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Critique d'album

Deep Purple


Infinite


(07/04/2017 - earMUSIC / Verycords - Hard Rock - Genre : Hard / Métal)
Produit par Bob Ezrin

1- Time for Bedlam / 2- Hip Boots / 3- All I Got Is You / 4- One Night in Vegas / 5- Get Me Outta Here / 6- The Surprising / 7- Johnny's Band / 8- On The Top Of The World / 9- Birds Of Prey / 10- Roadhouse Blues
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Vers l'infini et au-delà"
Etienne, le 25/04/2017
( mots)

Les légendes ne meurent jamais. Dans le cas de Deep Purple, son statut musical iconique ne subit aucune remise en cause - bien que son intronisation au Rock And Roll Hall Of Fame ne date honteusement que de 2016. Fournisseur de riffs cultes - "Ta Ta Taaaa Ta Ta TaTaaaa Ta Ta Taaa Ta Taaaaaaaaa" vous avez reconnu ? - au gré d’une vie de groupe chahutée par des guerres d’égos sans pareilles, chamboulée par des allers et venus incessants lui conférant une identité hybride unique au fil de ses différents Mk au rang desquels les célèbres II (Gillian/Blackmore) et III (Coverdale/Hughes), Deep Purple a toujours su délivrer des albums de grande qualité, y compris sous l’égide de sa mouture actuelle (le Mk VIII, Morse/Airey), cf l’excellent Now What ?! en 2013 dont tous les mérites vous avez été vanté par nos soins. Mais voilà. Osez évoquer la réussite du Pourpre "moderne" lors d’une conversation musicale bien embarquée en marge d’un apéritif printanier, vous trouverez toujours sur votre chemin cet éternel bougon, ce gratouilleur réac’ incapable de viser plus loin que le bout de son médiator, assénant frontalement et sans ouvrir la discussion à un quelconque débat: « Ouais mais moi, j’aime pas le nouveau guitariste ».

Dénigrement ultime, le bougre n’osera même pas évoquer le nom de Steve Morse, maître du jazz/rock instrumental ayant fait ses armes pendant de nombreuses années au sein des Dixie Dregs, formation émérite du genre comptant quelques disques majeurs à son actif comme ce superbe What If (1978), une pépite, vraiment. Que répondre à un tel affront? Rien me direz-vous, sinon on passerait nos journées à se battre, se révolter et s’écharper avec le premier venu. Chacun a droit à son avis, prônons tolérance et patience, Amen… Et puis non, remettons lui les idées en place à ce gros naze.

Car Deep Purple, même celui de Machine Head, n’est pas que le résultat du génie de Ritchie Blackmore. Le grincheux guitariste a beau avoir donné de sa personne et distillé quelques phrasés devenus des classiques ("Black Night", "Fireball", "Strange Kind Of Woman") et autres solos entrés dans l’histoire de la musique ("Highway Star", "Child In Time") avec cette touche néo-classique maintes fois imitée depuis - jamais vraiment égalée, n’est-ce pas Yngwie Malsmteem ? -, Deep Purple est avant tout l’histoire d’un groupe plus que d’un collectif d’hommes, celle d’une alchimie aussi stellaire que friable qui a conduit l’un des plus grands noms de la grande Histoire du rock à enregistrer un album culte dans une chambre d’hôtel miteuse de Montreux (Machine Head) autant que finir par s’écharper salement lors d’une tournée cataclysmique plombée par les guitaristes en retard et les chanteurs ombres d’eux-mêmes (le Battle Rages On Tour de 93-94). Oui, Deep Purple doit beaucoup à Blackmore, dont les coups de génie ont été autant la source du succès que ses coups de sangs imprévisibles la cause de bien des troubles, mais il doit tout autant à Lord et son orgue virtuose, à Glover et sa basse chaloupée, Gillian et ses envolées habitées, Paice et ses roulements supersoniques. Et Coverdale et son timbre rauque aphrodisiaque. Et Bolin et ses accords funk saillants. Et Hughes et sa basse sautillante.

