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Chronique Livre

Dave Grohl, This Is A Call


Auteur : Paul Brannigan, traduction : Patrick Cazengler
Editeur : Camion Blanc
Date de sortie : 12 février 2013
"Dave Grohl au pays du rock n' roll"
Nicolas, le 08/04/2013
( mots)
Quelle idée saugrenue, franchement, que d’écrire une biographie de Dave Grohl. Quel intérêt peut-on bien trouver à explorer la vie du type "le plus sympa du rock", comme se plaît à le rappeler Paul Brannigan, ancien rédacteur en chef du magazine post-pubère Kerrang!, "ami" du barbu jovial (les guillemets sont importants) et accessoirement auteur de Dave Grohl, This Is A Call ? Que va-t-on bien pouvoir apprendre sur ce gars étonnamment normal, à mille lieues de la rock n’ roll star torturée archétypale ? Que peut-on bien trouver à mettre au crédit du frontman des Foo Fighters en dehors de ses indéniables talents de batteur ? Objectivement, pas grand chose, et pourtant : Grohl est partout. Durant les vingt dernières années, il a occupé l’espace médiatique comme aucun homme, il s’est toujours trouvé au bon endroit, au bon moment, et il a participé à un nombre invraisemblable de projets parmi les plus déterminants du rock contemporain. Hasard ou coïncidence ?

L’ouvrage a au moins le mérite de nous éclairer sur un aspect particulier des aspirations du bonhomme : même si cela peut paraître surprenant, Dave Grohl a toujours, toujours voulu devenir une rock star. Pas un simple batteur, non, une rock star, une vraie de vraie, une de celles qui composent, écrivent, chantent, se produisent sur scène et vendent des millions d’albums. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le gamin Grohl n’a pas fait ses premiers pas dans le rock avec une batterie, mais avec une guitare et quelques chansons de son fait... à l’inverse de Kurt Cobain (au hasard) qui, lui, a commencé à tâter de la musique en cognant sur un drum-kit. Mais voilà, Dave est un gars qui ne tient pas en place et qui doit s’occuper en permanence. Biberonné dès son jeune âge à AC/DC, B-52 et aux Beatles, un mélange détonnant, c’est en écoutant Neil Peart sur l’emblématique 2112 de Rush qu’il a également commencé à frapper sur tout ce qui pouvait faire du boucan. Si lui se marrait comme un âne en malmenant les fûts de son groupe de jeunesse entre deux répétitions, ses camarades ont bien été obligés d’accepter l’évidence : Dave était doué d’un don exceptionnel pour la batterie. Freak Baby, son projet lycéen, devint nettement meilleur lorsqu’il accepta de se transférer de la gratte aux caisses. Sans cette aptitude rare, Mission Impossible, bâti sur les vestiges de Freak Baby, moitié Led Zep, moitié Black Flag, n’aurait probablement jamais vu le jour vu le jour. Sans elle, pas de Dain Bramage, pas de Scream, pas de Nirvana... pas de Foo Fighters. La boucle est bouclée.

Cette escalade exponentielle, le Bonzo des années 90 l’a gravie d’une égale manière : avec énormément d’enthousiasme, pas mal d’intéressement et une bonne dose d’arrivisme. Si son investissement au sein de la scène hardcore de DC ne saurait souffrir la moindre critique, Dave ayant réalisé là un rêve éveillé en se positionnant en égal de tous les groupes punks qu’il avait pu admirer durant sa jeunesse, la suite de l’histoire laisse néanmoins apparaître une part d’ombre de plus en plus gênante. Comment ne pas employer le terme de trahison lorsqu’il répondit en cachette à l’annonce de Scream qui cherchait à remplacer Kent Stax au poste de cogneur en 1986, sans en parler à qui que ce soit durant de longs mois et en finissant par poignarder Dain Bramage dans le dos du jour au lendemain ? Etait-ce une erreur de jeunesse ? Pas du tout. Paul Brannigan, malgré ses affinités évidentes avec l’intéressé, ne peut passer sous silence les faits qui émaillent la carrière de Grohl et qui ont une sale tendance à se répéter. 1990, alors que Scream était en train de végéter à Los Angeles, Grohl s’est fait la malle en douce pour Seattle afin d’auditionner chez Nirvana en laissant les frères Stahl barboter dans leur dépression éthylique. Ce ne fut qu’une fois l’affaire emballée que Dave leur annonça par téléphone qu’il quittait - et sabordait - Scream. Ni Reuben Radding (de Dain Bramage), ni Pete Stahl ne lui pardonnèrent cet affront récidivant. Beaucoup plus tard, c’est l’autre frère Stahl, Franz, viré du jour au lendemain des Foo Fighters également par téléphone, qui fit les frais de la légèreté de Grohl. Vous en voulez encore ? Que penser de l’attitude du barbu tatoué lorsqu’il réenregistra sans rien dire à personne les partitions de batterie de William Goldsmith lors des sessions d’enregistrement de The Colour and the Shape tout en le suppliant par la suite de rester dans le groupe ? Qu’en est-il de sa fuite mutique avec les Queens Of The Stone Age à l’époque de Songs For The Deaf, laissant Mendel, Shifflet et Hawkins dans le désarroi le plus total alors que les Foo Fighters étaient en pleine crise interne ? Quid des yeux fermés sur le mal être et les addictions de Kurt Cobain et de Taylor Hawkins dont il était pourtant le témoins oculaire et à propos desquels il a feint a posteriori ne rien avoir remarqué ? Que l’on soit bien clair : il n’y a pas de méchanceté en Grohl. Tout le monde se l’accorde, Brannigan en premier : Dave est un type "sympa" (puisqu’on vous le dit), jovial, drôle, blagueur, débordant d’énergie, hyperactif, mais manquant singulièrement de courage face à l'adversité. Pour lui, tout est simple : il carbure à l’enthousiasme. Tant qu’il en a, tout baigne, mais dès qu’un grain de sel se grippe dans la machine, il prend la poudre d’escampette. "I Should Have Known", tel le morceau que Grohl écrivit à propos de la fin tragique de Kurt Cobain pour Wasting Lights : ces quatre mots résument à eux-seuls le paradigme du bonhomme.

