
Elbow
Asleep in the Back
Produit par
1- Any Day Now / 2- Red / 3- Little Beast / 4- Powder Blue / 5- Bitten by the Tailfly / 6- Asleep in the Back / 7- Newborn / 8- Don't Mix Your Drinks / 9- Presuming Ed (Rest Easy) / 10- Coming Second / 11- Can't Stop / 12- Scattered Black and Whites


On le comprend dès la pochette de ce premier album, Elbow est un groupe qui a eu l'habitude de voir la porte close. Il est vrai que cette représentation sied parfaitement pour illustrer les prémices délicates de la carrière d’un des groupes britanniques les plus talentueux des années 2000.
Fortement influencé par les grands figures du prog' des seventies ainsi que le par le groupe Talk Talk et inversement peu inspiré par la britpop aboyeuse de l’époque, Guy Carvey s’engage au milieu des années 1990 avec son groupe sur une route à l’issue bien incertaine, approché puis rejeté par plusieurs labels, peaufinant ses compositions alambiquées dans l’ombre avant de signer pour une petite écurie de Manchester, Ugly Man.
Ce premier album est un pari, car l’univers développé par les Anglais est tout sauf facile d’accès, privilégiant les atmosphères, la patience et la richesse des arrangements plutôt que la recherche refrains frondeurs, en témoigne le drum & bass hypnotisant du titre d’ouverture "Any Day Now" et ses multiples couches de claviers. Si la voix chaude et envoutante de Guy Carvey marque immédiatement les esprits et possède une capacité d’accroche hors normes sur les titres les plus spontanés tels que "Red" ou "Powder Blue", on est bien loin de la facilité mélodique (ce n’est pas une critique) de Coldplay qui sort Parachutes un an plus tôt.
Les Mancuniens apprécient les jolies ballades qui mettent en évidence les nombreuses inflexions vocales émouvantes de Guy Carvey comme sur le titre éponyme ainsi que "Don't Mix Your Drinks" et sa sirène en arrière-plan qui rappelle un mauvais trip. Ce premier album mise cependant déjà sur la lenteur de rythmes indolents qui façonnent des titres mystérieux. Il faudra s’armer de patience pour apprivoiser l’étrangeté de "Little Beast", la langueur étirée de "Presuming Ed (Rest Easy)" ou encore "Newborn", longue ballade onirique colorée par ses beaux sons de claviers à la Sigur Rós avant une envolée finale plus abrasive. Quelques riffs incisifs arrachent également un sursaut et viennent rompre le faux rythme de "Bitten by the Tailfly" qui convie une saturation bruitiste en seconde partie tandis que l’excellent "Coming Second" offre une montée en puissance imparable. Le groupe conclut ce premier album dans la douceur avec la légèreté onirique de "Can’t Stop" et l’élégance de "Scattered Black and Whites", superbe mélopée flottante qui referme l’album avec une grâce contemplative.
Le premier album des Mancuniens a 25 ans cette année et constitue assurément une très belle porte d’entrée dans l’univers singulier d’un groupe qui continue encore aujourd’hui de nous envoûter par sa grande sophistication musicale.


















