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Critique d'album

Kiss


Dynasty


(23/05/1979 - Casablanca - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- I Was Made for Lovin' You / 2- 2,000 Man / 3- Sure Know Something / 4- Dirty Livin' / 5- Charisma / 6- Magic Touch / 7- Hard Times / 8- X?Ray Eyes / 9- Save Your Love
Note de 4/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Est-ce que Spaceman pratiquait le cosmique de répétition ?"
Daniel, le 25/05/2026
( mots)

Qui a tué Grand-Maman ?

Gene Simmons n’est généralement pas avare en déclarations tapageuses. Mais, en 2018, quand on l’interroge pour la millième fois au sujet de Dynasty (1), il ne se montre pas plus volubile qu’à l’ordinaire, signalant simplement qu’il a toujours détesté chanter les emblématiques "Dou-Dou-Dou-Doudou" de "I Was Made For Lovin’ You" avec la voix suraiguë de sa feue grand-mère.

Pour le reste : no comment...

Apparences

En 1978, la sortie en grande pompe du Double Platinum, une compilation proposée sous un artwork d’un luxe inouï (tout en bas-reliefs), ne peut masquer la réalité. Il devient difficile d’étouffer les tensions qui s’exacerbent..

Surfant sur la vague du succès multiplatiné, le management du groupe se lance dans une aventure cinématographique destinée à élever les quatre New-Yorkais (déjà devenus des personnages de bande dessinée chez Marvel) au rang de super-héros.  

Comparé par un Gene Simmons dépité à Plan Nine From Outter Space (2),  Kiss Meets The Phantom Of The Park de Gordon Kessler est un navet atomique (3).


Et le tournage va révéler une terrible fracture entre, d’une part, Simmons et Stanley – qui, même s’ils sont des acteurs fort indigents, jouent le jeu avec un relatif professionnalisme – et, d’autre part, Frehley et Criss qui organisent une party effrénée sur le tournage, sacrifiant à tous les excès et imposant finalement à la production de les remplacer par des doublures (4).

La publication simultanée en 1978 des quatre albums en solo (avec leurs pochettes coordonnées) confirme (aux yeux de qui sait y voir) que c’en est fini de la lune de miel entre les musiciens. Non seulement, les kabukis proposent des œuvres très disparates (ce qui, en soi, n’a rien de pendable) mais, dans les interviews promotionnelles, ils insistent surtout sur leurs différences. Paul Stanley s’affirme en gardien du temple ; Gene Simmons, au bras de Cher, se voit maintenant en jet-setter ; Ace Frehley est le seul à exploser les charts avec un single pop-rock imparable ("New-York Groove") et Peter Criss exprime son mal-être en confiant à tous les plumitifs en mal de copie qu’il en a souverainement marre de porter un masque et de pratiquer un hard-rock primitif et réducteur.

Ambiance...

Disco tonight !

En 1979, afin de sauver les ultimes apparences, l’album Dynasty (et il en sera de même pour la tournée subséquente) est  annoncé comme "The Return Of Kiss".

Le problème principal est l’indisponibilité de Peter Criss. Le batteur, égaré dans ses paradis artificiels, a failli se tuer dans un accident de voiture. Ses blessures le rendent inapte à la pratique de son instrument. 

Quelques essais sont organisés en studio sous la houlette du producteur Vini Poncia. Préféré à Giorgio Moroder, l’homme s’y connaît en drumming pour avoir longuement collaboré avec Ringo Starr. Il vient également de produire l’album solo de Peter Criss. Après quelques essais douloureux, c’est à regret qu’il décrète que Catman n’a absolument plus le niveau pour tenir les baguettes sur Dynasty. Le choix du groupe se porte alors sur Anton Fig, le mercenaire sud-africain qui a officié sur l’album solo de Spaceman.  

Anton Fig promettra de garder un silence rémunéré sur cette "substitution" mais il se trouvera plus d’un membre de la Kiss Army pour s’étonner des soudains progrès rythmiques de Peter Criss.

