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Critique d'album

Deep Purple


Fireball


(09/07/1971 - Harvest - Hard Rock - Genre : Hard / Métal)
Produit par Deep Purple

1- Fireball / 2- No No No / 3- Strange Kind Of Woman / 4- Anyone's Daughter / 5- The Mule / 6- Fools / 7- No One Came
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Coincé entre les monstres In Rock et Machine Head, Fireball alterne coups de génie et pièces plus dispensables"
Nicolas, le 20/11/2021
( mots)

Quand on aborde la discographie de Deep Purple et en particulier celle - la plus iconique - du Mark II, on retient immanquablement In Rock comme œuvre excessive et jusque-boutiste et Machine Head comme apex insurpassable et indémodable. Étrangement coincé - on pourrait même dire “étranglé” - entre ces deux mastodontes, Fireball peine à trouver sa place tant dans l’histoire que dans le cœur des amateurs de hard rock 70’s. Certes moins définitif, il n’en est pas moins bourré de qualités que la présente chronique va tâcher de mettre à jour, néanmoins sans omettre de pointer certaines tares un brin désolantes.


En 1970, Deep Purple a “enfin” réussi à percer en suivant la feuille de route tracée par Ritchie Blackmore : tourner le dos au blues rock progressif des débuts et s’abandonner corps et âme au hard rock le plus dévoyé et le plus flamboyant, porté par les élans solistes concurrentiels du guitariste et de Jon Lord dont les orgues, on ose le rappeler encore une fois, constituent une réelle singularité vis-à-vis de la concurrence personnifiée par Led Zeppelin et Black Sabbath. Œuvre extrême voire extrémiste, In Rock a permis aux cinq anglais de bétonner leur notoriété et de poser des bases solides pour une fructueuse collaboration musicale. Mais déjà le succès les rattrape et les force à enchaîner les concerts, pressés par un management qui compte bien voir venir un retour sur investissement - rappelons à toutes fins utiles que le groupe est financé par le cupide trio Hire-Edwards-Coletta à l’origine du fructueux rapprochement entre Lord et Blackmore. Cette frénésie de tournées, initialement nécessaire et voulue par les cinq membres pour cimenter leur collusion, commence à se révéler délétère, grignotant progressivement leur temps de songwriting et entamant leur capital santé : extinctions de voix pour Gillan, lumbagos pour Lord, soucis stomacaux pour Glover. Les cinq rockers n’arrivent plus à se réunir pour écrire et jammer, trop heureux de bénéficier de rares jours off pour réellement mettre leurs organismes au repos. Tout au plus parviennent-ils à se réunir en décembre au Welcombe Manor dans le Devonshire après avoir convaincu leurs financiers d’annuler un set de prestations scéniques, mais les sessions ne se montrent guère fructueuses : il n’en ressort qu’un seul titre qui finira sur le futur album (“The Mule”), mais aussi le futur single standalone “Prostitute” qui deviendra “Strange Kind Of Woman”, tous deux enregistrés sur place. Le reste de la mise sur bande de Fireball s’étire entre septembre 1970 et juin 1971 et se voit ventilée entre les studios De Lane Lea et Olympic de Londres. Neuf mois, autant dire une éternité pour les standards de l’époque.


