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Critique d'album

Lucy Dacus


Home Video


(25/06/2021 - Matador - Indie - Genre : Pop Rock)
Produit par Lucy Dacus, Colin Pastore, Jacob Blizard, Jake Finch

1- Hot & Heavy / 2- Christine / 3- First Time / 4- VBS / 5- Cartwheel / 6- Thumbs / 7- Going Going Gone / 8- Partner in Crime / 9- Brando / 10- Please Stay / 11- Triple Dog Dare
Note de 3/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"Un troisième opus intimiste, nostalgique et adroit pour Lucy Dacus"
Diego, le 04/08/2021
( mots)

Troisième membre du supergroupe boygenius, Lucy Dacus est la dernière à sortir sa production solo, après le touchant Little Oblivions de Julien Baker et l’excellent Punisher de Phoebe Bridgers en fin d’année 2020. Home Video, troisième effort de l’artiste, était pourtant bouclé mi-2019, mais la pandémie a retardé le processus de sortie bla bla bla, vous commencez à connaître l’histoire.
Constat similaire entre les œuvres de ses comparses et celle de Dacus: la collaboration a du bon ! Que les nazillon-compatibles, nostalgiques du Travail, Famille, Patrie se détendent et aillent faire un tour ailleurs, il s’agit bien ici de l’acte de partage entre plusieurs artistes et de rien d’autre. Les compositions de Bridgers se sont affirmées, la poésie de Baker s’est musclée, qu’en est-il de l’indie rock à plume de Dacus ?

Le songwriting imagé est toujours aussi qualitatif sur cet album qui fait la part belle à la nostalgie (à l’instar du très bon Yesterday Park des britanniques d’ISLAND): Dacus nous promène dans un dédale de souvenirs décrits de manières aussi précises que poétiques. Au-delà du titre du disque, évocateur de ces dimanches après-midi passés à regarder des vidéos du caméscope* familiale, le morceau “Hot& Heavy” ouvre la voix à la thématique générale: le passé est le passé et toute tentative de reproduire les expériences vécues pour la première fois est vouée à l’échec. L’excitation à l’idée de revivre des évènements donne le sang chaud (“hot”), mais les souvenirs sont parfois lourds (“heavy”). Cette idée de cyclicité vaine dans l’expérience de la vie est également la base de l’excellente chanson “First Time”, ode à l’innocence, l’inconséquence de la jeunesse et l’émancipation sur fond de rythmique rock groovy et de basse omniprésente. En dehors de la sororité des auteurs-compositrices-interprètes mentionnées plus haut, Dacus s’est frottée à de la reprise de Springsteen ("Dancing in the Dark"), ou du duo avec le formidable Hamilton Leithauser (la voix des Walkmen) sur "Isabella". Ces influences heartland sont marquées et incorporées de manière remarquable sur “First Time”.

Le presque infantile “Brando” est également une belle réussite, où les références aux classiques du cinéma (d’Un Tramway Nommé Désir à Casablanca) se mêlent avec les souvenirs des premières transgressions amères sur une mélodie efficace et faussement légère et naïve.

Home Video recèle de perles de complaintes dont le nombre fait peut-être la faiblesse: "Cartwheel", "Thumbs", "Christine" ou encore "Please Stay" sont toutes des belles chansons, mélodiquement très épurées ("Thumbs" est un quasi a capella) mais la ressemblance entre les mélodies donne un effet de déjà vu (déjà entendu?), du moins au premier passage. L’écoute de cet album est un exercice relativement exigeant, qui nécessite de s’intéresser autant à ce que Lucy Dacus a à dire qu’à sa manière de le faire. Au rayon des critiques, "Partner in Crime" a sa place en tête de gondole: l’emploi de l’autotune est toujours un pari très risqué; bien qu'apparemment plus fortuit que réellement artistique**, c’est un pari raté ici tant le titre dénote avec le reste de l’album (le même constat pouvait être établi sur le titre "Something" de Porridge Radio sur l’album Every Bad). On notera tout de même qu’il est excessivement malin d’utiliser cet outil supposé embellir et perfectionner les performances vocales sur une chanson mettant en avant la volonté de se faire plus désirable que la réalité. Apporter un peu de variété n’était cependant pas une si mauvaise idée, car la voix de Dacus a les défauts de ses qualités: elle est reconnaissable, elle définit l’identité des chansons de la compositrice mais elle est furieusement monotone. 


