
Kiss
Lick It Up
Produit par
1- Exciter / 2- Not For The Innocent / 3- Lick It Up / 4- Young And Wasted / 5- Gimme More / 6- All Hell's Breakin' Loose / 7- A Million To One / 8- Fits Like A Glove / 9- Dance All Over Your Face / 10- And On The 8th Day


Bas les masques
Unmasked – départ de Peter et échec commercial.
Music From "The Elder" – départ de Ace et échec commercial.
Creatures Of The Night – échec commercial...
Kiss vient d’entrer dans une zone d’extrêmes turbulences. Paul et Gene, les derniers gardiens du temple, ont bien conscience que leur vaisseau prend l’eau de toutes parts et que Fox (Eric Carr) et Ankh (Vinnie Vincent), les deux characters plutôt ridicules qui ont remplacé Catman et Spaceman, ne sont pas crédibles aux yeux des fans.
Alors les deux hommes vont abattre leur ultime atout : tomber les masques et redevenir un groupe "quelconque". Sans mystère. Sans … rien.
Le 18 septembre 1983, jour de la sortie de Lick It Up, MTV dévoile théâtralement les quatre musiciens à visage découvert : Paul, Gene, Vinnie et Eric.
C’en est fini des kabukis !
Mais, une fois démasqué, le groupe va être confronté à une réalité douloureuse. Par rapport à son glorieux passé, il va soudain donner l’impression de jouer une pièce de théâtre historique et costumée dans un bête t-shirt à deux balles (1).
C’est que les masques "désincarnaient" les musiciens, effaçaient les âges, insufflaient un contexte de mystère, excitaient la curiosité des fans puis justifiaient des attitudes et des shows définitivement outranciers.
Paul Stanley va tenter de détourner l’attention des characters d’antan en concevant un monde post-apocalyptique destiné à séduire le public MTV. Le clip officiel de "Lick It Up" est un monument d’imagerie cornichonnesque proto Mad Max (digne de Kiss Meets The Phantom Of the Park) qui, en d’autres temps, aurait certainement coûté la guillotine (ou l’écartèlement) à ce cancer du bon goût rock qu’est la costumière Fleur Thiemeyer (2).
Une production léchée
Le nouveau projet d’album est confié à Michael James Jackson qui avait déjà excellé sur Creatures Of The Night en modernisant le son du groupe pour l’emmener dans des confins bien plus musclés que les productions précédentes.
Dès le début du processus d’enregistrement, il se confirme que Vinnie Vincent a faim de musique. Il se confirme également qu’il se sent une âme de leader. C’est la raison pour laquelle il refuse platement de signer le contrat qui lui est présenté par ses deux "employeurs", ce qui aura pour effet d’installer une ambiance de méfiance qui conduira rapidement à un pugilat mémorable...
Mais n’anticipons pas !
Le remplaçant de Space Ace cosigne huit des dix compositions retenues pour Lick It Up et il ne concède qu’un seul solo à un "étranger", celui de "Exciter" qui est exécuté par Rick Derringer.
Autant le drumming d’Eric Carr avait rebattu les cartes sur l’album précédent, autant le jeu de guitare de Vinnie The Wiz Vincent va propulser le groupe dans les eighties, bien loin des vieilles balises hard seventies. L’homme est en effet un shredder d’une vitesse et d’une virtuosité sans nom. Il est probable qu’il aurait pu réussir dans son art s’il avait eu une once de cervelle, un minimum de modestie et un vague sens de la composition. Mais il n’écrira jamais un titre personnel mémorable et passera sa vie à poser des choix parfois absurdes, parfois simplement suicidaires.
« Exciter », l’excitante et prometteuse plage introductive signée Stanley & Vincent, donne le ton. Plus de disco, plus de pop, plus de ballades, plus d’héroïc-fantasy ! Place au riffs métalliques, aux tempos speedés et, pour cette unique occasion, à un solo stratosphérique de Rick Derringer. Kiss, parfaitement servi par le drumming atomique d’Eric Carr (un poil plus en retrait que sur l’album précédent), débarque à pieds joints dans le heavy des eighties.
Même si de nombreux titres vont s’avérer de moindre qualité, il est clair que le jeu de guitare extraordinairement volubile de Vinnie Vincent emmène le groupe bien plus loin que les gammes du Spaceman. Réécoutez "Gimme More", par exemple.