La tension monte ensuite dans le studio lorsque Spaceman annonce que son récent succès en solo lui confère légitimement un statut nouveau, à stricte égalité avec Paul Stanley et Gene Simmons. Il entend proposer (imposer) trois titres, à savoir deux compositions ("Hard Times" et "Save Your Love") et "2,000 Man", une reprise de... The Rolling Stones (5). 

Paul Stanley impose trois titres, le hit stratosphérique "I Was Made For Lovin’ You", l’imparable "Sure Know Something" et le plus générique "Magic Touch".

Relégué en face B de l’album et réduit à une portion plutôt congrue, Gene Simmons se contente d’aligner le très bon "Charisma" et un "X-Ray Eyes" assez basique.

La tonalité même de l’opus fait également débat. Afin de coller à l’esprit du temps, Peter Criss est le premier à proposer une influence disco-pop avec sa démo de "Dirty Livin’" (6). 

Pour sa part Ace Frehley qui considère que la pop sucrée de Love Gun était déjà fort indigeste, entend muscler le son du groupe.

Le résultat final sera le fruit d’un compromis diplomatique, arbitré par Vini Poncia et négocié dans une ambiance pour le moins électrique.

La question fondamentale restera : comment quatre "gamins" qui, en 1973, rêvaient d’atomiser leur banlieue sous des riffs destroy vont-ils devenir, six ans plus tard, des icônes disco, passant de l’obscurité des rues de Brooklyn aux éclats factices des boules à facettes des dancefloors bling-bling.

Nous l’allons voir...

Let the music play

Alors que les pochettes précédentes privilégiaient des images désincarnées des protagonistes, Dynasty propose une réalité plus crue. C’est Francesco Scavulo, un photographe de mode hyper-côté (7), qui est chargé de photographier les quatre musiciens. Pleine face. Gros plan. Sans effet particulier. Mais, contrairement à ce que pourrait laisser penser l’artwork final, les quatre photos sont shootées séparément puis assemblées en studio pour former une image qui, une fois encore, n’est pas sans rappeler le Let it Be de The Beatles.

L’album va être "écrasé" par le succès planétaire de "I Was Made For Lovin’ You" qui va incendier les pistes de danse et révéler le groupe à un public festif qui en ignorait même l’existence. 

Les fans hardcore se montrent épouvantés, hurlant (à raison) à la trahison rock, rejoignant par la même occasion le désespoir des aficionados des tout aussi opportunistes The Rolling Stones ("Miss You"), Electric Light Orchestra ("Last Train To London"), Rod Stewart ("Da Ya Think I’m Sexy"), Queen ("Another One Bite The Dust"), …

La plage introductive sortira triomphalement en single, puis en différentes versions maxi étiquetées "disco" (en vinyle noir puis rouge), pour se vendre aussitôt à 1.000.000 d’exemplaires aux USA et 600.000 exemplaires en Grande-Bretagne...

A l’origine, le titre est le fruit d’une discussion orageuse. Tandis que Vini Poncia insiste lourdement pour que le groupe prenne un virage "commercial", Paul Stanley, exaspéré, déclare que n’importe quel imbécile peut écrire un succès disco en une heure chrono. Vini Poncia le met aussitôt au défi et, moins de soixante minutes plus tard, Starchild lui sert un hymne définitif basé sur les trois accords magiques : La (mineur), Ré (majeur) et Mi (mineur). Il est vrai que le couplet existait déjà sous la forme d’une démo intitulée "Tonight" mais le refrain et la structure finale ont été écrits et composés dans l’urgence, permettant à Paul Stanley de remporter son pari.

Artistiquement, c’est la (power) ballade "Sure Know Something" qui reste la vraie réussite de Dynasty. Depuis 1979, je défends la thèse selon laquelle c’est probablement la meilleure composition de Starchild.  A tout le moins la plus sophistiquée. Composé en mode mineur (Mi-La-Si), le titre, globalement assez sombre, évoque les affres de la perte de virginité. Le solo central enregistré par Paul Stanley est bref mais ahurissant de "pathos". En comparaison, son "Magic Touch" ne peut pas lutter avec ce petit moment suspendu. 

Peter Criss signe un excellent "Dirty Livin’" qu’il chante avec cette gouaille et cette conviction que l’on retrouve sur les meilleurs titres de son effort solo.

