
Elbow
Leaders of the Free World
Produit par
1- Station Approach / 2- Picky Bugger / 3- Forget Myself / 4- The Stops / 5- Leaders of the Free World / 6- An Imagined Affair / 7- Mexican Standoff / 8- The Everthere / 9- My Very Best / 10- Great Expectations / 11- Puncture Repair


Depuis deux albums, Elbow cultive une identité singulière dans le paysage rock britannique des années 2000. Le groupe de Manchester se distingue des groupes à succès du moment et préfère la confidentialité des compositions lentes et chiadées, magnifiées par des arrangements minutieux et par la patine inimitable du chant de Guy Garvey.
Leaders of the Free World est néanmoins un disque qui se démarque dans la discographie du groupe car il se veut plus engagé et incisif que ses deux prédécesseurs. Enregistré dans la région de Manchester, il porte en lui l’attachement de Guy Garvey à ses terres, à ses rues et à cette humanité un peu cabossée qui peuple les villes industrielles du nord de l’Angleterre. Il s’inscrit également dans un climat sombre marqué par le bourbier de la guerre en Irak et formule une critique directe des leaders politiques occidentaux. L’immaturité et l’irresponsabilité de ces "petits garçons lançant des pierres" sont raillées sur le formidable titre éponyme et son souffle épique qui sert de pilier à l’ensemble du disque.
Elbow démontre une nouvelle fois sa science de la progression avec l’introductif "Station Approach" qui s’étoffe au fur et à mesure pour enrichir une charmante ritournelle ou le majestueux et fédérateur "My Very Best" qui compte assurément parmi ce que le groupe a fait de mieux. On baisse les armes également devant son pendant mélancolique "Great Expectations", superbe valse tendre et désenchantée.
Dans la lignée des deux précédents albums, on se laisse happer par des titres fragiles et suspendus comme "The Stops" dotée d’une atmosphère feutrée et mélancolique qui s'échappe le temps d'un refrain à l'envolée lumineuse, "The Everthere" et sa beauté élégante ou encore "An Imagined Affair" et sa douceur cotonneuse. Leaders of the Free World réussit également à convaincre sur un registre plus direct, à commencer par l’hymne entêtant "Forget Myself" et son énergie communicative qui dessine une réflexion sur l’individualisme. Le disque égrène des petites trouvailles de composition et d’arrangement, à l’image de ce jeu de guitare complétement étouffé et en retenue sur "Picky Bugger" qui cède devant un refrain élégiaque ou celui bien plus relevé qui habille "Mexican Standoff" avec des couleurs rythmiques inhabituelles pour le groupe.
Avec ce troisième opus, Elbow démontre qu’il sait jouer des coudes pour s’imposer sur la scène rock britannique sans renier son esthétique si particulière. Si le succès reste encore assez confidentiel pour la formation emmenée par Guy Garvey, y compris dans son propre pays, Elbow poursuit son chemin vers l'excellence et la consécration avec le Mercury Prize de 2008 qui n’est plus très loin.


















