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Critique d'album

Mark Lanegan


I'll Take Care of You


(21/09/1999 - SubPop - - Genre : Rock)
Produit par

1- Carry Home / 2- I'll Take Care of You / 3- Shiloh Town / 4- Creeping Coastline of Lights / 5- Badi-Da / 6- Consider Me / 7- On Jesus' Program / 8- Little Sadie / 9- Together Again / 10- Shanty Man's Life / 11- Boogie Boogie
Note de 5/5
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Note de 5.0/5 pour cet album
"Un chef-d’œuvre nocturne cohérent, intelligent et fascinant."
Pierre D, le 04/03/2014
( mots)

Ce brave Mark Lanegan, aujourd'hui tout le monde semble l'aimer. Il faut pour cela remercier Josh Homme qui, en l'invitant pour ses Desert Sessions et surtout pour Queens Of The Stone Age et ce Songs For The Deaf définitif, a permis à Lanegan de multiplier les disques et les collaborations tout en le révélant à une audience bien plus large que celle dont Screaming Trees, son ancien groupe, a pu bénéficier. Josh Homme a une fois de plus bien joué son rôle de Saint-patron des retraités de l'époque grunge.

Mais avant ça, combien d'année de dèche, de louanges critiques sans succès public, d'addictions foireuses et de plans perdants ? Pourtant on sait depuis le merveilleux Whiskey For The Holy Ghost que l'ex-chanteur des Screaming Trees possède un des timbres les plus habités du rock contemporain. Sa langue roule sur du gravier, son gosier réchauffe autant qu'une lampée de whisky et il délivre ses chansons (qu'il les ait composées ou pas) avec un talent de narrateur fantastique. Grâce à cette voix sublime, il occupe aujourd'hui une position rare et enviable, celle de mercenaire offrant ses services au plus talentueux (Isobel Campbell, Soulsavers, Twilight Singers, … on a fait tout un dossier là-dessus dans ces pages). Contrairement à d'autres, ce n'est pas la rareté qui fait le charme de Mark Lanegan mais au contraire la présence continuelle dans le paysage musical, une présence rassurante qui permet de savoir qu'il y aura toujours au moins une bonne chanson à écouter chaque année.

Multipliant les collaborations sans avoir jamais réellement monté de nouveau groupe depuis la fin des Screaming Trees, Mark Lanegan est le solitaire ultime. On aurait même du mal à le qualifier de frontman en le voyant droit et immobile sur scène, les deux mains cramponnées à son micro et les yeux clos, habitant ses chansons comme personne. Rien que le chant mais tout le chant. Alors quand Lanegan décide de sortir un album de reprises et de s'investir donc totalement dans l'interprétation d'airs composés par d'autres, on ne peut que se réjouir. En 1999 les Screaming Trees s'apprêtent à mourir mais leur chanteur a déjà entamé en parallèle une carrière solo des plus passionnantes. Si The Winding Sheet est un coup d'essai largement perfectible, connu surtout pour la version de Where Did You Sleep Last Night attribué à Leadbelly où le jeune Kurt Cobain donne de la voix en 1990, Whiskey For The Holy Ghost est une réussite incontestable à écouter seul le soir après être descendu à l'Hôtel des Cœurs Brisés. Guitares rageuses, arpèges acoustiques délicats, saxophone, c'est un festival pour maniaco-dépressifs.

Débuté comme un recueil de faces B pour les singles de l'album Scraps At Midnight, le corpus de reprises travaillées par Mark Lanegan finit par donner naissance au disque I'll Take Care Of You, du titre de la chanson composée par Brook Benton et d'abord interprétée en 1959 par le chanteur soul Bobby Bland. On sait que le disque de reprises en dit beaucoup sur l'artiste qui interprète ces standards. Celui de Rage Against The Machine sorti l'année suivante aurait dû permettre à chacun de voir que ces gens ne comprenaient rien au marxisme qu'ils prônaient ni aux chansons qu'ils interprétaient alors ("Street Fighting Man", "Maggie's Farm", y a-t-il plus éloigné des harangues contestataires de Zack de la Rocha?). Celui de Nick Cave & The Bad Seeds en 1986 Kicking Against The Pricks était par contre plus proche de ce que Lanegan a pu produire de son côté. On reviendra plus tard sur les similitudes vocales entre les deux chanteurs, le fait est que Kicking Against The Pricks avait montré au monde que l'ex-chanteur de The Birthday Party n'était pas qu'un prêcheur allumé spécialisé dans la transe mais un musicien s'inscrivant dans la mythologie américaine du XIXe – début XXe siècle via des reprises de John Lee Hooker, Leadbelly (encore lui) ou Johnny Cash avant celui-ci ne soit devenu hype.
Avec I'll Take Care Of You Mark Lanegan prolonge la fascination manifeste des groupes grunge pour le patrimoine folk, blues et country. De Kurt Cobain reprenant Leadbelly à Pearl Jam partageant la scène avec Neil Young, tous ont plongé leurs mains dans la boue du Delta du Mississippi pour en extraire la matière de leurs chansons. À première vue les choix de Lanegan ne forment pas un tout aussi homogène que ceux de Nick Cave & The Bad Seeds. On y trouve du folk ("Shiloh Town" de Tim Hardin), du rock alternatif ("Creeping Coastline Of Lights" par Leaving Trains), du post-punk ("Carry Home" composée par Jeffrey Lee Pierce, ami de Lanegan) ou du rythm and blues avec le "Consider Me" d'Eddie Floyd. Que ce soit au niveau temporel ou stylistique, toutes ces chansons se recoupent difficilement. Là intervient la magie de Mark Lanegan qui, comme Johnny Cash avec Rick Rubin sur American Recordings, fait siens tous ces airs et imprime au disque une cohérence sans faille. "Together Again" de Buck Owens délesté de la pedal-steel abandonne ses yodels country un peu passés pour révéler toute la teneur tragique de cet amoureux autrefois éconduit et aujourd'hui ressuscité par le retour de sa compagne.

