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Chronique Livre

Ma petite entreprise punk: Sociologie du Système D


Auteur : Fabien Hein
Editeur : Kicking Books
Date de Sortie : juin 2011
Langue : Français
"Ma petite entreprise punk: Sociologie du Système D"
Didier, le 29/06/2011
( mots)
35 ans de punk, cela vous génère un fameux paquet de clichés : crêtes, chiens, anarchie, piques, chaînes et bondage dans un premier temps, cannettes de bière cheap et majeurs levés pour suivre, skateboard et casse-geule à la californienne pour terminer, autant de cartes postales qui passent bien trop souvent totalement à côté de l’essentiel : un courant qui a permis à bon nombre de mômes de trouver le courage de plaquer quelques accords et de se lancer dans une aventure musicale dont, il faut bien avouer, trois décades plus tard, qu’elle a marqué et marque encore l’histoire du rock avec un grand R.

Répétitions aléatoires, tournées bouclées sur un bout de table, concerts organisés plus souvent où l’on peut plutôt que là où on le veut, fanzines photocopiés et distribués avec les moyens du bord, le punk, c’est aussi le règne de la débrouille et de l’entraide. Une aventure humaine qui tient en deux mots : système D. Ce système D comme débrouille, si merveilleusement résumé en trois lettres – DIY ou Do It Yourself - par nos amis anglo-saxons, a bien souvent remis au goût du jour un vieux dicton bien de chez nous : on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Si le mouvement punk au sens large est relativement bien documenté, il faut bien constater que peu d’auteurs avaient jusqu’à présent oser se mouiller dans une analyse fouillée du fonctionnement de ce qu’il faut bien, faute de mieux, taxer de scène. Ce système D, auquel tant de références sont faites, semblait donc plus tenir du mythe indescriptible que du quotidien de tant de musicos. Cette erreur est désormais réparée, grâce à Fabien Hein. Maître de conférences en sociologie à l’Université de Metz, l’auteur de Ma petite entreprise punk a un lourd passé dans le monde de la musique : musicien, manager, roadie ou critique musical pour des références françaises comme Kérosène ou Noise Magazine. Notre bonhomme était donc loin de s’aventurer en terrain inconnu.

Spécialisé dans la recherche sur les industries culturelles, Hein ne se laisse pas pour autant engluer dans le jeu du copinage. Certes, il base la rédaction de son bouquin autour d’un cas réel, pratiquement ce qu’on pourrait qualifier de cas d’école : l’histoire des Flying Donuts, le trio punk rock d’Epinal. A travers une biographie volontairement exhaustive des trois Spinaliens, qui nous emmène de leur début dans la maison familiale aux sorties successives des sept galettes de leur discographie en passant par l’organisation de tournées qui finiront par couvrir une bonne partie de l’Europe, l’auteur tient en effet un formidable spécimen à disséquer sous toutes les coutures. Car, tantôt involontairement, tantôt par la grâce d’une obstination qui les honore, nos trois Donuts volants vont se retrouver confrontés à la longue liste des challenges réservés aux groupes amateurs : se faire connaître, être invités à jouer des concerts dans une zone géographique sans cesse grandissante, décrocher des chroniques dans la presse, enregistrer, produire, presser et distribuer un disque, ou encore gérer des relations naissantes avec des maisons de disque souvent elles-mêmes frappées du sceau du DIY. Autant de métiers de la musique, généralement soigneusement gérés par des professionnels pointus qui se veulent irremplaçables. Jamais mieux servis que par eux-mêmes, et faute de support financier digne de ce nom, nos trois larrons vont donc devoir improviser, apprendre sur le tas, et, au détour de concerts et de rencontres, se joindre à un réseau à géométrie variable, en constance extension : la fameuse « scène » punk.

Ce serait faire insulte à l’auteur que de vouloir ici résumer un ouvrage aussi impeccablement structuré. Car Ma petite entreprise punk évite soigneusement de tomber tant dans la vulgarisation tape-à-l’œil que dans le pédagogique pompeux. En véritable professionnel de la sociologie, Hein conserve à tout moment la distance nécessaire pour observer son sujet. Pas d’empathie marquée – et dieu sait si celle-ci, pour un vétéran du milieu punk, était un piège facile – mais une approche systématique de la vie du trio qui offre une vue d’ensemble unique, chiffres à l’appui, du biotope punk français. Véritable ode à des groupes qui, faute de pouvoir monnayer leur talent aux masses insensibles à leur talent, taillent leur chemin dans un monde aussi vivace et productif qu’il n’est désargenté, les 138 pages de ce beau livre au format A4 se dévorent d’une traite.

Doté d’une mise en page qui évoque les meilleurs fanzine punk, émaillé de nombreuses photos et d’anecdotes inédites, parsemé de références académiques qui lui offrent une véritable assise, Ma petite entreprise punk s’avère une lecture essentielle pour quiconque se targue de s’intéresser à la musique avec un grand M, celle qui commence au coin de la rue.
Edité avec tout le soin qu’on lui connaît par l’écurie toulousaine Kicking Records, le livre est complété par un excellent CD 20 titres des Flying Donuts, la fameuse petite entreprise punk en question. Preuve s’il en est que le réseau punk fonctionne à merveille, voici donc la boucle bouclée. Et la qualité de cet ouvrage indispensable en est la preuve : le système D a de très beaux jours devant lui.

Pour commander le livre: site de Kicking Records
En savoir plus sur Billy Gaz Station, Fugazi, Heliport
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2000. Après deux albums beaucoup plus bruts de décoffrage, Deftones sort son magnum opus, White Pony, considéré par beaucoup comme l’un des sommets indépassables de ce curieux courant musical aujourd’hui moribond qu’est (que fut ?) le nü métal, fruit de cette improbable alchimie entre les guitares ultra-distordues à la Meshuggah qu’affectionne Stephen Carpenter et la new wave des The Cure, Duran Duran et autres Bad Brain dont raffole Chino Moreno, lequel met dès lors un point d’honneur à tempérer ses hurlements par des phases chantées en apesanteur. Cette union des contraires permet au gang de Sacramento de survivre dignement alors que les Korn, Limp Bizkit, Incubus et autres Linkin Park mordent successivement la poussière, de gré ou de force. Vingt ans plus tard, que reste-t-il de la verve deftonienne, de cet entre-deux si saisissant, de cette bouillonnante association de talents ? Eh bien force est de constater que la machine infernale californienne fonctionne du feu de Dieu, et ce ne sont ni le précédent Gore, ni l’actuel Ohms qui viendront démentir cette affirmation, bien au contraire.

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