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Critique d'album

Kiss


Animalize


(17/09/1984 - Casablanca - - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- I've Had Enough (Into The Fire) / 2- Heaven's On Fire / 3- Burn Bitch Burn / 4- Get All You Can Take / 5- Lonely Is The Hunter / 6- Under The Gun / 7- Thrills In The Night / 8- While The City Sleeps / 9- Murder in High Heels
Note de 3/5
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Note de 1.5/5 pour cet album
"Le silence est un désert où fleurit la musique. Du moins théoriquement..."
Daniel, le 10/06/2026
( mots)

Trailer (honteusement) racoleur

Où il sera question d’une désertion, d’une inspiration perdue, d’un licenciement, d’un pénitencier, d’un sachet de petits biscuits salés et d’une mort brutale… Mais guère de musique...

Crisis ? What crisis ? 

Plus tard, Paul Stanley confiera à un journaliste : "Je me suis senti totalement abandonné. Gene m’a signifié, sans discussion possible, qu’il ne participerait pas à un nouveau projet. Il a enregistré à la hâte quelques démos puis il m’a planté là et il est parti tourner je ne sais pas quel film."

Runaway, ce "fameux" film (1) qui comptait plus que son groupe aux yeux de Demon, sera un flop. Sa sortie dans les salles en 1984 sera éclipsée par le succès du premier Terminator du génial James Cameron qui flirtait avec le même style (en beaucoup mieux) et le même public (en beaucoup plus nombreux).

Pour se consoler, Gene Simmons se lancera dans une carrière alternative de producteur. Pour Black ‘n Blue (2), puis pour la malheureuse Wendy O Williams. 

Plus tard, on retrouvera Demon (maquillé) comme acteur dans des épisodes cultes Bob l’Éponge Carrée et Scooby Doo.

Are you lonesome tonight ?

Par la force des choses, Starchild se retrouve désormais seul à porter le projet Kiss. 

Et, en studio, l’ambiance est loin d’être au beau fixe. Le nouveau guitariste Mark St. John suscite des commentaires en sens divers. Si l’on en croit Eric Carr, le gaillard est beaucoup trop talentueux pour s’en tenir à un rôle de second couteau. Pour Paul Stanley, le gugusse est un branleur de manche, un shredder probablement capable de jouer très vite mais incapable de jouer deux fois le même pattern (3). 

Pour sa part, Mark St. John, isolé dans son petit monde un peu "décalé", s’étonne publiquement – et probablement sincèrement – que le groupe réagisse plutôt bizarrement à tout ce qu’il joue. 

Il est vrai que le gaillard n’avait d’autre ambition que d’être un musicien de studio et n’avait jamais imaginé se retrouver au cœur d’un pareil cirque médiatique.

Bric à brac

Il faut reconnaître à Michael James Jackson une infinie patience et un art assumé de réaliser un album plus ou moins cohérent avec fort peu de bric et encore un peu moins de broc.

L’incontestable qualité du travail du producteur ne peut évidemment masquer la misère créative du moment. Le manque de "matériel exploitable" est tel qu’Animalize, déjà desservi par un artwork hideux, est, artistiquement, à la limite du supportable. 

Faute de Simmons en studio, les lignes de basse manquantes sont confiées à l’extravagant Jean Beauvoir des Plasmatics. Certaines parties de guitare sont enregistrées par Bruce Kullick (4), appelé en renfort quand Mark St. John manque d’inspiration ou ne se souvient plus de ce qu’il a joué l’instant d’avant.

Si l’on excepte "Heaven‘s On Fire", l’inévitable vidéo-single MTV (5) hyper-formaté (pour ne pas dire générique ou putassier) de Paul Stanley, les huit autres titres sont une parfaite collection de faces B, souvent dispensables, et de fillers inconsistants qui ne trouveront jamais leur place ni dans les set-lists des concerts à venir, ni dans la mémoire des fans.

Oh oh
Je te regarde et mon sang se met à bouillir
Je sens monter la température
Je veux tout, donne-moi ce que tu as
Je devine la faim dans tes yeux (6)

Maladie diplomatique

Immédiatement platiné (et plus grosse vente du groupe depuis Dynasty), l’album rencontre un succès commercial inattendu malgré une presse globalement hostile qui dénonce le fait que Kiss plagie outrageusement (et plutôt mal) les groupes hard-pop à la mode (Bon Jovi, Def Leppard, Mötley Crüe) et  regrette la bien maigre contribution, qui plus est jugée "embarrassante", de Gene Simmons.