Une fois n’est pas coutume, il est intéressant, avant de s’attaquer au disque, de revenir sur “Strange Kind Of Woman”. Rappelons cette particularité qu’a Deep Purple de préfigurer à l’époque ses albums par un single stand alone censé faire patienter le chaland... quitte à se priver d’une éventuelle pièce maîtresse. Si l’on pouvait éventuellement tiquer à l’idée que “Black Night” puisse briller dans la marmite infernale d’In Rock - le titre n’est certes pas dénué d’intérêt mais s’avère bien sage au regard de ses illustres contemporains -, la donne n’est pas du tout la même ici. Déjà parce que “Strange Kind Of Woman” se montre plus costaud que son aîné mélodiquement parlant (côté solistes c’est autre chose, mais la musique ne se résume pas qu’à des branlettes de manche, n’est-il pas ?), mais aussi parce que pour le coup il ne dépareillerait nullement au sein de Fireball, sa tempérance ne nuisant nullement à l’ambiance du futur album. Surtout le single se montre singulier en ceci qu’on n’y trouve pas de solo d’orgue et de surcroît pas de confrontation entre orgue et guitare, aucun de ces batailles et autres jeux de questions-réponses entre Ritchie Blackmore et Jon Lord qui faisait en grande partie le sel d’In Rock. Cette absence, ajoutée à un son beaucoup moins agressif et un chant plus modulé et moins aigu, préfigure - à raison - un disque bien différent du coup de maître précédemment commis. Un disque plus calme, plus diversifié également, moins batailleur, qui braque moins ses projecteurs sur son couple de solistes terribles au bénéfice des trois autres larrons, en particulier la section rythmique.


Pourtant “Fireball” ouvre la face A en terrain connu : souffle de ventilo aspirant une farouche cavalcade de batterie (un modèle du genre), hard rock pugnace délivré ventre à terre, chanteur enfiévré qui se livre même à son célèbre cri de banshee… mais surprise, la guitare de Blackmore fait profil bas. Plus étonnant encore, c’est la basse de Roger Glover qui a tout loisir de s’exprimer en solo et de donner la réplique à Jon Lord dont la brève envolée à l’orgue Hammond s’avère particulièrement saisissante. En définitive, la quatre cordes se voit particulièrement bien mise en valeur sur ce titre dont on retiendra - bien davantage que son riff monolithique - sa ligne magnétique et encore une fois ce solo aussi bref qu’inoubliable. Mention spéciale également à la batterie de Ian Paice qui fait preuve d’autant de légèreté que de puissance de frappe. Tous ces éléments font de “Fireball” un morceau bigrement réussi même s’il a quand même tendance à tourner en rond dans ses derniers retranchements.


C’est un peu le problème de “No No No” qui lui fait suite et qui peine à susciter l’intérêt jusqu’à son terme. On retrouve une formule blues rock au tempo nettement plus posé avec un solo de guitare morphinique malaisant rappelant celui de Jimmy Page sur “Dazed and Confused”, quoique Ritchie Blackmore ne se serve pas d’un archet : il utilise en effet sa toute nouvelle Fender Stratocaster - guitare qui deviendra son emblème tout au long de sa carrière - en combinant vibrato et modulation de volume. Notez que le morceau n’est pas foncièrement raté - quoique ce refrain, franchement - mais il s’étire bien trop, presque sept minutes sur une matrice qui tient en à peine plus d’une ! Et la partie soliste, aussi brillante soit-elle, paraît ici purement et simplement plaquée, dommage. La même formule blues se voit policée avec “Demon’s Eye” mais s’avère cette fois-ci plus concise, ce qui en fait un morceau nettement plus agréable. Jon Lord s’y balade avec désinvolture, Ritchie Blackmore se montre insolent de classe tranquille, il y a de la chair et de l’âme, du mordant et du bagout, et même si au final le titre n’invente rien, il y révèle ce petit supplément qui est l’apanage des grandes oeuvres. Bizarre, en revanche, que de laisser presque quarante seconde de blanc - ou de légers accordages - au début de “Anyone’s Daughter”, titre qui voit Deep Purple marcher sur les plates-bandes de… Bob Dylan, rien de moins. On retrouve ici un titre aux accents folk avec un Blackmore qui s’amuse avec son bottleneck et un Ian Gillan qui chante comme un cow boy chiquant le tabac, spencer vissé sur le crâne, avec un timbre et une diction qui rappellent ce bon vieux Robert Zimmerman. C’est léger et plaisant, on se remémore les incartades folk de Page sur Led Zep III… ce qui pourra faire sourire tous ceux qui accusent Ritchie Blackmore de n’être qu’un suiveur. Mais à l’écoute de cette face A, comment ne pas songer à un seul et même contrepied opposant III à II et donc Fireball à In Rock ? Pour l’originalité de la démarche, on repassera. Avouons que jusqu’ici, Fireball nous laisse sur notre faim.