Qu'on se le dise, quel qu’ait été les musiciens en activité au sein du Pourpre, celui-ci a toujours brillé et livré des albums studio remarquables, Blackmore ou pas dans les parages. Véritable alambic du rock, Deep Purple a toujours su retirer de ses différents line-up une identité singulière, s’offrant pas loin de huit vies riches et aventureuses, d’une musicalité hors-norme cherchant sans cesse à explorer les recoins d’un classic rock dont il est devenu à très juste titre, l’un des piliers. Oui il y a In Rock, Fireball et Machine Head. Mais il y a aussi Burn, Now What ?!, Stormbringer, Abandon, Come Taste The Band, Bananas ou Purpendicular. Une liste que rejoint aisément inFinite, petit bijou de rock progressif glaciaire. N’en déplaise aux fans d’un Ritchie Blackmore devenu finalement bien moins respectable depuis son "come-back rock" de 2016.

Car parlons-en de Blackmore, lui qui avait sciemment abandonné son costume de rocker pour une tunique de ménestrel dans son improbable - et bien peu recommandable - Blackmore’s Night, sorte de cantiques moyenâgeuses aux confins de Enya et de Luc Arbogast, c’est dire. Alors qu’il a savamment éviter toute comparaison avec ses frères ennemis - ne jouant, de fait, plus du tout dans la même cour (royale, notez le jeu de mots) - 2016 a vu l’enfant terrible de Deep Purple renoncer à ses délires de troubadour pour fouler à nouveau les planches de quelques festivals européens (principalement en Allemagne et au Royaume-Uni) en compagnie d’un quintette tout frais moulu, prêt à faire revivre le répertoire rock de ses compositions. Alléchés par le succulent fumet du festin annoncé, les pécores se pressent devant le fort seigneurial - chaque show sera "sold out" en moins d'un quart d'heure - pour mieux se délecter des imposantes pièces saignantes du répertoire Rainbow et des magistrales sucreries de Deep Purple, dont ce Ritchie’s Blackmore Rainbow nouveau n’oublie quasiment aucun hit, bouclant un set exclusivement nostalgique par un "Smoke On The Water" remanié, ralenti et apaisé plutôt étonnant. Comme quoi, même Blackmore peut jouer les jukebox.

L’entreprise, objet d’attentes démesurées face à la stature quasi-mythique du guitariste, vire pourtant rapidement au fiasco dès la plongée dans un Memories In Rock capté outre-Rhin durant l’été dernier et pour l’heure seul témoignage de ce retour inespéré. Un manque d’entrain flagrant d’une troupe régulièrement à la ramasse, des titres embourbés dans des interprétations pataudes et des solos loin des standards auxquels Blackmore nous avait habitué, ce pauvre Ritchie n’est plus que l’ombre de lui-même. Il vient d’offrir, par la même occasion, à tous les défenseurs acharnés de Deep Purple l’illustration manifeste que ses acolytes se portent très bien, et certainement bien mieux, sans lui. Et même si Blackmore prépare actuellement un autre live - enregistré à Birmingham au printemps 2016 - et quelques pistes studio qu’on espère un peu plus dignes, on ne peut que constater que l’amitié inaltérable unissant le Mk VIII depuis maintenant 15 ans - ce qui en fait quand même le line-up le plus long de l’Histoire mouvementée de Deep Purple - élève le Pourpre bien au-dessus de la mêlée, et, accessoirement, de son historique frère d’armes. Alors le mec de l'apéro: ton Blackmore il est toujours indispensable ?

