↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Critique d'album

Red Hot Chili Peppers


I'm With You


(29/08/2011 - Warner Bros - Funk-Rock - Genre : Rock)
Produit par Rick Rubin

1- Monarchy Of Roses / 2- Factory Of Faith / 3- Brendan Death's Song / 4- Ethopia / 5- Annie Wants A Baby / 6- Look Around / 7- The Adventures Of Rain Dance Maggie / 8- Did I Let You Know / 9- Goodbye Hooray / 10- Happiness Loves Company / 11- Police Station / 12- Even You Brutus? / 13- Meet Me At The Corner / 14- Dance, Dance, Dance
Note de 3/5
Vous aussi, notez cet album ! (75 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 1.0/5 pour cet album
"Red Hot, nous ne vieillirons pas ensemble."
Maxime, le 17/10/2011
( mots)

Quelle sale époque pour nous, pauvres diables nés dans les années 80 et entrés dans le rock avec les groupes les plus populaires des nineties. Depuis plus d'une décennie, une marche inexorable vers la décadence s'est engagée, la machine infernale broie tout. Fébrilement ébauchées au seuil d'une enfance un peu gauche et essentiellement guidée par ce que nous offraient radio FM et télé, les statues de nos dieux d'antan s'effritent, et à travers leurs ruines nous contemplons un présent qui ne se conjugue plus qu'avec leur souvenir. On parle actuellement d'un revival grunge, alors que l'on n'est plus arrivé à écouter un disque de Pearl Jam ou des Smashing Pumpkins en entier depuis nos 18 ans. Rage Against The Machine a enfin révélé la réalité crue de son marxisme de pacotille en faisant exactement comme les autres : se reformer, faire trois petits tours sur scène, ramasser la caillasse puis repartir. Il ne reste rien du mirage britpop. Supergrass et Pulp décimés ont laissé la place à Coldplay. Les branleurs de Blur ont offert des hymnes à la middle class anglaise, ils ont fini dans les discothèques des bobos. Oasis splitté, nous nous cognons la double peine de nous fader Liam en pleine crise de la quarantaine avec ses Beady Eye bas du front et de prier pour que l'album de Noel soit un minimum décent. Radiohead usinait de brillants albums de pop à guitare, il se complait aujourd'hui à donner au mot "chiant" d'infinies variations musicales. The Offspring s'enfonce un peu plus dans la médiocrité la plus crasse à chaque nouveau disque, belle abnégation de la part d'un groupe qui ne partait déjà pas de bien haut. Les types de Green Day nous font honte à se fringuer à la mode emo la quarantaine passée et montent des spectacles à Broadway. Metallica fricote avec cette vieille chouette décatie de Lou Reed, et les extraits que l'on a pu écouter jusqu'ici font peur. Très peur. Un nouvel album de Korn va bientôt sortir et on s'en fout, vu qu'on n'a pas écouté les trois précédents.

Nul doute qu'il faudrait ajouter à ce tableau post-apocalyptique ce que sont devenus les Red Hot Chili Peppers depuis dix ans. Mais la palanquée de critiques incendiaires qui ont fleuri sur le web le jour de la sortie de leur dernier opus nous a presque coupé la chique. Le temps de la curie semble venu. Pauvre Peppers... A vrai dire, on a longtemps ruminé l'utilité d'écrire un tel papier. Quel intérêt de venir s'ajouter au choeur déjà bien fourni des fossoyeurs enragés ? Le mieux restait peut-être de gratifier cette dixième réalisation studio de la pire des sanctions : le silence. Peut-être que la commémoration des vingt ans de Nevermind nous a conduit à nous pencher sur notre adolescence passée et, après avoir religieusement écouté vingt prises alternatives de "Breed", à solder les comptes pour de bon. Anthony, Flea, Chad, nous ne vieillirons pas ensemble. Regardez un peu ce que vous êtes devenus, maintenant que vous approchez de la cinquantaine... Toi Anthony tu t'es fait la tronche d'un hipster eco-friendly, on dirait que tu veux postuler à un casting de cette tête à claques de Xavier Dolan, Flea, tu continues à peloter ta basse torse nu, et on se demande à chaque instant si tu ne vas pas te claquer un lumbago, Chad, tu te commets dans Chickenfoot, conglomérat de hard rock mou du gland, et tout ce qu'on trouve à dire, c'est que tu ressembles décidément à Will Ferell comme deux gouttes d'eau. Quant à votre nouveau venu, Josh Klinghoffer, il semble n'avoir pour fonction que d'imiter la moue d'une belette sur les photos sans qu'on comprenne pourquoi. Triste spectacle, nous qui vous avons tant aimés.