Mais ce serait sans compter sur une face B qui, pour le coup, se montre autrement plus robuste,  aventureuse et enthousiasmante. “The Mule”, référence directe au personnage d’Asimov dans Fondation, vit au rythme trépidant de la batterie de Ian Paice qui, par son motif répétitif associant roulement sec et frappes de butor cadencées, tranche avec la lascivité du morceau qui verse dans un psychédélisme hindouiste très à la mode à l’époque et qui se montre ici parfaitement à son aise entre les claviers à la The Doors de Lord et les vagabondages sous substances de Blackmore. L’histoire retiendra surtout que “The Mule” a longtemps servi de rampe de lancement à un solo de batterie de Pace en live, un peu à la manière de “Moby Dick” pour John Bonham ou “Rat Salad” pour Bill Ward. Exemple particulièrement démonstratif - et assez exceptionnel dans le genre - sur le futur live Made In Japan. C’est ensuite au mythique “Fool” d’entrer en scène, partant sur un hard rock qui éclate brutalement après une longue et délicate introduction rêveuse, puis qui s’étire au gré de plusieurs petites respirations de batterie - tambourin et surtout d’un long solo de Blackmore qui use de sa fameuse technique émulant un violoncelle ouaté dans un écrin de synthés d’une singulière délicatesse. C'est ici que le guitariste laisse le plus éclater sa fibre classique et son amour pour des musiciens comme Jean-Sebastien Bach. Pour l’anecdote, son successeur Steve Morse, bien que soliste et technicien hors pair, sera rigoureusement incapable de reproduire cette sonorité en live, et la partition en question sera interprétée par John Lord - de son vivant, bien sûr. Le contraste entre cette matrice brutale et des digressions aux arrangements d’une grande finesse en font un titre pour le moins exceptionnel. Concluant l’ensemble, “No One Came” verse dans un blues rock testostéroné avec un riff tonique transpercé par d’incessantes saillies d’orgue. Le morceau réalise une sorte de synthèse du style Fireball, qui perd en agressivité ce qu’il gagne en élégance et en fluidité, et des solistes qui, loin de se tirer la bourre, bâtissent leurs émoluments en complémentarité l’un de l’autre. Les digressions instrumentales, aussi nombreuses que variées, s’amusent tout autant du nouveau jouet signé Fender de Blackmore - ces effets conclusifs à la strat, c’est du grand art - qu’ils témoignent d’une réelle volonté de transcendance musicale, et c’est ce qui en fait tout le sel. 


On peine à comprendre pourquoi cette formule gagnante n’a pas été appliquée avec autant de succès sur la face A, mais le fait est là : tout bardé d’immense morceaux qu’il soit, Fireball souffre de quelques carences dommageables qui le rendent bien moins mémorable que son prédécesseur ou que son successeur. N’empêche qu’il s’est très bien vendu et qu’il a offert à Deep Purple son premier numéro 1 des charts anglais tout en lui permettant de percer - pour la seconde fois - aux States. Plus varié, barré et inventif que bien d’autres disques du Violet Foncé, mais aussi bien moins constant, il mérite d’être réévalué à sa juste valeur : celle d’un grand, d’un très grand disque de hard rock à défaut de pouvoir être rangé dans la catégorie des chefs d’œuvre.

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Commentaires
NicolasAR, le 22/11/2021 à 08:33
Merci beaucoup à vous deux !
Daniel, le 21/11/2021 à 19:17
En souvenir du temps jadis (ou naguère), l'album n'avait pas suscité un immense intérêt à sa sortie mais la chronique est extraordinaire et donne envie de le réécouter aujourd'hui. Avec des oreilles neuves. Merci pour ça !
magnu, le 20/11/2021 à 18:48
Belle chronique