Car depuis les 22 ans que Steve Morse opère avec une humilité rare au poste de guitariste - au vu de son immense talent, cf Flying Colors, son autre excellent groupe avec son acolyte Dave LaRue des Dixie Dregs -, Deep Purple prend soin de faire fructifier son héritage classique tout en défendant ardemment ses nouvelles compositions, en témoigne les deux derniers live du groupe à Wacken et Tokyo, largement axés sur les excellents titres de Now What ?! que sont « Après-Vous », « Weirdistan » ou encore l’imparable « Hell To Pay ». Même s'il écume les routes à l'excès et est forcément passé à moins de 100km de chez vous au cours des deux dernières années - on prend les paris - Deep Purple est animé d'une positivité qui force le respect, se produisant avec un entrain intact et une envie communicative dans des salles rarement combles. Normal, vu la fréquence de passage des gars. Pourtant, un certain émoi a parcouru la planète rock au moment de l'annonce , il y a quelques semaines, d'un Long Goodbye Tour qui s’annonce peut-être - certainement soyons réalistes - comme un ultime baroud d’honneur pour ces magiques vétérans du rock. Cette émotion, palpable au près des plus fervents fans de la première heure comme des plus récents convertis, est le paradoxe qui entoure ces rocs de la musique, ceux qui ont essuyé toutes les tempêtes et vaincus tous les orages, ceux qu'on finit par ne plus considérer avec autant d'intérêt, non pas par désamour mais parce que leur présence permanente dans le paysage occulte leur mortalité. Car entre l'émotion d'un au-revoir non anticipé et le frisson candide d'un inFinite de haute volée, il semblerait que Deep Purple approche doucement de sa dernière note.

Entouré de son habituel et fidèle collaborateur Bob Erzin - qui participe équitablement à l'écriture des neuf titres inédits d'inFinite, Deep Purple propose une intéressante prolongation de Now What ?! en développant plus encore un côté progressif qui rappelle les premiers émois de Steve Morse, ceux qu'on a pu largement tâter à la livraison de Purpendicular (1996) et Abandon (1998). Les compositions s'axent ici sur des passes d'armes instrumentales longues et évolutives ("The Surprising") qui se substituent aux habituels refrains chantés, plutôt rares. Plutôt que de rechercher l'ampleur de quelques mots fédérateurs, le Pourpre mitraille quelques riffs dont il a le secret, groovy pour les uns ("All I Got Is You", "Johnny's Band"), tranchants pour les autres ("One Night In Vegas") ou encore lancinants pour certains ("Birds Of Prey"), toujours avec cette patte Steve Morse, ce son rond et chaleureux teinté d'un chorus apaisant. Fort d'une collaboration ayant atteint des sommets sur l'album précédent, le guitariste ne manque pas de s'appuyer sur un Don Airey très en forme et dont le mixage met particulièrement les talents en avant. Qu'il soit brut et endiablé ("One Night In Vegas") ou futuriste et aérien ("The Surprising"), le clavier du plus récent membre de Deep Purple officie aux avant-postes dans le couloir droit, tandis que Morse s'applique à répondre à son collègue par quelques assauts murement construits ("Get Me Outta Here") dans un effet stéréo - guitare à gauche / clavier à droite - à l'effet étonnant, plutôt troublant de prime-abord, complexe, boursouflé, et finalement d'une richesse musicale impressionnante une fois digéré et apprivoisé. Une confirmation, s'il en fallait une, que les deux joyeux lurons du Pourpre sont plus que jamais des piliers participant allègrement à l'identité sonore d'un groupe qui ne cessent d'impressionner par sa verve et son audace musicale, refusant de s'affaler sur un confortable matelas d'oseille et de réduire son patrimoine musical à trois notes composées il y a 45 ans. Deep Purple tente encore des choses e les réussit. Par le biais de ces deux "jeunots", oui. Mais aussi par cette triplette historique, 210 ans à eux trois, que forment les increvable Ian Paice, Roger Glover et Ian Gillian.


Alors qu'il peine de plus en plus à interpréter les titres phares du groupe depuis plusieurs années déjà, que ses hurlements célestes qui ont fait sa réputation de vocaliste hors-norme sont aux oubliettes depuis belle lurette, Gillian le sage embrasse son déclin avec pudeur et propose des phrasés moins haut perchés, détail compensé par une pugnacité redoutable, attaquant couplets et refrains avec une hargne qu'on ne lui connaissait plus:


"No pity, no pity
Don't want no pity for me in this filthy ceil
I'll see you in hell
See you in hell"
(Time For Bedlam)