Gene Simmons délivre un très bon "Charisma". Ses lyrics ne flirtent pas avec la modestie mais démontrent que même un démon peut s’interroger sur ce qui fait son succès ou son attrait. "X Ray Eyes" est par contre nettement moins excitant. 

Peu enthousiasmantes mais plus rugueuses, les trois plages choisies et interprétées (mieux que de coutume) par un Spaceman très appliqué ne s’harmonisent pas avec les compositions des trois autres.  Il est vrai que "2,000 Man" n’était déjà pas un chef-d’œuvre dans sa version originale ; sa reprise assez monocorde est plus exaspérante qu’excitante. La formule magique de "New-York Groove" ne fonctionnera pas deux fois.

Ni horrible, ni à la hauteur…

La critique va se montrer très sévère avec l’album (8), les magazines déplorant qui la production trop lisse de Vini Poncia (qui a émasculé les guitares), qui le virage disco de certains titres, qui le manque de cohésion de l’ensemble, … 

Il est vrai que Dynasty souffre d’un déséquilibre évident entre sa remarquable face A ("2.000 Man" mis à part) et sa face B bien plus faible. C’est le genre de détail qui n’a plus guère d’importance à l’ère Spotify mais qui, en ces temps anciens, influençait beaucoup la manière de considérer un album. 

Même si la plaque sera platinée (de justesse), Dynasty marque, dans la vie du groupe, ce terrible moment de bascule à partir duquel le public va désormais accueillir avec plus d’enthousiasme une tournée "Best Of" (ou une énième compilation clinquante) qu’une production nouvelle. 

Plus tard, Paul Stanley déclarera : "Pourquoi enregistrer un nouvel album quand le public quitte la fosse pour filer au bar dès qu’on joue un nouveau titre sur scène ?

Ca reste une question fort pertinente.

Mais est-ce parce qu’on n’a plus rien à dire qu’il faut pour autant fermer sa gueule ?

C’est une (sinon "la") question fort pertinente qui sera posée dans les chroniques suivantes consacrées à Kiss.

To be continued... 


(1) Le mot se prononce "di-nas-ti" partout dans le monde anglo-saxon,sauf en Australie où l’on dit "daï – nas – ti", ce qui sonne un peu comme "die nasty !" ou "crève crapule !" Cette particularité faisait beaucoup rire Paul Stanley qui ne ratait jamais une occasion de souligner cette curiosité lorsque Kiss faisait escale dans l’hémisphère Sud.

(2) Pour mémoire, le chef-d’œuvre de Ed Wood est souvent considéré comme le film le plus médiocre de tous les temps. Le bonhomme aura l’honneur d’être nommé – à titre posthume –  "pire réalisateur de l’histoire du cinéma". 

(3) 1978 est une année très riche dans la mesure où les Bee Gees et Peter Frampton arrivent encore à faire pire avec leur long métrage ultra-foutraque Sergent Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Nanar absolu...

(4) C’est l’acteur afro américain Alan Oliney (doublure d’Eddie Murphy) qui remplace Ace sur le tournage tandis que la production choisit Michael Bell (la voix de Scooby-Doo) pour doubler les répliques incompréhensibles de Peter Criss. Il sera inutile de doubler Spaceman dont les seules répliques se limiteront à grogner "Ark !".

(5) C’est exactement le genre de truc auquel il est pourtant préférable de ne pas toucher à moins de s’appeler Devo ou the Residents.

(6) C’est le seul titre sur lequel il jouera. Il s’agit d’une composition de 1971, c’est à dire "pré-Kiss".

(7) Francesco Scavulo a également été le portraitiste inspiré de Janis Joplin dont il a réalisé les plus beaux clichés.

(8) Les notes – beaucoup trop sévères – fluctuent de 2 à 4 sur 10 dans les principaux magazines rock.


Cette 152ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 98,72 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac et sans alcool. 

Ces lignes sont dédiées à bEn gUs, daNet’ gUs, lEa gUs, oFF gUs et 11 gUs.

Je remercie sincèrement les adorables petits rockers qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend avec résignation que je change de disque.


 

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