
Dry Cleaning
Secret Love
Produit par
1- Hit My Head All Day / 2- Cruise Ship Designer / 3- My Soul / Half Pint / 4- Secret Love (Concealed in a Drawing of a Boy) / 5- Let Me Grow and You'll See the Fruit / 6- Blood / 7- Evil Evil Idiot / 8- Rocks / 9- The Cute Things / 10- I Need You / 11- Joy


Après une année 2025 mouvementée, 2026 s’annonce sous les mêmes auspices. Il faut dire que depuis quelques années, la scène rock a retrouvé une forme de vitalité bienvenue, multipliant les propositions excitantes et les groupes capables de faire évoluer un genre que l’on croyait il y a un poignée d'année ancré dans les méandres du temps.
C’est dans ce contexte que Dry Cleaning ouvre l’année post-punk avec leur troisième album, Secret Love. D’un point de vue totalement subjectif, j’ai toujours trouvé la musicalité de ce groupe un brin étrange (pour ne pas dire ennuyeuse). Les deux premiers albums reposaient sur une formule quasi immuable : basse traînante, guitare discrète, et surtout une manière très particulière d’aborder le chant. L’interprétation de Florence Shaw faisait toute la singularité du projet, avec un phrasé monocorde oscillant entre narration sèche et spoken word volontairement étiré. Passé l’effet de surprise des premières écoutes et lassé par ce chant peu expressif, difficile pour moi d’accorder plus d’intérêt à ces deux premières productions.
Secret Love semble cependant animé par une volonté claire de rupture, porté par un groupe désormais décidé à faire évoluer sensiblement son propos. Produits jusqu’ici par John Parish (PJ Harvey, Eels), les quatre Londoniens ont cette fois quitté la froide périphérie de Londres pour aller tenter l’expérience américaine à Chicago, aux côtés de Jeff Tweedy (Wilco). C’est au cours de ces premières sessions qu’une rencontre déterminante avec Cate Le Bon viendra faire basculer le projet. Séduits par sa vision plus moderne et organique, les Britanniques lui confient la production de leur nouvelle galette. L’ensemble sera finalement achevé aux Black Box Studios, en Anjou et à l’écart des grands centres urbains, un détail sans doute loin d’être anodin, tant le disque respire davantage l’espace et s’éloigne de l’atmosphère oppressante et répétitive qui caractérisait leurs débuts.
L’influence de la Galloise se fait sentir dès les premières secondes de "Hit My Head All Day". Basse plus groovy, guitare lead joueuse, et même l’esquisse d’un refrain chanté viennent immédiatement bousculer les repères. Plus largement, les guitares s’éclaircissent, les tempos s’animent et l’instrumentation gagne en relief et en audace. Si Florence Shaw ne s’éloigne que ponctuellement de son spoken word si caractéristique, celui-ci dialogue ici bien mieux avec ces nouveaux arrangements. Et lorsque la narration atteint ses limites, la voix s’autorise enfin de véritables lignes mélodiques, pleinement assumées. Ces échappées chantées apparaissent sur les instants les plus tendres de l’album, là où le groupe expose une intimité jusqu’alors absente quand auparavant, la voix n’était qu’un outil descriptif et la musique le seul vecteur d’émotion. "Secret Love (Concealed in a Drawing of a Boy)" et "Joy" incarnent parfaitement cette nouvelle approche, portés par une production nettement plus aérée et chaleureuse.
Les arrangements s’enrichissent également de textures plus variées, accentuant les contrastes qui structurent l’album. "Let Me Grow and You’ll See the Fruit" repose ainsi sur une ritournelle d’arpèges délicats à la guitare, une rythmique volontairement minimale et quelques touches discrètes qui installent une douceur inhabituelle. À l’inverse, "The Cute Things" met en avant un versant plus sautillant et joueur, porté par une ligne de guitare presque pop, offrant au morceau une énergie aussi immédiate qu’inattendue. De manière plus générale, les synthés viennent apporter une dimension plus arty à l’ensemble. "Blood", avec sa ligne de guitare évoquant Fontaines D.C., ou "Evil Evil Idiot", spectral et pesant, illustrent cette volonté affirmée d’explorer de nouveaux territoires sonores. Mais c’est parfois lorsque l’on se laisse pleinement emporter par ces idées fraîches que les vieux démons de la monotonie refont surface. On peut notamment citer "Rocks", malgré une base instrumentale intéressante, ou "I Need You", dont les synthés séduisent mais peinent à compenser un développement un peu trop sage.
Là où la voix n’était jusqu’ici qu’un simple vecteur narratif, elle se mue ici en véritable outil émotionnel. Porté par une production plus ambitieuse et plus nuancée, Dry Cleaning parvient enfin à révéler un potentiel longtemps resté en sommeil sur deux premiers disques plutôt plats et inégaux. C’est finalement avec ce troisième album que le groupe franchit un cap décisif, passant du statut de formation sympathique mais dispensable à celui d’un projet réellement intrigant, capable, enfin, de donner envie d’y replonger.
A écouter : "Hit My Head All Day", "Let Me Grow and You’ll See the Fruit", "The Cute Thing"
















