
No-Man
Together We're Stranger
Produit par
1- Together We're Stranger / 2- All The Blue Changes / 3- City In A Hundred Ways / 4- Things I Want To Tell You / 5- Photographs In Black And White / 6- Back When You Were Beautiful / 7- Break Up For Real


Après la pop classieuse teintée de jazz de Returning Jesus, la paire Wilson-Bowness livre avec Together We’re Stranger son album le plus délicat et intimiste. Mettant de côté les sonorités techno et électro expérimentales des premiers albums, ce cinquième opus est résolument tourné vers l’ambient. Le duo accouche ainsi d’un petit bijou de mélancolie sourde et contemplative qui rappelle de ce point de vue l’autre projet drone de Steven Wilson, Bass Communion, et qui a indubitablement influencé d’autres suiveurs sur le label Kscope comme Nosound.
Malgré ce côté plus éthéré, le groupe fait une nouvelle fois preuve d’une grande richesse instrumentale basée sur l’utilisation de la clarinette, de la trompette, de l’orgue et de la flûte pour dessiner des paysages sonores oniriques particulièrement prenants. Si une écoute au calme et au casque est nécessaire, il ne faut pas longtemps pour être saisi par le titre introductif et ses longues nappes d’orgues planantes sur lesquelles se pose le chant si singulier et gorgé de spleen de Tim Bowness. Le morceau bénéficie sur sa première partie éponyme de superbes textures de guitares signées Michael Bearpark alors que la seconde moitié baptisée "All the Blue Changes" introduit une lente montée en puissance magnifiée par la beauté désarmante d’un refrain aux harmonies vocales typiquement wilsoniennes. La tonalité douce et apaisante de l’album ne saurait cependant cacher la dureté de son propos centré autour de la perte et du délitement. On retrouve une nouvelle fois cette dualité sur la ballade acoustique minimaliste et nostalgique "Photographs in Black and White", le beau son de l’harmonium signé Roger Eno ne suffisant pas à masquer la tension latente amenée par une coda menaçante à la manière d’un orage prêt à éclater.
Toute la production et le travail d’orfèvre menés sur les arrangements sont remarquables, en particulier sur "The City in a Hundred Ways / Things I Want to Tell You" aux faux-airs de Sigur Ròs, délicat et habité par un sentiment de tristesse douloureux. Deux complaintes mélodieuses ferment la marche de ce court album atmosphérique : la majestueuse ballade "Back When You Were Beautiful" et son orgue fantomatique joué par Stephen Bennett (camarade de Tim Bowness dans le groupe Henry Fool) et "The Break-Up For Real" qui pourrait aisément figurer sur un album de Porcupine Tree (son introduction évoque d’ailleurs le titre "Octane Twisted" qui figurera bien des années plus tard sur l’album The Incident de l’arbre porc-épic).
Together We’re Stranger est un album qui échappe à tout formatage musical et qui nécessitera plusieurs écoutes dans le plus grand calme afin de pouvoir en apprécier toute la richesse. Il saura séduire tous les amateurs de spleen atmosphérique avant un Schoolyard Ghosts plus rythmé.

















