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Critique d'album

Kiss


Alive II


(24/10/1977 - - - Genre : Hard / Métal)
Produit par Eddie Kramer

Note de /5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"L’homme qui n’est pas ému par un concert est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines."
Daniel, le 17/05/2026
( mots)

Pissin’ Time

- What the fuck !

Dans un sursaut, Eddie Kramer renverse un peu de café sur la console de mixage du studio new-yorkais Electric Ladyland.

- What the fuck ! What the holy fuck !

Après avoir épongé le café, le producteur enclenche nerveusement la touche "rewind" de l’enregistreur et relance la bande qui a été captée le 26 août au Forum de Los Angeles.

- You wanted the best !

La voix puissante d’Eddie Balandas, l’agent de sécurité qui annonce tous les concerts de Kiss, résonne furieusement dans la pièce.

- You got the best ! The hottest band in the world...

Eddie Kramer se crispe…

- PIIISSSS !

- Piss ? Fuck off !

Il y aura deux théories : selon un Eddie Balandas définitivement hilare (théorie #1), c’est la sono du Forum qui a déformé le nom du groupe. Selon le reste de l’univers (théorie #2), le gaillard aurait juste tenté une bonne blague à deux balles.

Eddie Kramer fera appel à Gene Simmons pour hurler un "Kiiiiisssss" plus orthodoxe en studio. C’est pourquoi la harangue légendaire de Alive II sera finalement l’œuvre d’un duo d’occasion…

Et il se raconte que, certaines nuits, on entend encore le rire d’Eddie Balandas dans le cimetière de Chicago où il repose depuis 2011. Mais c’est probablement une légende urbaine. 

Marche forcée

Depuis le 10 septembre 1975 et le succès ahurissant du double Alive !, l’entourage de Kiss veille jalousement à occuper le terrain médiatique.

Album platiné après album platiné (Destroyer, Rock And Roll Over puis Love Gun), c’est au pas cadencé que le groupe trace sa route vers les étoiles.

A l’origine, le projet Alive II avait été conçu pour laisser souffler les quatre forçats et favoriser la préparation des sessions de Love Gun dans une relative sérénité. 

Mais les premiers enregistrements captés en public dès avril 1977, dans l’enceinte du célèbre Budokan de Tokyo, déçoivent autant le groupe que sa firme de disques. Alors Casablanca  Records, en mal de cash comme souvent, décide de rebattre les cartes et choisit de sortir rapidement un Love Gun assez bâclé tout en reportant la parution du double live.

Finalement enregistré en août 1977 au Forum de Los Angeles, Alive II a toutes les allures d’un canard à trois pattes. Comme il était hors de question d’encore puiser dans le back catalogue qui avait déjà été (sur)exploité dans le mythique Alive ! publié deux ans plus tôt, le choix s’est porté exclusivement sur des titres (inédits en live) des trois derniers albums studio (1). 

Si fait que, manquant de matière pour compléter un double vinyle, Eddie Kramer a proposé de consacrer trois faces à des enregistrements de concerts et de réserver la quatrième face à cinq inédits indigestes (quatre compositions et une cover) bricolés à la va-vite en studio.

Ces inédits, essentiellement inaudibles, contiennent les principaux ferments de ce qui va suivre. Non seulement, ils sont très génériques, voire d’une rare médiocrité (2) mais, en outre, ils ne sont déjà plus l’œuvre d’un  collectif. 

Chacun a enregistré ses bricoles de son côté et les soli sur les trois titres les moins moches (et tout est relatif) sont joués par le mercenaire du hard-rock Bob Kullick, le frère aîné de Bruce Kullick lequel deviendra plus tard le remplaçant attitré de Space Ace au sein du combo.

L’artwork, ce merveilleux cache-misère (3), cherche à dissimuler le malaise en proposant, dans la version américaine du gatefold (4), un sublime livret collector – The Evolution Of Kiss – où des photos de la grande famille, plus unie que jamais, illustrent chronologiquement les années qui se sont écoulées de 1973 à 1977. Onze photographes sont crédités et le résultat est simplement magnifique.

