
Wolverine
Anomalies
Produit par
1- A Sudden Demise / 2- My Solitary Foe / 3- Circuits / 4- Nightfall / 5- This World And All Its Dazzling Lights / 6- Automaton / 7- A Perfect Alignment / 8- Losing Game / 9- Scarlet Tide


Dix ans après son dernier opus Machina Viva, le très talentueux et confidentiel groupe suédois Wolverine reprend du service pour un nouvel album qui s'éloigne du courant metal progressif avec une orientation plus atmosphérique et introspective au service d'ambiances particulièrement travaillées. Toujours fidèle à sa signature sonore singulière qui privilégie l’impact émotionnel aux prouesses instrumentales et les envolées mélodiques aux déflagrations de décibels, Anomalies repose avant tout sur la conception méticuleuse de climats sonores avec la place centrale des nappes de claviers de Per Henriksson auxquelles s'ajoute le chant souverain de Stefan Zell, toujours aussi impressionnant dans son interprétation. Les années n'ont absolument pas altéré les capacités du chanteur suédois qui alterne avec la plus grande facilité entre puissance et fragilité.
Le riff charnu du titre introductif ne trompera ainsi pas longtemps l'auditeur, Anomalies reste un album globalement très calme pour une formation qui a initialement fait ses armes dans le death metal. La délicatesse des arpèges, les textures enveloppantes des synthétiseurs et l'expressivité de Stefan Zell sur un refrain aux atours popisants auront ainsi tôt fait de reprendre le dessus sur "A Sudden Demise" avant de s'imposer comme nouveau cahier des charges pour magnifier la progression mélancolique de "This World And All Its Dazzling Lights". Les aspects progressifs et metalliques sont toujours présents comme sur "Losing Game" et son bel enchevêtrement de motifs croisés guitare-claviers sur fond de mellotron ainsi que sur "Nighfall", titre aussi intime que fédérateur qui évoque l'angoisse de la mort et les nuits passées à attendre le lever du jour. La prédominance des vagues de claviers aux sonorités retro, les apports mélodiques des lignes de guitares très claires en opposition à toute forme de saturation agressive, le refrain très accrocheur ainsi que l'effet synthétique de la batterie évoquent en particulier le pas de côté stylistique du dernier album de Riverside.
Sans perdre de vue le propos très pessimiste et sombre qui structure toujours l'album, Anomalies explore ainsi de nouvelles contrées musicales plus légères à l'image d'un "Circuits" en forme de boucle répétitive lumineuse portée par des sonorités étouffées de trompette ou encore avec la ballade sensible et dépouillée "Automaton" et son duo piano-voix de toute beauté agrémenté de sonorités synthétiques enveloppantes. Le groupe démontre sa parfaite maîtrise de l'art des transitions alors que les effluves acoustiques de "My Solitary Foe" s'effacent peu à peu devant les montées en tension dramatiques du refrain et un pont à la grâce aérienne. Même construction musicale léchée avec le crescendo progressif autour du thème de "A Perfect Alignment" débouchant sur une séquence instrumentale anxiogène et tortueuse. Enfin, le groupe conclut l'album de manière épique avec le morceau de bravoure "Scarlet Tide" à la fois sensible et spectaculaire avec sa monté en puissance héroïque et un Stefan Zell lyrique à souhait.
Malgré son aspect très homogène, Anomalies est un album très riche doté d'une grande subtilité mélodique, toujours sublimée par la performance de son chanteur. L'orientation plus atmosphérique de cet album et la prédominance réaffirmée des claviers n'altère en rien l'essence de la musique développée par les Suédois qui reste profondément humaine et émouvante et qui mériterait assurément une plus grande reconnaissance.


















