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Critique d'album

wheobe


A Strained Ocean


(03/04/2026 - wheobe Production - - Genre : Rock)
Produit par

1- - the inside - / 2- Sore / 3- Láska / 4- - the outside - / 5- Fangs / 6- One Last Swim Before Tomorrow / 7- Me And The Tide / 8- - the dialogue - / 9- To You All / 10- Currents We Embrace / 11- A Strained Ocean
Note de 4.5/5
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Note de 4.5/5 pour cet album
"Une première toile marine grandiose"
Quentin, le 11/09/2026
( mots)

Swann, Matthias, Ivanoé et Matthieu ont vingt-deux ans. Bien loin de leur Jura natal, ce sont sur des flots déchaînés que nous entraînent les quatre membres de Wheobe avec un premier concept-album surprenant et particulièrement ambitieux né de nombreuses sessions d'improvisation collective. Découpé en trois actes reliés par un thème commun, A Strained Ocean explore l'idée d'une toile relationnelle comparable à la surface d’un océan sous tension où chaque individu constitue un élément d’un ensemble plus grand et interconnecté. Pour mettre en musique cette idée centrale, ce premier opus affiche une identité sonore affirmée où se répondent la sensibilité subtile et élégante de Radiohead et de ses dérivés (The Smile en tête), la distorsion foutraque et déstructurée du post-punk britannique (Black Midi, Squid, Black Country, New Road) et les montées en puissance incandescentes de la scène post-rock.


Après une introduction planante dont le thème sera repris tout au long du disque, "Sore" pose les bases de l'univers sonore exploré par le groupe avec des courants contraires qui amènent soudainement le déluge sur une mer d'huile. Les contrastes sont ainsi saisissants entre la douceur de la mélodie alimentée par la sensibilité du chant de Swann Foucher et la dureté sidérante de l'outro qui assène un uppercut dévastateur. Cet enchevêtrement d’atmosphères très différentes constitue assurément le leitmotiv de la musique développée par les Français. On navigue ainsi sur des eaux mouvantes, de la mélancolie onirique de "Láska", servie par un chant aérien à la Thom Yorke et une rythmique fine et précise impulsée par Matthieu Mercky, aux arpèges accrocheurs des refrains de « To You All » en passant par les harmonies vocales complexes de "Currents We Embrace".


Comme le suggère la pochette, Wheobe possède une étonnante faculté à peindre des fresques sonores qui nous emmènent explorer des territoires inconnus et changeants. C'est le cas avec la douceur contemplative de "One Last Swim Before Tomorrow" et sa rythmique jazzy bousculée par des soubresauts inattendus avant un très beau solo planant et un crescendo brillant. On pousse le curseur encore plus loin sur le somptueux "Fangs" qui s'embrase avec le riff abrasif d’Ivanoé Tissot après une première partie de morceau au spleen cafardeux très radioheadien. Si l'ombre du légendaire quintette d'Oxford plane sur le jeune groupe, les Jurassiens développent un album sans concession et vont au bout de leurs idées, à l'instar de la longue suite "Me and the Tide" particulièrement mouvementée. Le morceau est porté par une ligne de basse hypnotique signée Matthias Joannon avant de surprendre l'auditeur avec une brusque frénésie de décibels puis des envolées post-rock de toute beauté. Si les transitions ne sont pas toujours très fluides, le titre possède de véritables moments de bravoure qui laissent songeur concernant le potentiel futur du groupe, en particulier à l'écoute des déferlantes instrumentales conclusives. Enfin, le titre éponyme apporte une conclusion au thème principal de l'album sans avoir peur de perdre l'auditeur avec son riff central saccadé qui dénote avec l'ambiance intimiste et suspendue du reste du morceau. De quoi définitivement nous attirer au cœur de ces profondeurs insondables.


Le grand bleu n'en finit décidément pas d'inspirer les musiciens et de les amener à livrer des œuvres exceptionnelles. Si A Strained Ocean n'est pas exempt de défauts avec une narration parfois trop tortueuse, chargée et fragmentée, il exprime néanmoins une ambition et une vision artistique remarquable et parvient à conserver un fragile équilibre entre expérimentations sonores et accessibilité d’écoute. Avec ce premier album qui s’inspire de ce qui fait l'interconnexion entre les êtres sans jamais chercher la facilité et l'immédiateté, les Jurassiens font preuve d'un sacré culot et signent l'une des plus belles surprises de l'année 2026.

Commentaires
magnu, le 11/09/2026 à 16:40
Un sorte de "Ok Computer" des années 2020. Mon album de l'année avec "The Change Is Me" de Doodseskader. Vraiment dommage qu'ils arrêtent.