Mais, on le sait, le ver est dans le fruit et ce ne sont pas quelques sourires captés sur le vif qui vont sauver des amitiés mises à mal par les jalousies, les conflits financiers, les mesquineries et les excès en tous genres…

Boucan d’Enfer

Kramer est réputé pour être un formidable capteur d’ambiances. Dans un style un peu moins "brutaliste" que Alive !, Les trois faces en public de Alive II déroulent une merveilleuse orgie sonore, rythmée par le grondement incessant d’un public ultra réceptif et viscéralement acquis à la cause de son groupe fétiche. Public qui, pour l’anecdote, n’était pas toujours présent lors de l’enregistrement puisque certains titres ont été captés durant les soundchecks puis mixés ultérieurement avec des hurlements de foule en délire. 

A kind of magic, en quelque sorte…

Même si ont le sait cimenté par de multiples artifices, le "mur du son" bâti par le producteur est proprement extraordinaire. C’est un vrai rouleau compresseur qui déboule dans les enceintes. On peut aujourd’hui considérer que certaines sonorités – comme la caisse claire, par exemple – sont certainement datées mais il faut reconnaître que l’ensemble a encore de la gueule et parvient même à muscler les titres les moins couillus (ou les plus indigents) de Love Gun.

Si Paul Stanley assume un rôle évident de leader, avec des interprétations cinq étoiles de "Detroit Rock City", "King Of The Night Time World" ou le  sublime "I Want You", ses trois acolytes tirent également leur épingle du jeu. Ace Frehley propose la meilleure version connue de "Shock Me" (solo final compris) ; Peter Criss brille sur "Hard Luck Woman" avant de s’illustrer en solo sur "Beth" ; Gene Simmons explose "Calling Doctor Love" ou la version speedée de "God Of Thunder" tout en promenant une basse vraiment diabolique sur la plupart des autres titres.

Alive II propose ce que sera à tout jamais le meilleur du meilleur de Kiss "on stage" dans sa formation originale. A ce titre, il s’agit du plus beau témoignage qui soit d’un moment de communion littéralement suspendu. 

Parce que, au même titre que la radio est un progrès par rapport à la télévision (car elle permet de supprimer l’image – 5), ce son live, parfaitement ouvragé par Eddie Kramer, contient également le "visuel" des concerts que la plupart des petits rockers européens n’avaient jamais eu l’occasion de vivre "pour de vrai".

Minute Gonzo

Pour l’anecdote, je dois mon diplôme universitaire à Alive II

Étudiant laborieux, je m’étais imposé une routine de travail infernale qui rythmait les longs mois passés à étudier en prévision des examens (essentiellement de mars/avril à juillet) : 50 minutes de travail intensif puis 10 merveilleuses minutes de air guitar avec Kiss à fond les ballons dans ma chambre d’étudiant. 

Dix à douze fois par jour, sept jours sur sept. Entre le bagne et les galères...

Mon cerveau a finalement mieux retenu chaque note et chaque cri de Alive II que les subtilités du code civil. Mais toute question d’examen qui m’était posée par mes vieux maîtres évoquait inévitablement un titre ou l’autre, ce qui me permettait de « restituer » la matière de façon cohérente, c’est à dire dans l’ordre de la set-list. Et j’ai eu la chance de ne jamais rater une épreuve. 

Cela fait de moi un pur "Kiss graduate". Et j’en suis encore fier et heureux aujourd’hui. 

The hottest band in the World… Piss !


(1) Pour les encyclopédistes de l’inutile et les amateurs de gai savoir, il y a précisément cinq titres de chacun des trois albums.

(2) Le fond du trou est atteint avec une horrible reprise de "Any Way You Want It" du Dave Clark Five.

(3) Le verso de la pochette est une copie (volontaire) de l’artwork mythique de Let It Be de The Beatles. Les fans se souviendront que l’ambition originelle de Kiss (du moins de Paul Stanley et de Gene Simmons) était de devenir les nouveaux Fab Four.

(4) En France, les albums de Kiss étaient distribués par la très affligeante firme Vogue qui, tout en pratiquant des prix prohibitifs, supprimait tout l’artwork intérieur pour le remplacer par d’abominables pochettes en papier brun. Foutage de gueule. Les petits rockers de nos contrées ont dû attendre des rééditions en CD pour découvrir les trésors qui leur avaient été volés il y a cinquante ans...

(5) J’en profite pour saluer ici la mémoire de José Artur et le souvenir de son "Pop club" sur France Inter. 


Cette 151ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 98,6 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac et sans alcool. 

Ces pages sont dédiées à la fidèle Kiss Army ! Partout dans le monde...

Je remercie sincèrement les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, observe mon travail avec bienveillance.


 

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