
Kula Shaker
Wormslayer
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1- Lucky Number / 2- Good Money / 3- Charge of the Light Brigade / 4- Little Darling / 5- Broke as Folk / 6- Be Merciful / 7- Shaunie / 8- The Winged Boy / 9- Day For Night / 10- Wormslayer / 11- Dust Beneath Our Feet


Il y a 30 ans sortait le premier album de Kula Shaker, véritable phénomène en Angleterrei qui s’est plutôt mal exporté en France. Le succès s’est estompé au fil des années mais le groupe est resté fidèle à son univers psyché-raga-rock d’influence sixties et n’a jamais sorti d’album raté, même si les deux derniers nous avaient un peu laissé sur notre faim. Sur Wormslayer, leur huitième album qui sort en cette année anniversaire, on sent une volonté d’évoquer ce glorieux passé. Ce n’est probablement pas un hasard si l’album démarre par le bruit d’une cassette en train de rembobiner. "Be Merciful" est une composition que le groupe a enregistré il y a 20 ans et dépoussiéré pour l’occasion. "Good Money" cite le riff de "Tattva", premier single et chanson la plus connue du groupe. Quand à "Wormslayer", sa luxuriance rappelle ce qu’on pouvait trouver sur les deux premiers albums. Enfin, bien que dans un style graphique totalement différent, la pochette reprend exactement les mêmes couleurs que K (bleu ciel, orange et jaune).
L’entrée en matière est particulièrement efficace en proposant deux titres entrainants aux mélodies accrocheuses renforcés de chœurs féminins. Au rock martelé ("Lucky Number") s’enchaîne un rythme beaucoup plus groovy ("Good Money"). Mais l’enthousiasme retombe vite avec deux morceaux anodins qui nous laissent la sensation qu’ils auraient pu être écrits par n’importe quel groupe nostalgique des sixties (le rock monotone "Charge of the Light Brigade" et la ballade inoffensive "Little Darling"). Pire, jusqu’à présent Kula Shaker réussissait plutôt bien à s’emparer des ingrédients d’une époque sans pour autant tomber dans la citation permanente. Ce constat vole en éclats sur "Broke as Folk". La composition démarre avec un orgue planant et une guitare slide aérienne, on se croirait chez Pink Foyd période Syd Barrett. Puis Alonza Bevan se met à jouer le riff de basse de "Light my Fire" des Doors. Quand arrive la section solo Jay Darlington fait du Ray Manzarek Crispian Mills du Robby Krieger et Paul Winter Hart du John Densmore. Le pire c’est que les parties originales de ce titre (mélodies vocales, accords des pré-refrains et des refrains) sont les moins réussis. On a envie de leur dire qu’ils auraient mieux fait de faire une reprise de "Light My Fire" ! Plus convaincante, "Day For Night", courte chanson de Crispian Mills à la guitare folk arrive à sonner dans l’esprit de Bob Dylan sans emprunt trop appuyé.
Aux premières écoutes, cette suite de trois morceaux plus faibles qui arrive assez rapidement dans l’album a tendance à nous laisser croire qu’il est plus décevant qu’il ne l’est vraiment, car la suite, bien que moins immédiate que les deux titres d’ouverture est un véritable régal pour les amateurs de rock psychédélique ! "Be Merciful" et "Shaunie" commencent comme de paisibles et délicates chansons folk rock avant de monter progressivement en intensité jusqu’à atteindre des climax dans des moments de lâcher-prise instrumentaux. Plus trippant et dans l’énergie du début à la fin, "The Winged Boy" évoque Pink Floyd époque Meddle en plus moderne. Mais le sommet est atteint avec "Wormslayer", peut-être un des meilleurs morceaux de toute la carrière de Kula Shaker. Un véritable voyage épique de 7:30 mêlant musique hindoustani et riff rageur, tensions et relâchements. L’album se termine par un folk rock bluesy qui rappelle ce que pouvaient faire les Rolling Stones au début des années 70. Bien que tout à fait sympathique, "Dust beneath Our Feet" n’a cependant pas l’aura nécessaire pour terminer un album qui a pris un envol épique dans sa deuxième moitié, et on l’aurait volontiers interverti avec "Be Merciful" et son crescendo qui se termine en apothéose.
Au final, cette nouvelle livraison des britanniques est clairement plus séduisante que leurs deux derniers opus. Pour atteindre le niveau du reste de leur discographie cependant, il aurait probablement fallu qu’un producteur avisé leur refuse les deux chansons peu inspirées et le plagiat de "Light My Fire", quitte à leur demander d’accoucher de quelques compositions en urgence s’ils n’avaient rien d’autre de côté (car l’histoire du rock nous apprend que certains de ses titres les plus mythiques sont nés comme çaii).






















