
Manowar
Sign of the Hammer
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Avec Hail to England, Manowar avait atteint ses objectifs : non seulement le groupe avait enfin pu tourner au Royaume-Uni où son public était nombreux et enthousiaste, mais encore il avait été repéré par un label, Virgin, leur permettant de lâcher Music for Nations en toute sécurité. En outre, les vikings américains avaient un atout dans leur poche : deux albums avaient été enregistrés en 1983 et le successeur d’Hail to England était prêt – ou presque, Virgin exigea un titre supplémentaire (le futur "Sign of the Hammer") qui sera enregistré au Manor (le studio de Richard Branson). Virgin impose également cette pochette minimaliste, d’aucun dirait totalitaire du fait de ses couleurs et de la stylisation de son symbole, qui rappelle ceux du mouvement politique de The Wall. Un choix peut-être dicté par l’année de sortie – qu’on qualifiera d’orwellienne.
Ainsi, en moins de deux ans, Manowar aura publié trois albums et fait preuve d’une productivité qui lui permet d’entrer dans la grande histoire du rock (ou plutôt du Metal) des deux côtés de l’Atlantique.
Sans surprise, les deux albums de 1984 possèdent de nombreuses similitudes, mais Sign of the Hammer lisse un peu son esthétique et annonce le futur – toujours Heavy mais plus grand public – du groupe ("All Men Play on 10", les mélodies de chant d’"Animals", très bas du front voire rock’n’roll sur le solo). De même, la dernière composition en date, "Sign of the Hammer", mêle Heavy véloce et refrain accrocheur, tout en revenant au Metal britannique dans ses couplets. L’inspiration n’est pas vraiment fulgurante : le riff rapide et étouffé de "The Oath" accouche d’une pièce Power Metal très homogène, même si le solo conclusif redonne du lustre au titre.
Fort heureusement, le registre épique continue de s’affirmer sur Sign of the Hammer avec "Thor (The Powerhead)", hommage évident à la mythologie scandinave rendu grandiloquent par l’utilisation judicieuse des chœurs et des lignes mélodiques de guitare (qui ne sont pas sans rappeler Iron Maiden). On regrettera derechef le manque de complexité dans la composition même si le solo, bien que peu technique, demeure pourtant d’une vélocité exaltante. Néanmoins, "Mountains" relève le niveau dès la mise en scène féérique de son premier mouvement aux synthés lumineux et aux paroles déclamées devant des lignes de basse mélodiques. Le riff lourd, puissant, les lignes de chant épiques, et les variations quasi progressives, finissent d’en faire une pièce magistrale. Le pinacle est atteint sur l’ultime "Guyana (Cult of the Damned)" qui justifie à lui seul l’écoute de l’album : DeMaio y fait une démonstration de basse mémorable (bien plus heureuse que celle de l’instrumental "Thunderpick"), de même qu’Eric Adams multiplie les efforts pour atteindre l’intensité nécessaire à la mise en récit du suicide collectif de la secte du Temple du Peuple en 1978 à Jonestown au Guyana. Il faut encore évoquer une structure à l’architecture sans faille et des interventions de guitare remarquables – le solo est particulièrement impressionnant.
Dernier titre de Sign of the Hammer, "Guyana (Cult of the Damned)" referme également la première ère de Manowar, la plus intransigeante et la plus artisanale, avant que les sirènes FM (Fighting the World, 1987) ne conduisent le groupe à verser dans l’auto-caricature gênante (Kings of Metal, 1988 – et suivants).
À écouter : "Guyana (Cult of the Damned)", "Mountains"


