"I guess I just don't have it in me, to keep you satisfied
To be honest with you babe, I'm only in it for the ride
And you may never bring yourself to take me as I am
But in case you hadn't noticed, I don't give a fucking damn! "
(All I Got Is You)


"Without a word of warning
We dive in to attack
Vengeful and self-righteous
We turn the blue sky black
And a wretched few escape
They'll be forever looking back
At our sacrifice"
(Birds Of Prey)


Plutôt que s'essayer à se rapprocher de sa grâce d'antan, Deep Purple assume son âge avancé et use de ses forces reposées avec intelligence et parcimonie à l'image d'une section rythmique sobre, toujours dans le soutien et bien loin des démonstrations techniques d'antan. Exception faite d'un "Get Me Outta Here" entamé par un Ian Paice frénétique et un Glover teigneux, le duo bat le mesure sans imposer le rythme et laisse ses comparses construire la façade rutilante d'inFinite. Ses fondations sont elles, de toute façon, totalement inébranlables. Mais encore une fois, plus qu'une somme de talents individuels, Deep Purple brille encore par un résultat d'ensemble fascinant de pluralité et d'accroche, exercice difficile quand les compositions sont à ce point travaillées, fournies et assemblées.


inFinite n'a en effet rien d'immédiat. Il est même plutôt difficile à écouter. Par son effet stéréo, déjà, qui oblige l'auditeur à se concentrer pour suivre ce duel incessant entre une guitare virile et un clavier espiègle. Ne comptez pas apprécier pleinement ce nouveau Deep Purple en prenant l'apéro - décidément, c'est une obsession - vous n'en retireriez pas le quart de sa matière. Mais cette abondance musicale révèle, à mesure des écoutes appliquées, son fil d'Ariane, cet élément indispensable pour se guider dans ce labyrinthe de riffs, de notes et de mots. D'abord pataud et peu emballant, "Time For Bedlam" se veut finalement une progression d'émotions variées, de la contemplation passive à l'excitation volubile, ponctuée par quelques piques de claviers frissonnantes. D'étrangetés sautillantes hors de propos, "Hip Boots" et "Johnny's Band" se révèlent d'imparables hits dans la pure tradition du Purple efficace et saignant du début des 70's. Bordéliques et disparates, "All I Got Is You", "The Surprising" ou encore "Birds Of Prey" s'inscrivent dans une lignée progressive assez moderne, délaissant les structures classiques au profit de quelques solos détonants des pères Morse et Airey, comptant parmi les meilleurs du Mk VIII. Si on fait exception d'un "Roadhouse Blues" incompréhensible - une reprise des Doors, amis pourquoi ? - placé en conclusion d'un disque frais et moderne - alors que l'EP sorti quelques jours en amont de l'album contient un très bon inédit "Paradise Bar" - et d'une production qui manque un poil d'acuité, notamment dans le rendu de la guitare d'accompagnement, inFinite prouve à ceux qui en douterait qui Deep Purple n'est pas que le groupe de Ritchie Blackmore, et qu'il mérite largement sa reconnaissance bien au-delà de l'emprise de son révolu musicien.


Plus que jamais avec cet inFinite de haute volée, Deep Purple prouve sa raison d'exister par lui-même. En publiant un vingtième album au crépuscule d'une carrière folle, le Pourpre aurait pu rétrécir la porte de sortie qui se dessinait pour lui. Il vient pourtant de s'en offrir une très grande. Vers l'infini, et au-delà.

Note de 3.5/5
Après un Now What?! visant à prouver que le violet foncé n'était pas qu'une bande de vieillards gâteux repoussant déraisonnablement leur retraite (et quelle preuve !), voici venir un Infinite plus posé, plus atypique, plus aventureux. Ian Gillan tutoie moins les aigus, Steve Morse et Don Airey sont moins versés dans la confrontation pugnace, les morceaux sont globalement moins immédiats. N'empêche que Purple assure encore, preuve en est un "Hip Boots" catchy, "un "Get Me Outta Here" bluesy à souhait et un "The Surprising" explorant de nouvelles contrées. Somme toute, un très bon album de la part de ces sémillants sexagnéaires.
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