Les fulgurances d’écriture dont fait preuve l’artiste restent cela dit son atout majeur: sur le titre "Christine", Lucy Dacus voit dans la projection de chaussure l’ultime opposition à une union vouée à l’échec, directe référence à l’acte de rébellion du journaliste irakien Muntadhar al-Zaidi, resté dans l’histoire pour son jet de savate vers le chef du monde de l’époque, un certain W.

Le morceau "VBS", probablement le meilleur titre de l’album avec "First Time", joue le coup de la déflagration de guitare à la "Creep" sur la mention du groupe Slayer. En plus d’être talentueuse, Lucy Dacus est extrêmement intelligente. Le groupe de hard rock est référencé comme seul moyen d’apaisement pour le compagnon de l’époque de Dacus. Ironique quand on sait que "VBS" est l’acronyme de Vacation Bible School. Sa capacité à dépeindre des situations et des histoires (probablement réellement vécues) est un témoin de la grande maturité des compositions de Dacus. L’exemple de la religion, thème présent tout au long du disque, sans être abordé frontalement, est illustratif : il s’agit de composer un décor, un contexte dans lequel le récit de Dacus s’inscrit de manière fluide et naturelle.

Notons également que l’entourage musical direct de la chanteuse n’est jamais bien loin: sur "Going Going Gone", agréable ballade de feu de camp nous promenant sur les différents chemins que peuvent prendre les relations entre sexes opposés, viennent se greffer les voix de ses acolytes Bridgers et Baker, mais aussi celle de la chouchoute de la pop indie new yorkaise, Mitzki.

Chaque chanson de ce Home Video est une vignette, un épisode d’une mini-série ayant pour fil conducteur un regard dans le rétroviseur sur l’apprentissage de la vie. Le tour de force de l’artiste est de faire en sorte que ces éléments, qui peuvent être pris indépendamment, forment tout de même un ensemble cohérent, finalement connecté par la dernière piste: "Triple Dog Dare", qui reprend les sujets traités tout au long de l’album et les porte au travers d’un crescendo inspiré.

Un album intimiste, qui fait mouche et touche l’auditeur en plein cœur, qui fait penser que Dacus a lu Philip Roth: “Mais combien de temps l'homme peut-il passer à se rappeler le meilleur de l'enfance ? Et s'il profitait du meilleur de la vieillesse ? A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie du meilleur de l'enfance…” (extrait de “Un Homme”). Lucy Dacus n’a que 26 ans, mais cette citation lui colle à la peau.

*pour nos jeunes lecteurs, il s’agit d’un instrument permettant d'enregistrer des moments de vie sur des bandes magnétiques pouvant ensuite être projetées sur un téléviseur de manière analogique
** Dacus, dans un interview avec Anthony Fantano sur sa chaîne Youtube Needle Drop, a avoué avoir été victime d’une extinction de voix pendant l’enregistrement de la chanson

Commentaires
FranckAR, le 04/08/2021 à 12:23
Très bonne chronique, intéressante et très imagée (tu m'as tué avec me caméscope ^^!). J'avais découvert Lucy Dacus avec le précédent album, mais je ne savais absolument pas qu'elle faisait partie d'un groupe avec Baker et Bridgers. Il faut que j'y jette une oreille! Et oui, le syndrome "Porrigde Radio" avec l'autotune, toujours casse-gueule comme choix artistique. Je constate un peu la même chose dans le metal prog avec le vocodeur, très à la mode en ce moment. En gros ça passe ou ça casse...
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