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Critique d'album

Claude Fridrici


Through The Cloud


(04/04/2026 - - Classic pop rock - Genre : Rock)
Produit par Claude Fridrici

Note de 5/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Tout bon peintre peint ce qu’il est..."
Daniel, le 13/05/2026
( mots)

 A chapel (in the moonlight) ...

Poser, guitare à la main, "au chœur" (1) d’une chapelle implique une déclaration de foi inébranlable. A tout le moins, une foi inébranlable en son art. 

Peu importe finalement que des pensées s’adressent à Dieu, à Sainte Cécile de Rome (la patronne des musiciens et des luthiers) ou à toute autre entité plus ou moins recommandable, le fait est qu’il y a "croyance". Et que toute croyance, pour autant qu’elle soit "aimable", appelle à un minimum de respect. 

C’est qu’il faut y "croire" pour se lancer seul dans une aventure rock de cet acabit. 

En rock en effet, la musique instrumentale est souvent laissée pour compte. C’est à croire que le petit rocker ressent un besoin compulsif d’entendre (puis de hurler approximativement) des lyrics (souvent inintéressants) auxquels il ne comprend généralement rien (2) ou pas grand chose.

Pourtant – et la musique dite "classique" (ou savante) ou le jazz l’ont démontré et le démontrent encore brillamment – un instrumental bien troussé peut en raconter plus et mieux que, pour prendre un exemple, les lyrics d’un album de, par exemple, Jon Bon Jovi (3).

Quand elle est joliment troussée, une musique instrumentale peut inspirer des sentiments ou raconter une histoire. Souvent beaucoup mieux qu’un texte bâclé par un auteur peu inspiré ou simplement générique.

Mir wëlle bleiwe wat mir sinn (4)

Français de naissance mais Luxembourgeois d’adoption, Claude Fridrici est un six-cordite autodidacte, tombé dans les riffs et les gammes rock circa 1991, à dix-sept printemps accomplis. Initialement biberonné aux sons de Kirk Hammett et de Slash, il a viré sa cuti en découvrant ensuite Joe Satriani et Gary Moore. Il y a pires parrains (5) pour présider à une destinée. 

Officiant comme guitariste et chanteur au sein de divers combos partagés entre des compositions originales et des reprises classic-pop-rock, notre six-cordiste écume les scènes locales et régionales. Et forcément, il est constamment hanté par des mélodies qu’il a pour habitude de confier aux bons soins du disque dur de son PC. Jusqu’à un plantage monumental en 2024. 

C’est le genre d’expérience qui incite à réfléchir et qui pousse à désormais laisser des traces tangibles. Si fait que l’on peut considérer que Through The Cloud est le fruit d’une panne informatique, ce qui confère un aspect plutôt ironique à son titre.

J’ai toujours considéré l’Extended Play comme une chimère mal assumée, entre single enflé et album cachectique. Avec ses cinq titres et ses (seulement) 18’57’’ au compteur, Through The Cloud va pourtant bien au-delà de la simple carte de visite. C’est une œuvre en tant que telle – certes courte (6) – qui invite à la découverte d’un artiste vraiment intéressant. 

Claude Fridrici a tout composé. Il joue de la guitare, de la basse et apporte çà et là quelques touches de claviers aux tonalités seventies. La batterie synthétique est programmée avec beaucoup de fantaisie mais sans vraiment parvenir à restituer une sensibilité humaine. Le risque est assumé en tant que tel.

Le registre assumé est celui du classic-rock très mélodique (parfois mâtiné de cette pop de qualité qu’affectionne aussi le guitariste) et la construction reste plutôt traditionnelle avec une intro, un thème à  développer, un pont, un rappel du thème et un final.

La guitare est ici au service des harmonies et n’est jamais le prétexte à des démonstrations gratuites de virtuosité. Claude Fridrici compose une musique destinée à un large public pop-rock et non à des musiciens pointus, uniquement friands de performances académiques ou de vitesse d’exécution.

