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Critique d'album

Slayer


Reign in Blood


(07/10/1986 - Def Jam - Thrash metal - Genre : Hard / Métal)
Produit par Rick Rubin

1- Angel of Death / 2- Piece by Piece / 3- Necrophobic / 4- Altar of Sacrifice / 5- Jesus Saves / 6- Criminally Insane / 7- Reborn / 8- Epidemic / 9- Post Mortem / 10- Raining Blood
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Le Triomphe de la Mort au XXe siècle"
François, le 12/09/2026
( mots)

"Auschwitz". C’est sur ce mot, ô combien chargé historiquement et symboliquement, que s’ouvre Reign In Blood. Il est seulement prononcé après un hurlement interminablement strident, et associe la provocation à la profondeur des thèmes abordés out au long de l'album. Entre autres joyeusetés, les horreurs du second conflit mondial seront accompagnées d’une aura de morts, de maladie, de blasphème, et s’écouleront dans des pluies de sang diluviennes et des fleuves de souffre. L’illustration de Larry Caroll, entre Jérôme Bosch et Pieter Brueghel (l’Ancien plutôt que le Jeune), célèbre le triomphe de Baphomet, dont les exploits diaboliques avaient été inaugurés par Witchfynde et Venom. Portée par un clergé décadent d’hommes au membre turgescent qui seraient passés du papisme au priapisme, la Bête n’a plus à se cacher pour savourer l’avènement de son règne au milieu des cadavres et des flammes. Encore fallait-il trouver un hymne plus adapté que The Star-Spangled Banner pour accompagner les effluves de napalm et d’agent orange, les coups d’État et les camps de concentration : car d’un côté comme de l’autre du Rideau de Fer, on ne règne que dans et par le sang.


Dès 1983, beaucoup ont ressenti, dans leur chair, la signification esthétique de l’apparition du Thrash Metal ; mais combien de jeunes metalheads avaient compris la profondeur de sa signification historique, et notamment celle d’un de ses protagonistes, Slayer, pionnier du genre aux côtés de Metallica ? Face à l’injustice d’un conservatisme néolibéral triomphant sous Reagan et à son hypocrisie, la jeunesse américaine ne pouvait se contenter d’être embrigadée par les discours diabolisant l’adversaire soviétique, toute dictature sanguinaire qu’était l’URSS par ailleurs. Il fallait un exutoire contrecarrant la propagande, notamment pour ceux qui ne pouvaient (ou ne voulaient) pas s’engager ou prendre la plume. Néanmoins, le registre du Thrash Metal n’est pas celui de la chanson engagée : il passe par la transgression pour mieux s’attirer les foudres des ménagères policées et des institutions ; ce faisant, il souligne l’hypocrisie d’une société qui tolère partout les mises à mort criminelles, mais s’insurge contre de la musique. En incarnant la guerre, la destruction, le diable, la mort et la cruauté, le Thrash Metal veut susciter les réflexes censoriaux et rendre visible la décadence morale de l’époque : car dans ce monde, il est plus aisé de faire le mal en invoquant le bien que d’invoquer le mal pour faire de la musique. Et c’est ainsi que la transgression devient subversion.


"Alors je dis bravo et vive la mort !"


Correspondance des arts oblige, le Thrash Metal accompagne cette violence textuelle d’illustrations choquantes et de compositions brutales. Extrêmes. Il s’agissait de rompre définitivement le lien entre le Metal et le rock, d’accomplir la quête initiée par la New Wave Of British Heavy Metal et l’ensemble de la scène Heavy ou Power active depuis le début des années 1980 à travers le monde. Et dans ce domaine, Slayer va plus loin que tous les autres (ou presque), en tout cas, il s’affirme comme la formation la plus radicale du Big Four, loin devant Megadeth, Anthrax et Metallica. La sortie de piste avait été inaugurée sur Hell Awaits (1985) : Reign In Blood enfonce les clous sur la croix du surmoi musical. Tout va plus vite, les titres comme l’album (qui dure moins d’une demi-heure). En outre, la fureur est sublimée par les innovations de Rick Rubin, un producteur spécialisé dans les musiques urbaines qui décide de rompre avec les habitudes du Heavy (la reverb) pour rendre justice aux particularités du Thrash metal et de Slayer – c’est-à-dire gagner en précision (afin d’obtenir un résultat moins brouillon) pour gagner agressivité.


L’opus est encadré par deux chefs-d’œuvre qui, par leur brutalité raffinée, incarnent parfaitement l’esprit de Reign In Blood dans son entièreté. "Angel of Death" d’abord, à cause duquel une odeur de soufre poursuit le groupe, narre les méfaits de Mengele en alternant les riffs violemment véloces portés par une batterie dévastatrice et un deuxième mouvement plus cadencé. "Raining Blood" enfin, qui après une introduction cinématographique, élance sa mélodie wagnérienne puis imbrique magistralement les tempi et de riffs dans une architecture complexe qui fait la richesse des compositions du groupe sur cet album.


Ces deux excellentes compositions participent grandement à l’aura de l’œuvre, mais celle-ci se dévoile avant tout dans la tempête musicale continue que constitue ce Sturm und Drang metallique déferlant pendant un peu moins d’une demi-heure. L’ouragan est entretenu par le martellement des riffs imbriqués de "Piece by Piece", la lourdeur tronçonnante de "Jesus Saves", les guitares épileptiques d'"Altar of Sacrifice", les slogans d’"Epidemic", l’efficacité canonique de "Reborn" et la brièveté foudroyante de "Necrophobic". Plein de rebondissements, l’album offre également des originalités rythmiques sur l’introduction et le pont de "Criminally Insane" et se montre moins intransigeant sur l’épique "Postmortem", où l’un des riffs les plus emblématiques du combo est suivi d’une accélération finale qui pave la voie à "Raining Blood".


Après un tel déluge, que reste-t-il ? Le calme peut-il revenir après cette tempête ? Indubitablement non, l’histoire était passée par là et plus rien ne serait désormais comme avant.


À écouter : "Angel of Death", "Raining Blood", "Postmortem"

Commentaires
vince256, le 07/06/2022 à 17:45
Que dire pour le puriste de Thrash que je suis.......un chef d œuvre intemporel que je ne me lasse d'écouter...réellement rien a dire sinon que l'adage du ..plus c est long plus c est bon ici na pas lieu..du très très très rapide mais dieu...heu Satan que c est bonnnnnn