
Manfred Mann's Earth Band
The Roaring Silence
Produit par
1- Blinded by the Light / 2- Singing the Dolphin Through / 3- Waiter, There's a Yawn in My Ear / 4- The Road to Babylon / 5- This Side of Paradise / 6- Starbird / 7- Questions


En 1975, Manfred Mann’s Earth Band avait atteint des sommets d’inspiration en mettant au monde l’excellent Nightingales & Bombers, que les amateurs de rock progressif considéreront peut-être comme le meilleur album du combo. Néanmoins, le groupe se retrouve vite bouleversé par le départ de Mick Rodgers, une pièce centrale du groupe tant et si bien qu’il faudra deux hommes pour le remplacer, Dave Flett à la guitare et Chris Hamlet Thompson au chant. Ces deux talentueux musiciens permettent au combo de tenir la dragée haute, notamment le dernier qui propulsera les compositions par sa voix fabuleuse.
Manfred Mann’s Earth Band doit une bonne partie de son succès à sa capacité hors norme de se saisir du répertoire des autres pour mettre au mondes reprises magistrales dans des versions progressives, et en particulier des morceaux de Bruce Springsteen qu’il vient sublimer. Je dois bien avouer qu’étant moi-même hermétique à l’œuvre du Boss, je suis toujours séduit par les versions de Manfred Mann’s Earth Band, qu’il s’agisse de "Spirits in the Night" sur Nightingales & Bombers (1975) ou de "Blinded by the Light" sur cet album. Allongé de trois minutes, le titre conserve sa douceur soft-rock tout en étant profondément amélioré par de très beaux soli de guitare cousus d’une dentelle onirique, d’une superbe montée en puissance hypnotique et bien sûr, des lignes de chant magistrales de Thompson.
Autre pièce revisitée et légèrement allongée, "Singing the Dolphin Through" de Mike Heron (Mike Heron's Reputation, 1975) devient ici un slow orchestral aux chœurs féminins, qui manque un peu de péripéties en dehors des nombreux ornements guitaristiques bien réalisés - le final au saxophone émancipé apporte également un peu de variations à ce titre monolithique. Leur activité de ré-interprétateurs cherche même des formes hybrides sur "The Road to Babylon", qui mêle l'inspiration classique (le canon de Philip Hayes) à des emprunts à Don McLean. On y retrouve les chœurs en introduction, avant que le titre ne mêle la langueur soul moderne et l’atmosphère progressive avec beaucoup de pertinence, menant doucement à l’échange entre la guitare et le saxophone qui se conclut sur une reprise éthérée du motif initial. Ce tropisme soul revient sur le chaloupé "This Side of Paradise" qui tient un peu du "Stand By Me" version prog’.
Si l’instrumental "Waiter, There's a Yawn in My Ear" recycle une idée de l’époque de Manfred Mann Chapter Three, il reprend complétement l’esthétique de l’album précédent – pour notre plus grand plaisir – permettant au claviériste sud-africain de démontrer son inventivité dans une capsule progressive d’une élégance rare. Le groupe multiplie les emprunts à la musique savante, en l’occurrence Stravinsky sur "Starbird" aux élans instrumentaux débridés, et Schubert sur "Questions" au profit d’un court slow finalement assez anecdotique.
Grand succès du groupe, The Roaring Silence est pourtant un chef-d’œuvre toujours aussi progressif et exigeant, qui manifeste l’excellence de la démarche unique et originale de Manfred Mann’s Earth Band.
A écouter : "Blinded by the Light", "The Road to Babylon", "Waiter, There's a Yawn in My Ear"



