Car pour notre génération, les Red Hot, comme on les appelait, projetaient dans notre imaginaire lacunaire une certaine idée de Los Angeles. Un L.A. sans doute aussi caricatural que celui que véhiculaient les Guns 'n Roses, mais une ville dans laquelle on aurait adoré trainer nos Reebok pump. Une capitale californienne synonyme de Venice Beach, des surfeurs sortis de Point Break (Kiedis et Flea y faisaient d'ailleurs un caméo), les bermudas jusqu'en bas des genoux, l'écoute au walkman monté sur des rollers, les Lakers de Magic Johnson, Beavis et Butthead à la télé... Une L.A. ripolinée par MTV, pur fantasme de petit français de classe moyenne colonisé par la culture teenager US. Musclés et tatoués, les Red Hot étaient virils mais pas machos, ils fusionnaient rock et funk et c'était cool, ça nous donnait l'impression d'avoir des goûts hyper variés. Leurs morceaux étaient pop mais les parental advisory floqués sur les pochettes de leurs disques laissaient déjà penser, bien avant que nous soyons capable de traduire leurs textes, qu'ils cachaient derrière leurs atours enjoués de sales histoires pas très nettes peuplées de groupies cravachées et de dealers planqués sous le périphérique. Doués, exubérants, à l'exact épicentre entre hédonisme eighties et désenchantement grunge, les Red Hot étaient nos correspondants américains idéaux. Oasis étaient nos lads, ils furent nos dudes.

Les racines de cet amour ne résident pourtant que dans deux albums : Blood Sugar Sex Magic (1991) et One Hot Minute (1995). Les quatre disques précédents, ne nous mentons pas, personne ne les avait vraiment écoutés et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont passablement vieilli. Tout au plus peut-on reconnaître que Mother's Milk témoigne d'une progression sensible dans le songwriting. Pour le reste, les deux premiers albums de leur période Warner forment un sacré diptyque. Le premier solaire et décomplexé, gavé de guitares érotomanes, le second bouillonnant et torturé, lardé de riffs hard liquéfiés. De "Power Of Equality" à "Transcending", une trentaine de morceaux (dont quelques tubes planétaires) auront suffi à transformer les Red Hot en mastodontes et les faire passer au niveau supérieur, la strate ultime, celle où l'on a frappé si fort que le reste de la carrière peut désormais se dérouler sans la moindre prise de risque et la plus petite once de génie, par delà le bon et le mauvais. Quelque soit le brouet que l'on propose, le public lui répondra avec le même assentiment généralisé. Arrive donc Californication, qui déplace leur centre de gravité et leur servira de patron pour toute la suite. Ils furent les chantres délurés du california lifestyle des nineties, ils seront les Eagles des années 2000, imposant des albums mous et ventrus (15 titres répartis sur 60 minutes en moyenne) au carrefour des styles les plus banalisés, érodant les moindres aspérités. Trop longtemps la nostalgie nous aura poussé à accorder à ces disques une attention qu'ils n'auraient jamais dû mériter. Trop de rotations FM nous auront à jamais dégoûté de "Californication", "Road Trippin'" et "Other Side", pénibles ballades geignardes et inconsistantes dont les Peppers se feront désormais une spécialité (mais le ver était déjà dans le fruit dès "Soul To Squeeze"). Nous n'avons plus la patience d'éplucher By The Way pour en extraire le peu qu'il y a à sauver ("Can't Stop", "Cabron"). Quant au double Stadium Arcadium, qui peut bien se vanter de l'avoir jamais écouté en entier ?

I'm With You intervient ainsi comme l'ultime étape d'un long processus jonché de renoncements et de pertes d'inspiration de plus en plus criantes, aboutissant à une musique désespérément creuse, ni funk, ni rock, ni pop, ni rien. Le son pop-rock RTL2 dans son éclatante insignifiance. Une musique à la hauteur de ces rentiers de Los Angeles, vivant perchés sur leurs collines dans des villas ultra-sécurisées, convertis comme des suppôts fanatiques à la Religion du Bio et de l'Ecolo, mâchouillant avec satisfaction leur bout de carotte crue, citoyens du monde repus. Il n'y a rien de pire qu'un rockeur repenti. Quant au disque, alors... On reste bouche bée devant tant d'indigence, tant d'inertie. Les Red Hot ont élevé la transparence au rang de chef d'oeuvre, ils ont érigé la platitude en nec plus ultra. Ils fricotaient hier avec Jane's Addiction, ils jouent aujourd'hui dans la même catégorie que Coldplay et s'avèrent aussi insipides que Linkin Park. L'album est tellement linéaire que son écoute s'en avère presque insupportable. Il n'y a pas lieu de mettre en cause le départ de John Frusciante dans la tournure funeste que prend l'entreprise, lui qui n'avait de toute façon pas sauvé By The Way et Stadium Arcadium de la médiocrité et paraissait avoir également perdu le feu sacré. Que peut bien faire un musicien, aussi doué soit-il, face à des chansons écrites en pilotage automatique ("Monarchy Of Roses", "Did I Let You Know"), des balades sirupeuses débitées à la chaîne ("Brendan Death's Song", "Police Station", "Meet Me At The Corner"), ce funk mollasson sevré de toute audace ("Factory Of Faith", "Ethopia", "Look Around") ?

