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Critique d'album

Kiss


Asylum


(16/09/1985 - Mercury - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- King Of The Mountain / 2- Any Way You Slice It / 3- Who Wants To Be Lonely / 4- Trial By Fire / 5- I'm Alive / 6- Love's A Deadly Weapon / 7- Tears Are Falling / 8- Secretly Cruel / 9- Radar For Love / 10- Uh! All Night
Note de 4/5
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Note de 2.0/5 pour cet album
"Ton univers impitoyable glorifie la loi du plus fort ..."
Daniel, le 24/06/2026
( mots)

Trailer (attention : spoiler !)

Dallas - saison 13 – Southfork, automne 1985 : perdu dans le grand manoir Kiss, Paul se sent seul et souffre d’avoir été abandonné. Insensible à cette douleur, Gene continue de s’investir corps et âme dans des projets alternatifs et mystérieux. La maison des Kabukis est plus que jamais en péril et les dialogues de notre feuilleton plus que jamais chargés de sens...

Musique dramatique… 

Grand salon du manoir. Travelling avant. Plan américain.

Paul : Who wants to be lonely, Gene ?
Gene : Love’s a deadly weapon, Paul !

Sanglots...

Hoc opus, hic labor est ! 

A nouveau seul en studio pour gérer l’enregistrement du nouvel album, Paul Stanley, secondé par ses deux employés dévoués mais peu productifs (1), doit jongler entre les obligations contractuelles du groupe, les absences de Gene Simmons (2), les contraintes financières et un fatras de compositions expédiées à la va-vite.

Le très vilain artwork de Asylum tente de susciter des réminiscences dans les cervelles engourdies des courageux survivants de la Kiss Army. Les petits rockers observateurs remarqueront en effet que les visages démasqués des musiciens occupent la même position que sur Dynasty (dans le sens horaire : Paul, Gene, Bruce, Eric)  et que les lèvres des musiciens sont peinturlurées selon les codes des albums en solo des Kissmen originaux : le mauve pour Stanley, le rouge pour Simmons, le bleu pour Kullick (qui substitue désormais Frehley à la lead guitar) et le vert pour Carr (qui remplace Criss à la batterie).

Mais, si l’on se trouve réduit à décrypter une très laide pochette pour donner un vague sens à sa vie, c’est que la musique n’est pas au rendez-vous.

Pourtant l’album démarre sous les meilleurs auspices avec un "King of The Mountain" triomphant qui donne brièvement l’illusion de retrouver un groupe à son meilleur. Eric Carr propose un drumming atomique (digne de Creatures Of The Night) et inspiré qui place immédiatement sur orbite une composition, traversée de plans chorals remarquables et de soli au laser de Bruce Kullick, définitivement intéressante. 

C’est probablement la meilleure composition kissienne depuis… euh… longtemps.

Tous les chevaux du Roi 
Et tous les hommes du Roi
Sont prêts à en découdre
Toi aussi, décide-toi 
L’heure est venue de se mettre en route
Nous allons dévaler les pentes
Je suis le Roi de la Montagne

Malheureusement, en dépit de quelques effets (ou efforts) de production, le soufflé retombe aussitôt. 

"Who Wants To Be Lonely" et son côté gentiment pathétique sauve un peu les meubles mais le titre est desservi par des lyrics improbables.

Il est des choses qui sont intangibles
Si une montagne reste toujours insensible
Un cœur ne reste jamais de pierre
Qui veut être seul ? Oh Oh...

Le single MTV "Tears Are Falling" propose pour sa part une composition facile et redondante mais supportable. Par contre le clip à deux balles tourné à Londres (et définitivement mythique) où Paul Stanley apparaît en Barbie fashionista rose et jaune fluo est, selon l’humeur, hilarant ou absolument insupportable.  

Il reste ensuite "Secretly Cruel", le seul titre un peu couillu signé par Gene Simmons. Aussitôt composé. Aussitôt entendu. Aussitôt oublié.

Et puis c’est tout.

Rideau...

Un peu d’or puis plus rien...

Malgré quelques vagues qualités qui le rendent un (petit) peu meilleur que son prédécesseur, Asylum est atomisé par une presse globalement indifférente. L’album obtiendra un misérable petit disque d’or américain en novembre 1985 avant de disparaître dans les limbes rock.

La tournée qui suivra verra le groupe se produire devant des publics de plus en plus clairsemés.

Minute Gonzo

Pour avoir assisté à pratiquement toutes les tournées de Kiss qui passaient par l’Europe en ces temps anciens, j’ai été témoin de la déliquescence du groupe. Les audiences se faisaient modestes et l’ambiance n’y était franchement plus. Bien sûr, Paul Stanley se donnait cœur, corps et âme  pour animer la scène et fédérer le public. Et, sympathique comme il n’est pas permis, Eric Carr était également très démonstratif dans son jeu de batterie. 

Pour sa part, Bruce Kullick n’a jamais été un showman et ses soli appliqués manquaient de panache visuel pour qui avait vu Ace Frehley (ou même Vinnie Vincent) sur scène. 

Mais le plus pénible à observer était Gene Simmons. Privé de son maquillage, de son serpent Sam, de son feu à cracher et de son sang à vomir, littéralement orphelin de Demon, le bassiste était souvent inexistant. Je me souviens en particulier d’une version (assez remarquable) de "I Still Love You" où Gene Simmons s’était réfugié sur une pile d’ampli, assis seul, pratiquement dans les cintres, loin de la scène où s’époumonait Paul Stranley, pour balancer mécaniquement des notes dénuées d’émotion.

Le gaillard a toujours affirmé que, sans son masque ni son costume, il ressentait une gêne et un mal-être incommensurables devant un public. 

C’était extrêmement triste à voir.

Retour à Southfork

Paul Stanley raconte : "Après la tournée Asylum, Gene et moi, on se trouvait là, sur un parking. J’ai dit : Mec, tu t'occupes de plein de trucs tout en profitant des bénéfices du groupe. Moi, je me fais avoir. C'est pas juste que je m'investisse autant, alors que celui qui est censé être mon associé ne fout rien. Gene m'a regardé et m’a dit : C'est juste. T’as raison !" 

Plutôt que de poursuivre la conversation et aborder le fond du problème, Paul se barre en haussant les épaules. 

Il confiera ; "J'aurais beaucoup aimé avoir son avis. Mais à ce moment-là, je n’étais pas d’humeur à discuter avec un type qui gérait des chanteuses de cabaret et produisait cinq groupes (inconnus), alors que j'essayais de faire un album."

Musique triste (et quelques sanglots)…

Travelling arrière sur Southfork.

Sélection

Les petits rockers pressés (et indulgents) écouteront prioritairement "King Of The Mountain", "Tears Are Falling", "Who Wants To Be Lonely" et "Secretly Cruel". 


(1) Eric Carr ne participe en rien au processus d’écriture et Bruce Kullick co-compose un seul titre.

(2) Demon est une nouvelle fois remplacé ponctuellement par Jean Beauvoir des Plasmatics.


Cette 160ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 91,16 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac, sans étiquette Shein et sans alcool. 

Je remercie sincèrement les adorables petits rockers et petites rockeuses qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend (en grignotant un os en plastique qui fait "Pouêt") que l’inspiration revienne chez Kiss.


 

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