Gimme five

"The Cycle Of War", la plage introductive, est puissante. Elle s’appuie sur une rythmique martiale pour proposer une narration cinématographique, enrichie d’enluminures "orientalisantes". Les lignes de guitare se superposent progressivement (7) pour se répondre et s’interpénétrer dans des harmonies finement ouvragées. C’est clairement de la belle ouvrage d’une grande richesse mélodique sans virtuosité gratuite. 

En parfait contrepoint, le très délicat "Test Of Time" vaut son pesant de douceur pop rock et de délicatesse. La mélodie fluide transcende une ligne de basse très élaborée et incite à la rêverie.

"Sceptical" - qui évoque la foi et ses tourments potentiels (8) – est un titre plus musclé ; les lignes mélodiques sont régulièrement transpercées de larsens. 

S’appuyant sur une tonalité mineure, "Train Of Melancholy" (probablement mon titre très subjectivement préféré) propose un riff ensorcelant qui s’insinue dans la mémoire. Le titre gagne en puissance au gré des mesures et se conclut sur une jolie démonstration de savoir-faire "guitaristique". 

La cinquième plage, à la fois titulaire et conclusive, semble évoquer la notion de résilience et démontre une fois encore que Claude Fridrici sait être un musicien inspiré, poétique et volubile (9). Le "grand final" est parfaitement explosif et renforce définitivement le goût de trop peu. 

To be continued...

Le guitariste luxembourgeois ambitionne maintenant de défendre ses excellents instrumentaux sur scène en compagnie d’un batteur et d’un bassiste. Puis il entend plancher sur un projet d’album conceptuel plus ambitieux (10) avec des musiciens de studio.

Ce n’est pas pour le simple plaisir de la formule que je conclurai cette chronique en précisant que je me réjouis (impatiemment) d’entendre la suite ! C’est sincère !


(1) La grande "Quinzaine du Jeu de Mots Sophistiqué" se poursuit sur AlbumRock...

(2) J’en reviens toujours au même exemple : quand John Fogerty chantait avec son accent rocailleux "There’s a bad moon on the rise", il se trouvait des anglo-saxons natifs pour comprendre "There’s a bathroom on the right" ce qui, dans le contexte, rendait la compréhension des lyrics un peu compliquée.

(3) J’hésite à révéler qui m’a suggéré cette comparaison. Mais ça me fait rire et le rire est le propre de l’homme...

(4) "Nous voulons rester ce que nous sommes" est la devise officielle du Grand-Duché de Luxembourg. Ça sonne un peu conservateur...

(5) Même si Slash m’épouvante... Mais j’ai promis de ne jamais l’écrire dans le webzine.

(6) Ce qui est d’autant plus frustrant que certains des cinq titres se prêteraient bien à des développements.

(7) Dans cette technique de construction par strates, je retrouve quelquefois le processus de travail de Tom Scholz, le leader de Boston qui, à l’origine, avait enregistré seul tous les titres de son premier album (Boston, en 1976). 

(8) Ce qui renvoie à l’artwork de l’EP.

(9) Ce qui renvoie cette fois à la citation de Jackson Pollock dans le chapeau de la chronique…

(10) D’expérience, je suis toujours un peu anxieux quand on me parle de concept-album. L’histoire du rock a démontré qu’il y a eu plus de désastres que de franches réussites dans ce domaine. J’éviterai de citer ici The Lamb Lies Down On Broadway ou Quadrophenia afin d'éviter de toujours taper sur les mêmes vieux clous rouillés. 


Cette 150ème chronique pour AlbumRock est garantie sans sulfates ni sulfites, sans gluten, sans alcool ni sucres ajoutés. Elle a été tapée, caractère après caractère, par deux vraies vieilles mains humaines sur un clavier en plastique (prétendument recyclable) fabriqué à vil prix en Chine.

Je remercie Claude Fridrici pour sa disponibilité, son humour, sa dédicace et son amabilité.

Je remercie également les adorables lecteurs et lectrices qui corrigent mes textes, la femme qui partage ma vie et mon brave chien Gupette qui s’est montrée rêveuse et – pour une fois – attentive tandis que je passais Through The Cloud à fort volume.


 

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