Que dire de plus ? Pas grand chose, et c’est bien là le problème de cette biographie. Comme on l’a signalé en préambule, et mis à part le trait de caractère précédent, Dave Grohl est un type parfaitement normal. L’étonnant manque de discernement dont il souffre tourne la plupart du temps à son avantage : pas de problèmes, pas de déprimes, pas de toxicomanies à part un peu d’herbe pour délirer en soirée... le type est tellement hyperactif qu’il n’a jamais souhaité prendre d’héroïne (plutôt crever que de se retrouver léthargique) ou de cocaïne (déjà largement assez excité comme ça). Pas d’alcool, pas de liaisons foireuses, un mariage de jeunesse raté, un second mariage à l'inverse parfaitement réussi, deux enfants à pomponner, une propriété à Beverly Hills, bref : la routine. C’est grâce à sa légèreté de fonctionnement que Grohl a pu survivre sans aucun problème à la tornade médiatique qui a entouré Nirvana, celle qui a pourtant emporté Cobain dans la tombe. Rien ne l’affecte, le père Dave : pas facile, dans ce cadre, de broder quatre cent pages intéressantes. Si Brannigan s’est effectivement étendu sur les nombreux side projects et collaborations du loustic, il s’est bien vite retrouvé à court de carburant. Arrive ici le point le plus contestable du bouquin : puisque Grohl est un mec foncièrement inintéressant mais qu’il a pourtant participé, le plus souvent à son corps défendant, à de nombreux courants musicaux majeurs au cours des trois dernières décennies, pourquoi ne pas s’étendre sur les courants en question ? Ainsi, la biographie se transforme rapidement en une sorte de "Dave Grohl au pays du rock" qui se met à nous entretenir par le menu de toutes les ramifications du punk mondial, du hardcore US (et de DC en particulier, of course), du grunge, de Nirvana et de Kurt Cobain. Pensez qu’au moins la moitié du livre, au bas mot, a trait au défunt messie grunge, à sa vie, son œuvre, son groupe et ses démons ! Sans même parler de diverses digressions parfois complètement hors de propos (pourquoi, nom de nom, aller parler de Metallica dans cet ouvrage ?). On passera outre une chronologie assez décousue et un style agréable mais quelconque et souvent très typé documentaire (alternance de voix off et de témoignages, Dave Grohl se souvient, Dave Grohl se marre, Dave Grohl évoque ce moment) ainsi que sur quelques énormités croustillantes comme le crédit démesuré apporté à la qualité pourtant très ordinaire de la discographie des Foo Fighters et les incessantes allusions à Kerrang!, revendiqué comme l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur hebdomadaire musical mondial. Poilant.

Fallait-il faire une biographie sur Dave Grohl ? Probablement pas. Pour autant, l’ouvrage, à sa sortie anglaise, correspondait aux 20 ans de Nevermind et à l'arrivée de Wasting Lights : l’occasion où jamais de s’épandre sur le jovial brailleur tatoué. La version française éditée par Camion Blanc, quant à elle, nous parvient en pleine effervescence Sound City : un bon prétexte pour vous plonger dans ce récit et faire le tour du batteur le plus en verve du moment. Dave Grohl - This Is A Call ne vous apprendra probablement pas grand chose si vous possédez un minimum de culture rock n’ roll, mais ce livre vous permettra d’effectuer le voyage en question aux côtés du plus sympa des rockers : on a connu pire compagnie. Reste un bémol, et de taille : à 35 € l'exemplaire, vous avez quand même intérêt à sérieusement peser le pour et le contre de votre investissement. Les temps sont durs pour tout le monde...
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