On n'attendait pas grand chose de ce disque, mais en faire l'expérience fait tomber un sombre rideau sur notre adulation passée et agit comme un grand dévoilement. Qu'est-ce qui nous a poussé à kiffer ces mecs ? Leur musique n'accrochant plus les oreilles, on n'en voit que les défauts, cette construction systématique tout en couplets poussés au cul par une basse impotente et refrains qui ne décollent jamais et cahotent en rase-motte. Marre de ces éternelles lignes slappées, de ces doo-dong doo-dong assénés par Flea les lèvres retroussées, on lui en ferait bouffer son instrument frette par frette à coup de talon. Ça valait bien la peine de prendre des cours de musicologie. Marre aussi du chant du Kiedis. Privé de mélodies décentes, on mesure à quel point il peut être faux. Josh Klinghoffer prend le poste de Frusciante avec le même souci de ne pas se faire remarquer que son prédécesseur lorsqu'il se coulait dans les pas d'Hillel Slovak sur Mother's Milk. S'il fait de temps en temps mumuse avec sa pédale d'effets, il a le plus souvent le bon goût de faire profil bas. Condamné de bout en bout à l'oubli instantané, I'm With You démontre surtout qu'il n'y a rien de pire qu'un artiste en bout de course qui pense encore avoir des choses à dire. En discutant maternité avec une de ses amies autour d'un carpaccio de concombres, Anthony Keidis se sent un jour inspiré par le thème de la mono-parentalité. Et ça donne le soporifique "Annie Wants A Baby". Doux Jésus, c'est émouvant comme le Goldman de "Elle a fait un bébé toute seule".

On regarde alors le clip de "The Adventures Of Rain Dance Maggie", un clin d'oeil à Let It Be doté de l'esthétique douteuse d'un épisode d'Alerte à Malibu, avec un mélange d'effroi et de perplexité. Qu'attendent ces quarantenaires tardifs qui essaient de prouver qu'ils peuvent encore rocker les foules ? Leur groupe n'est plus qu'une entité qu'ils condescendent à ranimer tous les cinq ans pour relever les compteurs. Seul leur importe aujourd'hui leur épanouissement personnel, être créatif, cet élément de langage aussi vide de sens qu'un slogan Apple, signifiant surtout s'embarquer dans des vagues projets fomentés avec des connaissances mondaines (Kiedis commercialise avec Madonna une boisson à base d'eau de coco). Des occupations vaines, une dispersion inutile, qui prouvent que ces types n'ont plus rien de bon à donner, que le citron est pressé depuis belle lurette. On aurait presque préféré qu'ils sacrifient à la mode actuelle et se fendent d'une tournée pour célébrer les vingt ans de Blood Sugar Sex Magic, même si cela revenait à contempler leurs chaussettes pendouiller du bout de leurs quéquettes molles.

De l'autre côté, que peut bien attendre ce public qui écoute docilement leurs rock stars perchées sur le toit, un gobelet de smoothies dans la main ? Qui sont ces gens qui ont acheté et vont acheter I'm With You avec l'intention de vraiment l'écouter ? Qui sont ces foules qui vont se presser prochainement à Bercy puis au Stade de France pour assister placidement à cette litanie de rock sans estomac, avec pour seule compensation la triste perspective de s'accorder de temps à autres un pogo sur un antique "Give It Away" ? Combien de temps encore la jurisprudence Blood Sugar Sex Magic/One Hot Minute va-t-elle fonctionner ? Combien de temps encore le simple ressort de la nostalgie va-t'il prévaloir ? Quel plaisir ce disque apportera-t-il à tous ces trentenaires qui se l'enfileront tranquillement sur l'autoradio de leur monospace pendant que leur progéniture soupirera en se passant LMFAO sur son I-Pod, songeant à cette foutue adolescence disparue ? Même si elle avait également la tronche de Boris et de Dr. Alban. On a beau jeu de se moquer de Rock & Folk et leur propension à se fendre d'un article de 12 pages tous les deux numéros dès que Mick Jagger bouge une oreille ou que Bob Dylan grommelle quelque chose dans sa barbe. La complaisance que l'on manifeste à l'encontre de nos héros d'hier mène tout droit au même chemin, aux futures couvertures pour l'album de spoken words d'Anthony Kiedis ou l'édition 4 vinyles, 5 cds et clé USB en forme de poivron pour les quarante ans de Blood Sugar Sex Magic. Chers amis il est temps de faire votre deuil et d'avancer. Séchez vos larmes, détournez votre regard. Votre esprit doit être clair, votre coeur déterminé. La main ne doit pas trembler au moment de porter le fer. Il n'y a plus rien à espérer des Red Hot, ni dans cette vie ni dans l'autre. Conduisons-les sans remord au bûcher de nos idoles passées.

Si vous aimez I'm With You, vous aimerez ...
Commentaires
Azodef, le 28/09/2016 à 17:04
Pfff... cette critique est bien trop négative, franchement l'album n'est pas si mauvais; il est même très bon de mon point de vue. Après je n'ai pas grandi pendant les "nineties" alors j'ai pas d'avis constructif.
Sirpsychosexy, le 29/06/2016 à 01:40
Excellentissime ...
Soutenez Albumrock

Nous avons besoin de vous pour garder notre indépendance !


Publicité
Barème
Sans intérêt
Raté
Très faible
Décevant
Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Album de la semaine
À lire également