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Compte-rendu de concert

Feu! Chatterton


Date : 19/10/2015
Salle : Trianon (Paris)
Première partie :

Pour célébrer la sortie de leur premier album, les parisiens de Feu! Chatterton ont rempli le Trianon. Alors, surcoté ou mérité?

Raphaëlle, le 22/10/2015
( mots)

Je n’aurais pas aimé être membre du quintette Feu! Chatterton ce lundi 19 octobre 2015. Oh non, je n’aurais pas aimé avoir à monter sur scène alors que mon premier album, sorti trois jours auparavant, réussissait l’exploit de réunir Libé et le Figaro en une même critique dithyrambique. Je n’aurais pas aimé avoir à m’avancer sous les projecteurs avec ce groupe, auréolés des références galvaudées qu’on leur accole, la sainte trinité Gainsbourg-Radiohead-Bowie (sérieusement ?!). Je n’aurais pas aimé avoir à regarder dans les yeux ce public qui s’était arraché les places du Trianon, au point qu’il a fallu ajouter trois autres dates jusqu’à Février 2016.
En même temps, vous me direz, je ne suis pas une artiste et on ne m'a rien demandé. Mais il n’est pas difficile d’imaginer la pression que devait ressentir le groupe parisien au moment d’enfin prouver sa valeur au monde.

Le chanteur se saisit du micro et lève les yeux vers la foule plongée dans l'obscurité. L'espace d'une seconde on devine qu’il est pris d’un vertige, d’un moment d'appréhension. Il nous dira plus tard que c'est la troisième fois qu'ils viennent ici mais que c'est leur premier concert en tant que tête d'affiche. En ce court instant, on le sent impressionné par l'enjeu. 

Le concert commence d'ailleurs tout en discrétion. "Pont Marie" déploie son refrain pop sans entrainer un public un peu déstabilisé. La voix du chanteur est rauque et à la fin de ce premier titre, lorsqu'il prend son micro pour s'adresser à nous, sa voix semble comme nouée. Au deuxième balcon du Trianon, on observe poliment le spectacle sans trop s'impliquer. Je connais un instant de doute: Et s'ils se faisaient finalement dévorer par l'enjeu de cette première grande scène ?

Heureusement pour eux, il leur reste leur musique et ils s’y accrochent comme à une bouée, pour éviter de trop lever les yeux vers cette salle comble.  Ils entament "Fou à lier", qui permet au chanteur de lâcher prise davantage. À la fin de ce second morceau, tout le monde a trouvé ses marques et on se sent plus rassuré.

Passée cette introduction, les choses sérieuses commencent enfin. Ils enchainent trois titres qui tournent en boucle sur leur chaine Youtube depuis des mois: "Cote concorde", "A l'aube" et "la Mort dans la pinède". 

Indubitablement le groupe est à l'aise sur ces titres là. Le chanteur se change en prédicateur lorsqu'il entame le refrain hypnotisant de "Cote concorde", comme un sermon apocalyptique. "A l'aube"joue son rôle ensorcelant, remuant des souvenirs de séparation qui font écho en chacun de nous. C'est pourquoi le choix de jouer "la Mort dans la pinède" ensuite est audacieux. Le chanteur prend la peine d'introduire le titre en nous proposant de faire l'amour tous ensemble comme une première fois... Petit coquin. Sifflements dans la salle et cris de joie lorsque les premières notes de guitare se font entendre. Comme sur l'album, cette version live sonne parfaitement. Servie par des guitaristes habités, la chanson prend possession de la salle, nous poussant enfin à nous lever pour danser. Pour continuer sur la même lancée, ils font rugir le titre psychédélique "Ophélie" et les guitaristes sortent une fois de plus de l'ombre pour nous servir un solo échevelé. 

Après la plus douce "Le Long du Léthé", ils entament un véritable morceau de bravoure dont seulement une des quatre parties apparait sur l'album. "Bic medium" se déploie et on en reste scotché. Envolée la timidité des débuts ! On croirait assister à l'improbable rencontre entre les Who, pour le côté opéra rock, et les textes écorchés de Thiéfaine. On est suspendus aux brusques variations de rythmes, comme si le chanteur déchaîné convoquait autour de lui des puissances ensorcelantes. Les musiciens sont impeccables de justesse et de lâcher prise. La saller est alors définitivement conquise. 

On peut alors entamer le très pop "Boeing", mené par un chanteur mimant plutôt bien l'avion avec ses gestes saccadés. On remarquera un "certain goût pour les moyens de transport", comme le commente le chanteur avec malice. 

Après un premier rappel, ils reviennent pour nous raconter "Porte Z". L'excitation ne retombe pas, car c'est bien sûr "La Malinche" que la foule attend avec impatience. Entourés d'un halo de lumière rouge incendiaire, le groupe décroche alors l'apothéose d'un concert progressivement monté en puissance. "Madame je jalouse..." entame le chanteur et les guitaristes sèment le trouble, le synthé prend possession rageusement des esprits. Le finish est grandiose, tant le groupe maitrise son art. Il a même pris le risque s'introduire un pont à la limite de la techno pour nous pousser à nous lâcher nous aussi. Et ça marche! La salle entière danse!

Après un dernier rappel, ils reviennent interpréter "Harlem". Histoire de calmer les esprits et de rappeler que Feu! Chatterton, c'est avant tout un don insensé pour raconter des histoires.

Au début du concert, il m’a semblé difficile de reconnaître le groupe fougueux qui enflammait Solidays. Puis leur musique les a comme révélés à eux-mêmes : la voix du chanteur a pris de l’assurance, sa gestuelle s’est faite plus agitée, comme si son corps ne pouvait plus contenir sa fièvre. Pendant ce temps, les musiciens prenaient de l’ampleur, impressionnants de maîtrise. Ils n’hésitaient plus, dès la moitié du concert, à sauter sur place et à parcourir la scène en tous sens. A la fin de ce set d’une heure, la salle est debout pour applaudir l’éclosion d’un futur grand groupe qui livre un rock nerveux sur des textes inouïs. Gageons que les places des prochains concerts au Trianon ne vont pas tarder à s'arracher, elles aussi.

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