La tournée qui suit la sortie de l’album est marquée par un problème inattendu. Mark St. John déclare forfait, se disant terrassé par le Syndrome de Reiter. Il s’agit (attention : minute "médecine") d’une "arthrite réactionnelle" particulièrement douloureuse qui s’installe dans les articulations, ce qui rend improbable, voire impossible, la pratique d’un instrument de musique.

Le guitariste confessera plus tard qu’il avait exagéré sa maladie pour des raisons  diplomatiques... 

L’idée de partir en tournée avec le groupe lui était simplement devenue insupportable, lui qui estimait, dans son langage cryptique et fleuri, qu’il était bien au-dessus de ses forces de tenter de "réconcilier l’Est et l’Ouest"...

C’est Bruce Kullick qui reprend le flambeau avec une certaine légitimité puisqu’il a participé à l’enregistrement d’Animalize. En décembre 1984, après deux mois d’intérim, il devient officiellement le quatrième guitariste de Kiss, ce qui permettra à Stanley et Simmons de virer tout aussi officiellement Mark St. John. 

Page tournée...

Case prison et castagne

Justement, Mark St. John connaîtra un destin pour le moins hors du commun. Après n’avoir rien fait de ses dix doigts pendant de nombreuses années ; il est arrêté pour possession de "matériel lié à la drogue" en 2007. Il est aussitôt condamné à quinze jours de détention qu’il purgera dans la sympathique prison de haute sécurité Theo Lacy (du nom du premier shériff du coin) dans le Comté d’Orange en Californie.

Ce n’est pas précisément l’endroit où l’on rencontre des enfants de chœur. Mark St. John, redevenu le prisonnier Mark Leslie Norton, aura la (très) mauvaise idée de chiper un sachet de crackers à un co-détenu. 

Il s’ensuivra un brutal passage à tabac.  

A sa sortie de prison, le musicien se dira secoué par son expérience. Et il décédera quelques jours plus tard, le 5 avril 2007, des suites d’une hémorragie cérébrale. RIP.

Leçon du jour, garçons : ne piquez jamais les petits biscuits salés d’un plus costaud que vous ! 



Sélection

Les petits rockers pressés écouteront prioritairement "Heaven’s On Fire". Et puis, ils pourront  vaquer à d’autres occupations bien plus intéressantes.


(1) Le film de Michael Crichton n’est pas à proprement parler un navet atomique. Il obtient un score de 48/100 chez Rotten Tomatoes (mon référentiel absolu). Mais il faut bien admettre que Tom Selleck n’a pas l’envergure d’un premier rôle dans un concept de science-fiction et que Gene Simmons, piètre acteur, ne joue pas un "méchant" crédible. Les effets spéciaux, un peu ringards, sont devenus plutôt comiques à observer. Le Colonel Cox (mon autre référentiel) considère que l’œuvre reste "sympathique".

(2) Cette collaboration permettra à Gene Simmons de nouer des liens amicaux avec le guitariste Tommy Thayer dont on reparlera plus tard.

(3) Le choix de Mark St. John est clairement une erreur de casting. Paul Stanley ne souhaitait pas publier une annonce et avait demandé aux responsables de Jackson Guitars (une filiale de Fender) s’ils ne connaissaient pas un six-cordiste "à la Eddie Van Halen". Mauvaise pioche...

(4) Le petit frère de Bob Kulick a tourné avec Meat Loaf et participé à l’aventure éphémère de Blackjack avec Michael Bolton.

(5) C’est la seule apparition de Mark St. John sur une vidéo MTV de Kiss. Particularité : on ne l’entrevoit que 12 secondes (en comptant large) sur toute la durée du titre.

(6) Les lyrics de "Heaven’s On Fire" sont clairement dignes de La Pléiade.

Cette 157ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 92,88 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac, sans étiquette Shein et sans alcool. 

Cette chronique est dédiée au célèbre Docteur Futurity qui, à la fin de l’année 1984, s’est longuement entretenu avec Jean Beauvoir (il lui a dit :"Hey") sur un trottoir de la Sint-Pieternieuwsstraat (devant le n°23) à Gand. Le bassiste iroquois – qui accompagnait alors The Disciples Of Soul de Little Steven – ne s’en est jamais vraiment remis.  

Je remercie sincèrement les adorables petits rockers et petites rockeuses qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend (en grommelant) que Mark St. John se souvienne des notes de son solo...


 

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