Mais – et n’en déplaise à tous les petits Ingwie en puissance –, ce n’est pas le solo qui fait la composition. Et, si l’on excepte le premier titre atomique, la très (trop) "heavy-dente" plage titulaire, le roboratif "All Hell’s Breakin’ Loose" et le spectaculairement conclusif "And On The 8th Day", les compositions (principalement les structures formatées de Gene Simmons) restent pour la plupart très génériques et sont rarement mémorables.
Cette absence de qualité ne va curieusement pas nuire au succès commercial de Lick It Up qui va permettre au groupe de redresser la barre commerciale en étant rapidement certifié or avant de décrocher plus tardivement une mention de platine imméritée.
Ce succès laissera Paul Stanley plus que pensif : "La seule raison pour laquelle je crois que les gens ont acheté Lick It Up plutôt que Creatures Of The Night – qui était pourtant un bien meilleur album – est que nous ne portions pas de maquillage sur Lick it Up. Je ne vois pas d’autre raison..."
Catch à quatre
La tournée qui va suivre Lick It Up ne va pas être de tout repos. Toujours sans contrat, Vinnie Vincent raconte à qui veut l’entendre qu’il est l’unique moteur de la résurrection de Kiss. Sur scène, le bonhomme se comporte en leader, multiplie les solos interminables et tente d’accaparer toute l’attention du public. A l’issue de la branche européenne de la tournée, il n’est pas certain que le gaillard entamera les concerts américains. Après de rudes négociations, il accepte de modérer ses élans et reprend la route avec les trois autres…
Le 27 janvier 1984 à Long Beach, The Wiz se lance dans un solo d’une durée record, bien au-delà de six à huit minutes (au secours!) convenues. A plusieurs reprises, Paul Stanley lui adresse des signaux désespérés pour qu’il en revienne à la set-list mais rien n’y fait. Le groupe quitte alors la scène, abandonnant son guitariste à une démonstration qui n’en finit pas. Lorsque Vinnie Vincent consent enfin à quitter la scène pour aller voir ce qu’il se trame dans les coulisses, Starchild explose de rage et les deux hommes en viennent violemment aux mains.
L’affrontement est extrêmement violent et il faudra que Simmons et Carr (puis tout le staff appelé en renfort) se mobilisent pour séparer les combattants.
Le 12 mars 1984 au Québec, Vinnie remet le couvert en démarrant un nouvel instrumental impromptu. Cinq jours plus tard, il quittera Kiss. Selon le groupe, il est viré. Selon The Wiz, c’est lui qui quitte le groupe. A chacun sa vérité…
Avec l’argent gagné en 1983, Vincente Cusano va s’offrir une année de vacances autour du monde, sans guitare et dans un parfait anonymat… Plus tard, il sortira du silence. Et ce sera bien dommage (3).
Pour le groupe, de nouveau réduit à trois unités, la question se pose : qui pourrait bien remplacer ce gugusse ingérable ?
Ce sera Mark Leslie Norton, alias Mark St. John.
Un autre allumé de première…
Mais ça, garçons, c’est une autre histoire...
Sélection
Les petits rockers pressés écouteront prioritairement "Exciter" et "Lick It Up". Ensuite, une tisane et au lit...
(1) L’ambiance des tournées va s’en ressentir. En s’exposant presque sans fard dans la lumière, Kiss a proposé un spectacle banal. Les petits rockers se trouvaient privés des explosions, des éclaboussures de sang, des fusées, des envols vers les cintres, des flammes de l’enfer et de toutes ces idioties géniales qui transformaient les concerts en une fantasmagorie grand-guignolesque.
(2) Elle déshabillera Lita Ford et prodiguera également ses meilleurs conseils à Olivia Newton-John, Elton John, Mötley Crüe, Ozzy Osbourne, Mick Jagger, ...
(3) Un seul exemple suffit à caractériser l’animal. En 2026, il publie Guitarmageddon. L’album est mis en vente pour 2.000.000 $. Les misérables petits épargnants peuvent néanmoins négocier un seul titre pour 200.000 $… Un vrai crétin.
Cette 156ème chronique AlbumRock est issue de la culture rock biologique (à 94,71 %). Elle est garantie sans IA, sans gluten, sans tabac et sans alcool.
Je remercie sincèrement les adorables petits rockers et petites rockeuses qui corrigent mes textes et, plus particulièrement, la femme qui partage patiemment ma vie et mon merveilleux chien Gupette qui, depuis son panier, attend (en grommelant) que Vinnie Vincent en termine avec son solo...

















