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Critique d'album

Toward The Throne


Midnight


(27/02/2026 - - Blackened Death - Genre : Hard / Métal)
Produit par

1- The Void: Road From Chaos / 2- Midnight / 3- 7Hate / 4- A Poisonous Flower In The Desert / 5- Caught Between Breaths / 6- Malice In Veins / 7- Forge Ahead / 8- Noir
Note de 5/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Apocalypse éphémère"
Julien, le 09/03/2026
( mots)

Imaginez une journée qui passe en accéléré : les nuages défilent à toute allure au-dessus de l’agitation citadine, chacun courant après le temps, les impératifs, les "on doit". Parmi ces âmes anonymes, certaines affrontent ce tumulte en se retranchant autant que possible derrière leur tenue, comme un camouflage de leur nature propre, afin de mieux se fondre dans le paysage quotidien. Puis vient enfin ce moment fatidique où les lumières s’éteignent, où le soleil bascule derrière les collines, comme effrayé par la masse obscure qui envahit peu à peu son territoire céleste. Le voile nocturne se déploie alors, faisant vaciller les certitudes du jour. Son apparition surgit en grande pompe derrière des lignes symphoniques et quelques arpèges portés par une voix aux murmures menaçants, prélude à l’implacable abattement obscur : un espace où tout semble désormais réalisable, jusque dans la pleine expression des ombres. Une autre voie s’ouvre alors : "The Void: Road From Chaos".


Le terme "chaos" en devient presque péjoratif ; je lui préfère l’idée d’un territoire sans limites, là où tout peut advenir. C’est précisément dans cet état d’esprit que me revient une soirée de fin février, lorsque je me rends à la salle Ô Totem de Lyon pour assister au concert de Der Weg Einer Freiheit. Je n’attends pourtant rien de cette première partie dont je n’ai jamais entendu parler : Toward The Throne, venu défendre ce Midnight qui nous intéresse aujourd’hui. J’en ressors conquis, capturé par les immenses ailes noires du quintet alsacien déployant son registre blackened-death, tandis que les masques tombent peu à peu parmi les introvertis pour communier avec le groupe dans ce fragment d’espace-temps arraché au tumulte du jour.


Cette idée d’exploit anime chaque pore de ce second album des Alsaciens. À minuit pile, le clocher fait vibrer son glas : une brèche s’ouvre dans le réel où Toward The Throne ne s'interdit rien. Le groupe renverse la table cartésienne, créant un univers où les âmes les plus introverties trouvent à s’exprimer et à triompher. Quarante minutes au cours desquelles le quintet déploie son espace propre.
Son apocalypse éphémère.


Toward The Throne façonne son monde au fil de ses inclusions symphoniques, véritables motifs immersifs qui tissent l’album comme une toile vivante. Là où un habillage symphonique pourrait sombrer dans le superflu ou l’excentricité, la production impeccable agit comme un prisme sonore, plongeant l’auditeur au cœur de la nuit.
Sur l’introduction de "7Hate", ces touches orchestrales déploient des contours presque épicuriens, dessinant une escapade quasi héroïque. Dans les derniers instants de "Midnight", elles deviennent cinématographiques, comme la perspective d’un village hanté révélé sous une brume nocturne. Et partout dans l’album, ces chœurs discrets mais omniprésents enfoncent les compositions dans leur dimension dramatique. Ces derniers scellent l’immersion dans la réalité singulière que le quintet forge, où les morceaux prennent vie et révèlent différentes facettes de personnalité. C’est ainsi que brutalité, violence et colère éclatent sans retenue sur "Malice in Veins", véritable déflagration black metal qui frappe comme un éclair dans la nuit. De la noirceur totale, Toward The Throne fait jaillir des nuances mélancoliques d'une grande finesse. L'irruption d'une guitare acoustique agit comme un sortilège de séduction lancé à une silhouette invisible, cachée dans les ombres de l'album. Mais cette beauté est trompeuse. La séduction laisse vite place au danger. Le titre "A Poisonous Flower In The Desert" porte bien son nom : derrière la beauté apparente du fantasme se cache un poison mortel, confrontant l'auditeur à ses propres démons.
Toutes ces images resteraient vaines si elles n’étaient portées par une âme, en l'occurrence la voix du chanteur/bassiste Gauthier Ressel. Si l'on peut noter une mise en avant du chant peut-être trop marquée par rapport à la densité homogène de leur prestation live, l'intensité de sa performance scelle la dramaturgie du disque. Cette dimension organique se niche également dans les riffs de guitare enivrant de "7 Hate". Là où le genre appellerait parfois une technique ostentatoire, Toward The Throne privilégie la consistance et l’intelligence mélodique. C’est cette justesse qui fait briller les compositions, à l'image du magistral "Forge Ahead" (véritable sommet de l'opus), ou du très marquant "Caught Between Breaths".


Au final, si l'on peut pointer du doigt un mixage qui place le chant sur un piédestal, quitte à perdre un soupçon de cette fusion organique et sauvage qui caractérise le groupe sur scène, ou regretter que les guitares ne s'abandonnent pas plus souvent à des envolées techniques ; l'essentiel est ailleurs. Car la force de Midnight ne réside pas dans la démonstration, mais dans sa pertinence mélodique et immersive.
L’intelligence des inclusions symphoniques et l'implacable intensité dramatique qui s'en dégage transforment chaque piste en un acte théâtral où la noirceur devient une alliée. Toward The Throne érige ici un sanctuaire blackened-death pour les égarés. Comme cette silhouette que l'on tentait de saisir dans les ombres, l'œuvre finit par nous absorber tout entiers. Midnight remplit alors sa mission la plus noble : devenir l'hymne solennel des âmes introverties, une main tendue dans l’obscurité pour ceux qui, une fois le tumulte du jour éteint, trouvent enfin le courage d'embrasser leur propre vide.


 


A écouter : "Forge Ahead" ; "A Poisonous Flower In The Desert" ; "Caught Between Breaths" 

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