la pieuvre chez Gentle Giant, Barclay James Harvest emprunte à Shakespeare la figure d’Oberon, qui règne en maître sur le royaume des Elfes (Le Songe d'une nuit d'été, v. 1590). Il est ici grimé en papillon, l’animal totem du groupe, au centre d’une pochette dont l’esthétique affirme l’ambition progressive du combo, déjà appuyée par son thème fantastique et par la référence à la culture classique.
C’est aussi sur le plan musical qu’Octoberon serait un album pleinement progressif, notamment du fait de pièces beaucoup plus longues qu’à l’accoutumé : c’est du moins ainsi qu’il est souvent présenté par les amateurs du groupe. Or, cette assertion mérite discussion.
Tout d’abord, l’album présente deux faces contrastées, dont la nature différente est symbolisée par des couleurs (bleu et rouge, pour être original) : la première est plus progressive, symphonique même, la deuxième est plus directe même si la dimension prog’ reste importante. Preuve en est, l’album se conclut sur l’ambitieux "Suicide?" – tout un symbole que de refermer un album de la sorte - variation symphonique d’"Imagine" dont les belles lignes de guitare soulignent toute la détresse du propos, avant un conclusion faite de bruits mystérieux (qui justifie maladroitement la longueur du titre).
Néanmoins, il est vrai que cette seconde face est plus immédiate : "Rock 'n' Roll Star" compose avec l’ambition orchestrale du groupe tout en imposant ses lignes de guitare séduisantes et accrocheuses, avant de retomber dans le soft-rock à la Electric Light Orchestra. Plus anecdotique, "Believe in Me" dévoile toutes les limites de la pop-rock de Barclay James Harvest, alors que "Polk Street Rag" est plus rock’n’roll, tout en maintenant les claviers inventifs pour rehausser la composition dans une ambiance quasi hypnotique.
Qu’en est-il de la première partie dite progressive ? L’adjectif n’est que partiellement valable, d’autant plus si l’on considère que la longueur n’est pas un critère suffisant (ni même, en réalité, fondamentalement nécessaire). Ainsi, "The World Goes On" est avant tout un bijou de pop folk orchestrale, à la manière des Moody Blues mais aussi des Beatles (jusqu’au solo de guitare à la "Octopus’s Gaden" – on y revient toujours), la pompe en plus, même s’il faut reconnaître la finesse et la sensibilité du groupe tout au long d’un développement soutenu. Les arpèges lumineux de "May Day", la plus longue pièce de l’opus, s’inscrivent dans cette même veine pop-progressive, qui prend son sens progressif par des évolutions de tempo ou de riff, ou dans la solennité de ses chœurs quasi grégoriens – on a rarement aussi bien fait dans l’histoire du rock. Finalement, seule "Ra" est une véritable œuvre progressive qui, entre son introduction et sa conclusions sombres, passe d’une montée en puissance sous forme de question-réponse entre la guitare et les claviers, à une accélération du tempo dans une direction cinématographique, puis retourne au calme dans un registre plus jazzy.
Deuxième opus de l’âge d’or du groupe, Octoberon continue d’asseoir le statut de Barclay James Harvest dans le panthéon des tenants de la pop progressive des 70s, sans pour autant avoir le pouvoir d’attraction de Time Honoured Ghosts (1975) ou de Gone to Earth (1977).
À écouter : "The World Goes On", "Ra"

















