↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Critique d'album

King Crimson


In the Wake of Poseidon


(15/05/1970 - Island Records - Rock progressif - Genre : Rock)
Produit par

1- Peace – A Beginning / 2- Pictures of a City / 3- Cadence and Cascade / 4- In the Wake of Poseidon / 5- Peace – A Theme / 6- Cat Food / 7- The Devil's Triangle / 8- Peace – An End
Note de 4/5
Vous aussi, notez cet album ! (6 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 3.5/5 pour cet album
"Un disque de transition qui sauve les meubles avec une certaine élégance"
Nicolas, le 28/12/2020
( mots)

Si tout le monde s’accorde à considérer In The Court Of The Crimson King comme un disque culte, qui plus est fondateur de toutes la mouvance du rock progressif, et si tout le monde, à défaut de la louer, salue la prise de risque opérée sur Lizard qui s’éloigne un peu du jazz pour chercher la fusion ultime rock - musique classique, il n’est pas forcément simple de se positionner sur l’album paru dans l’intervalle. Jugé souvent hâtivement comme un décalque pur et simple de l’œuvre liminaire de King Crimson, In The Wake Of Poseidon mérite un peu plus que cette lapidaire considération tant il fait montre d’une personnalité propre, à défaut, sans doute, d’une folle originalité.


En 1969, King Crimson flotte sur un petit nuage : l’effectif connaît un succès retentissant qui lui ouvre même les portes d’une tournée aux Etats-Unis. Mais déjà le vers se trouve dans l’œuf car Robert Fripp n’entend pas aller dans n’importe quelle direction sans sourciller. Sous la conduite du guitariste, les improvisations sur scène se font de plus en plus sombres et expérimentales, ce qui ne manque pas de faire tiquer Ian McDonald, lui qui, jusqu’à présent, a été le principal moteur créatif du Roi Pourpre. Ajoutez à cela une notoriété qui dépasse le flûtiste ainsi que la fatigue et la pression engendrées par la tournée, et la coupe est pleine : il décide brutalement de quitter le groupe, entraînant avec lui un Michael Giles qui n’a toujours pas digéré l’éviction de son frangin Peter après une manœuvre machiavélique de Fripp (voir la chronique d’In The Court Of The Crimson King pour plus de détails). Une fois l’effectif rentré en Angleterre, l’affaire est entendue : McDonald et Giles prennent immédiatement leurs distances, et cela n’a rien d’anodin, car à eux-deux, ils formaient la matrice tant historique que créatrice du groupe. À charge pour Robert Fripp, qui prend de facto le songwriting à son compte, de relever un défi de taille : accoucher d’un digne successeur à l’un des plus grands disques à avoir vu le jour dans les années 60. Pas simple.


D’autant moins qu’un nouveau coup de Trafalgar ébranle l’édifice crimsonien : la fuite de Greg Lake. Alors que le Roi Pourpre livre son ultime concert américain au Fillmore West de San Francisco en décembre 1969, le bassiste-chanteur retrouve en coulisses le claviériste Keith Emerson dont le groupe The Nice partage l’affiche avec KC ce soir-là. Après un test-son qui vire à la folle séance de jam, Lake tire sa révérence et part fonder le supergroupe Emerson, Lake & Palmer au succès futur que l’on connaît. Néanmoins, il accepte de participer à l’album suivant de King Crimson en tant qu’invité contre la promesse de se voir remettre la sono du groupe à l’issue de l’enregistrement. Pour Robert Fripp et Peter Sinfield, le coup porté est rude, et il leur faut très vite se ressaisir s’ils ne veulent pas que l’une des plus talentueuses formations britanniques ne sombre corps et bien quelques mois seulement après sa création. Les deux hommes, dans une certaine urgence, font donc appel à des musiciens de studio pour combler les trous : Peter et Michael Giles reprennent du service à la section rythmique contre quelques émoluments sonnants et trébuchants, et Mel Collins supplée Ian McDonald à la flûte et au saxo. Mais Fripp ne veut pas se contenter de faire du surplace et compte profiter de ce coup dur pour faire progresser King Crimson. Il contacte pour ce faire le pianiste Keith Tippett qui, il en est persuadé, propulsera son groupe dans une autre dimension. Las : Tippett accepte de jouer pour Fripp mais refuse catégoriquement d’intégrer le groupe, même si on le retrouvera encore sur les deux disques suivants, Lizard et Islands. Last but not least, c’est un certain Gordon Haskell, ami d’école du guitariste, qui est approché pour remplacer Greg Lake en tant que frontman, affaire rapidement conclue aux décours d’une brève participation studio au sein du titre “Cadence and Cascade” sur lequel l’homme joue également de la guitare acoustique.


