
Eagles
The Long Run
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1- The Long Run (LP Version) / 2- I Can't Tell You Why (LP Version) / 3- In The City (LP Version) / 4- The Disco Strangler (LP Version) / 5- King Of Hollywood (LP Version) / 6- Heartache Tonight (LP Version) / 7- Those Shoes (LP Version) / 8- Teenage Jail (LP Version) / 9- The Greeks Don't Want No Freaks (LP Version) / 10- The Sad Cafe (LP Version)


Si on commençait par la fin...
31 juillet 1980. Californie. Long Beach Arena. Les Eagles participent à un concert de bienfaisance supposé soutenir une cause environnementale. C’est du moins sous cet aspect que Glenn Frey a vendu l’histoire à Don Felder.
Cela fait longtemps que les deux hommes ne se supportent plus. Alors ils ont imaginé des règles tacites pour éviter les incidents qui pourraient fâcher. Par exemple, Felder refuse que les Eagles cautionnent un parti politique. Lorsque Frey, tout sourire, invite le Gouverneur démocrate Jerry Brown et sa compagne Norma Weintraub à entrer dans les coulisses, Felder s’étrangle.
Jerry Brown, sourire Pepsodent aux lèvres, tend la main au musicien, en veillant bien à ce que les photographes puissent immortaliser l’instant...
Exaspéré, Felder marmonne "Enchanté" avant d’ajouter, à mi-voix, un ironique "Du moins, je suppose". Puis il se détourne du couple.
Frey est fou furieux. Le Gouverneur a peine sorti de la pièce, les injures se font entendre. Durant tout le concert, les deux hommes vont s’invectiver. A plusieurs reprises, Frey menace même Felder de lui casser la gueule. Rien que ça.
Alors que le dernier rappel s’éternise, Felder quitte prématurément la scène avec une Takamine (1) de Frey et il explose la guitare dans les coulisses, sous le regard épouvanté du Gouverneur et de son épouse.
C’est la (presque) mort des Eagles. Ils poursuivront leur tournée, Frey et Felder occupant chacun un côté de la scène, jusqu’en mai 1982. Puis ils jureront de ne plus jamais jouer ensemble, à moins qu’il ne gèle en Enfer…
L’incident est connu sous le contrepet ironique "Long Night at Wrong Beach".
… avant de s’offrir un flash-back...
Deux années plus tôt. C’est déjà dans une ambiance délétère qu’est échafaudé un projet ambitieux sous le titre de travail The Long Run. Le groupe ambitionne en effet de surenchérir sur le miraculeux Hotel California en enregistrant cette fois un double album. C’est que l’aigle est condamné à voler toujours plus haut…
Mais les dissensions qui minent le quintet vont transformer, dix-huit mois durant, l’exercice en une épreuve épuisante et stérile qui débouchera par dépit (ou par défaut) sur un album simple d’une mocheté exemplaire.
Le remplacement à la basse de Randy Meisner (2) par Timothy Bruce Schmit (ex-Poco) ne change rien à la structure musicale du groupe.
Passées les surprises de la pochette infâme (signée pourtant par John Kosh mais digne d’une compilation estivale low cost) et d’une plage titulaire pour le moins "générique", il ne se trouve sur The Long Run que deux titres qui peuvent encore faire illusion : "I Can’t Tell You Why" (de Timothy B. Schmit) et le prémonitoire "Heartache Tonight" (de Don Henley et Glenn Frey).
Après, c’est le vide intersidéral, à l’exception du conclusif "The Sad Cafe". D’une tristesse insondable, le titre prend les allures d’un sublime codicille (illuminé par un magistral solo de saxophone alto de David Sanborn) pour s’en venir conclure un testament finalement fort indigne.
Nous espérions nous envoler
Pour nous retrouver sur un merveilleux rivage
Dans un avenir doux et lointain
Certains de nos rêves se sont concrétisés
D’autres ont échoué
Et quelques-uns n’ont jamais quitté le Sad Café
La brume a envahi le rivage jusqu’à l’effacer
Et le Train de la Gloire ne fera plus halte ici...
… qui ne conduit nulle part
Il ne serait pas très utile de consacrer du temps et de l’énergie à dire tout le mal que l’on peut penser du reste de l’album. La musique parle d’elle-même. Il est simplement difficile de comprendre pourquoi et comment des musiciens à ce point perfectionnistes ont pu perdre leur temps pendant un an et demi pour enregistrer (et cautionner) des compositions aussi peu inspirées et aussi peu intéressantes, entre mid-tempos mollassons, "discos" parodiques et rock caricaturaux.
Un foutage de gueule sans âme, sans unité et sans foi.
On peut tourner autour du pot
Ou aller droit au but
On peut en rester là
Mais, de toute façon
Il y aura du chagrin ce soir
Je le sais (Seigneur, ça je le sais)
Coda
Il se raconte que l’aigle incarne la majesté, la clairvoyance et l’autorité suprême.
Lorsqu’il se sent vieillir, le rapace s'élève vers le soleil pour réchauffer son plumage ; ensuite, il plonge à trois reprises dans une secrète fontaine de Jouvence d'où il ressort jeune à nouveau.
Il n’y aura aucune lumière solaire pour réchauffer le plumage des Eagles. Ni aucune fontaine miraculeuse pour rajeunir le groupe.
Malgré les reproches et les haines, malgré la promesse d’attendre qu’il gèle en Enfer, c’est au feu des Limbes qu’ils réchaufferont leurs pauvres plumes froissées en se reformant pour la gloriole, de lucratives tournées best of, un ultime album encore plus inutile que The Long Run et quelques jolies liasses de dollars.
Ça me fait mal que tu t’en ailles
Mais je sais que tu ne me suivras jamais
C’en est fini des rires et des petits mensonges
C’en est fini des nuits où nous cherchions à mourir
C’est la fin… (3)
(1) Le groupe avait signé un contrat d’exclusivité avec le luthier japonais, concurrent de Martin.
(2) Timide et réservé, Randy Meisner (1946 - 2023) ne supportait plus la vie en tournée et appréhendait comme un cauchemar le moment où il devait s’avancer dans la lumière pour chanter son très attendu "Take It To The Limit". Il a été viré du groupe comme un malpropre à l’issue d’un concert. Philosophe, il déclarera plus tard : "J’ai alors compris la différence entre être musicien dans un groupe et être membre d’un groupe."
(3) C’est curieux mais il y a toujours une phrase de Jim Morrison qui convient à tous les sujets.
Issue de la culture biologique (à 96 %) et de la pêche responsable, cette chronique AlbumRock, garantie sans sulfites, sans gluten ni sucres ajoutés, a été tapée, caractère après caractère, par deux vraies vieilles mains humaines sur un clavier en plastique recyclable fabriqué à vil prix en Chine.
Avec une pensée sincère pour toutes les victimes des répressions imbéciles de par le monde et spécialement aux USA.
Je remercie sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes et, tout particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon brave chien qui m’observe en attendant que je me lève pour partir en promenade dans les bois.


