La présence du guitariste de Dinosaur JR. Mike Johnson, du batteur Barrett Martin ayant officié chez Screaming Trees, du bassiste de Soundgarden Ben Shepherd, donne à I'll Take Care Of You des airs de réunion d'anciens grunges désireux de rendre hommage au répertoire choisi par le chanteur. Ils ont rangé les hurlements hard rock pour laisser place à une instrumentation subtile faite de marimbas, de guitares acoustiques et de batterie jouée avec des balais. Tout est là pour entourer, porter et sublimer l'organe sépulcral de Lanegan. Il suffit parfois d'une simple guitare sèche pour transformer "Shanty Man's Life" en merveille presque gothique. Sur "Boogie Boogie" l'orgue se liquéfie sous les coups de boutoir d'une batterie proche de "When The Levee Breaks" (Led Zeppelin reprenant un antique blues). Et Lanegan de chanter avec autant d'implication l'unique ligne de texte de la chanson ("boogie, boogie, boogie now") que lorsqu'il charge de pathos "Carry Home" du Gun Club pour en faire une entrée en matière crépusculaire.

De ce chef-d’œuvre nocturne transpire l'amour pour un patrimoine musical américain sensiblement différent de celui de Bob Dylan ou de Nick Cave\. Ces deux derniers véhiculent une Amérique plutôt rurale, entre le Southern Gothic de William Faulkner et Sur La Route de Jack Kerouac. Le répertoire de Lanegan, en cela plus proche de celui de Tom Waits, célèbre un Nouveau Monde urbain dont il regarde surtout les caniveaux. "Badi-Da" exprime une lassitude face à la vie clinquante et aveuglante ("I sure get tired/Trying to sleep at night/Oh these old city lights/They keep on bruning bright") tandis que "Creeping Coastline Of Lights" parle de quitter Hollywood. Pourtant aucune de ces incarnations de perdants ne le fera, tout comme Bukowski ne quitte pour ainsi dire jamais le cloaque qu'est le Los Angeles des déshérités.

Ce qui donne à I'll Take Care Of You sa cohérence, sous des apparences de patchwork stylistique, c'est donc aussi la continuité quant aux histoires contées par Lanegan. Il est le meurtrier sociopathe et sans remords de "Little Sadie", le clochard de "Shanty Man's Life" et l'amoureux ravi du retour de sa belle sur "Together Again". Sa voix chaude est là pour rassurer la fille au cœur en lambeaux et prendre soin d'elle ("So if you'll let me/Here's what I'll do/I got to take care of you"). Il est présent pour remplir le vide laissé par l'absence d'homme au côté de la petite fille perdue ("And you're gonna Need a man/A man who'll understand/Oh darlin' darlin' darlin'/Please consider me"). Au-delà de ce qu'il y a de paternel et œdipien dans ces paroles, on sent également poindre une misogynie où la fille est vue comme incapable de s'en sortir sans une présence masculine à ses côtés. Une misogynie dont Lanegan n'est pas dupe. Après avoir écouté comment il a fait sauter le caisson de Little Sadie, comment ne pas prendre ce "just consider me" comme un ordre plutôt que comme une supplique ? Comment ne pas être sûr qu'il ne va pas sortir un couteau et suriner la belle qui se refuserait à lui ? L'interprétation de Lanegan serait alors à rapprocher de celle que Mike Patton fait du "Simply Beautiful" d'Al Green avec Fantomas, une version cartoon et terrifiante qui suinte le danger émanant de l'amoureux possessif et menaçant. De la part de Mark Lanegan qui a fréquenté Kurt Cobain, dont on connaît l'aversion pour l'univers macho attaché au rock, on aurait du mal à croire à une adhésion au machisme contenu dans certains titres de I'll Take Care Of You. Là où Nick Cave exprimait avec Kicking Against The Pricks son amour pour les murder ballads, Lanegan détourne l'apparence presque sirupeuse de certains des titres interprétés pour révéler la menace et la perversité qu'ils portent en eux.

On a cité Nick Cave et Tom Waits pour parler de Mark Lanegan, ce qui relève d'une certaine paresse se rapportant au timbre rauque et sombre de l'homme, mais au travers de ces deux références on peut aussi déceler une filiation dans la manière de jouer du blues en considérant cette musique non pas comme une école (version Eric Clapton) mais plutôt comme un esprit (la vision de Jeffrey Lee Pierce chez le Gun Club). Et via Waits et Cave on parvient à l'influence commune aux trois bonhommes, à savoir Captain Beefheart qui donnait dès la fin des années 60 sa version beuglante et grinçante du blues de Howlin' Wolf. Nulle surprise donc quant au fait de retrouver Mark Lanegan derrière le micro des Queens Of The Stone Age de Josh Homme qui cherche depuis 2002 au moins à "déclaptoniser le blues" sous le patronage explicite et revendiqué de Captain Beefheart, notamment sur Era Vulgaris.

On a aussi cité Johnny Cash dont Lanegan semble, avec ce disque de reprises, reprendre le flambeau centenaire du troubadour pour qui les airs n'appartiennent à personne et ne demandent qu'à être interprétés à l'aune de l'époque. Quitte à mettre en lumière ce qu'il y a de troublante violence dans ces ritournelles d'amour déçu.

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