Les attentes entourant King Crimson étant énormes, pas question de prendre trop de risques pour ne pas dérouter les fans. Robert Fripp doit réinventer autour de sa personne l’équilibre d’un groupe encore bien fragile, et si les idées musicales ne manquent pas, la raison doit l’emporter. Décision est prise d’initier une continuité avec In The Court Of The Crimson King tant dans les sonorités que dans les thèmes brassés, mi pastoraux, mi légendaires, allant jusqu’à brosser un nom dont la structure se réfère directement au disque à la tête démente. Si l’on veut jouer au jeu des comparaisons, on pourra mettre en concurrence le martial et inquiétant “Pictures Of A City” avec le surpuissant “21st Century Schizoid Man”, deux odes sombres et pugnaces conspuant la modernité qui introduisent chacune des galettes, mais aussi les morceaux titres, “In The Court Of The Crimson King” et “In The Wake Of Poseidon”, grandes odes pétries de fantasy et de romantisme anglo-saxon écrites par un Peter Seinfield en état de grâce, ou encore les champêtres “I Talk To The Wind” et “Cadence And Cascade”. Petit aparté sur le riff de “Pictures Of A City” qui s’appuie sans vergogne sur le célèbre intervalle “diabolique” du triton qui s’était vu popularisé quelques mois plus tôt par Tony Iommi sur son “Black Sabbath”, sauf qu’à l’époque personne ne semble avoir trouvé à redire sur cet emprunt un peu grossier dans le contexte, sans parler du fait que King Crimson ne s’est jamais traîné la moindre réputation de satanisme… mais refermons la parenthèse. En définitive, la face A d’In The Wake Of Poseidon peut clairement prêter le flanc à la critique tant on a l’impression d’écouter une redite, certes talentueuse mais quelque part un petit poil paresseuse, d’In The Court Of…, et ce n’est pas le thème de “Peace”, courte introduction du disque, qui, jusqu’ici tout du moins, vient changer cette première impression satisfaite mais pas convaincue. Sauf que.


Le “Peace” en question n’était qu’une petite accroche calme que l’on retrouve au début et à la fin de la face B, laquelle marque pour le coup une véritable rupture d’avec l’œuvre séminale de King Crimson et constitue tout le sel de cette deuxième livraison. À ce stade, Robert Fripp peut laisser tout loisir à Keith Tippett de se lâcher et de partir dans des élans beaucoup plus personnels, lesquels s’ébattent d’abord avec joie sur le loufoque “Catfood” bramé par un Greg Lake remonté à bloc. Le pianiste se montre ici joueur, avide de dissonances, mais sans se départir d’une énergie et d’une boulimie auxquelles la guitare de Fripp parvient sans peine à s’accorder. Le morceau étonne autant qu’il épate. Mais la plus grosse prise de risque de Fripp se matérialise dans le glauque et inquiétant “The Devil’s Triangle”, presque douze minutes d’improvisations instrumentales passant du malaise à la terreur pour finir par basculer dans la folie pure et simple, servie par des nappes de mellotron - sans doute l’une des plus belles exploitations de l’instrument, soit dit au passage - qui se font transpercer par des ruades de piano et des stries déchiquetées de guitare électrique. Un morceau trouble et troublant, certes gonflé mais pas forcément très en phase avec la tonalité crimsonnienne de l’époque, ce genre de délires collant beaucoup mieux avec des disques comme Islands ou Larks’ Tongues in Aspic, mais ceci est déjà une autre histoire.


En définitive, In The Wake Of Poseidon ne possède ni l’originalité, ni la constance, ni l’homogénéité de son sublissime prédécesseur, pas plus que la forte personnalité de son magnifique successeur Lizard. Il n’en reste pas moins un disque intéressant et attachant, une espèce d’œuvre de transition bricolée à l’arrache pour ménager la chèvre et le chou et surtout permettre à King Crimson de ne pas disparaître purement et simplement à ce stade, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. À ne pas négliger, et nul doute que les amateurs de rock progressif y trouveront leur compte. 

Commentaires
Soyez le premier à réagir à cette publication !