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Compte-rendu de concert

Guns N' Roses


Date : 07/07/2017
Salle : Stade de France (Saint Denis)
Première partie : Biffy Clyro

Les Guns N' Roses s'apprécient au passé. Heureusement, nous étions dans une autre lifetime.

Erwan, le 12/07/2017
( mots)

Il y a de ces groupes que l’on va voir en concert pour une raison qui dépasse la musique et qui rejoint presque la religion. Des sommités, élevées au rang de divinités, qui ont façonné l’histoire du rock et dont les prestations sont pareil à des rendez-vous à l’Eglise : il faut venir. Pour toute une génération qui n’a pas eu la chance de vivre les premières heures de ces formations, un autre enjeu pèse sur ces événements : pouvoir dire "je les ai vus, j’y étais", et faire ainsi le lien entre la musique d’un autre temps qui a bercé la plupart d’entre nous, et le présent. Les Deep Purple, Black Sabbath, Aerosmith, AC/DC, peuvent continuer de sortir des disques ou pas, de bonne qualité ou pas, ils rempliront toujours les stades. Guns N’ Roses fait partie de ces groupes. A l’exception faite que tout dans leur carrière a été fait pour que ça n’arrive plus jamais.

Car il n’est pas si loin, le temps où Axl Rose et sa troupe de bras cassés saccageaient le patrimoine du plus grand groupe de hard rock américain des années 80. Aucune réconciliation n’était alors envisageable, et être touché par la grâce d’Appetite For Destruction était synonyme de malédiction, rien ne pouvant faire disparaître la frustration de ne jamais vivre d’expérience live autour de ces riffs et solos d’exception. Et alors que la carrière solo de Slash était à son apogée, le miracle arriva. Il était motivé par l’argent, la gloire, les fans peut-être, et une once de bon sens (il était temps que tout ceci s’arrête), mais il arriva. Très vite, les doutes autour de l’état d’Axl Rose, correct, et de la composition du groupe, duquel sont exclus Steven Adler et Izzy Stradlin, s’évaporent. La machine Guns N’ Roses s’est mise en marche pour le Not In This Lifetime Tour, dont le nom porte en lui bien plus qu’un peu d’autodérision.

En avril 2012, Axl Rose se balade avec Lana Del Rey (parce que pourquoi pas). Un journaliste présent sur place l’aborde avec cette question qui le suivait sans doute déjà depuis des années, "Eh mec, c’est quand la réunion des Guns N’ Roses ?". "Not in this lifetime", répond l’intéressé du tac au tac, avant de s’engouffrer dans la voiture. Et derrière l’envie d’ironiser sur cette sortie qui avait fait le tour des internets à l’époque se cache une vérité. Ce 7 juillet, comme à chaque concert des Guns N’ Roses depuis la reformation, le public vient chercher quelque chose qui n’est pas de notre "lifetime" actuelle. Ce vendredi soir, la porte du stade de France sera un portail spatio-temporel par lequel nous passerons pour aller chercher des émotions du passé.

Enfin, quand Biffy Clyro aura fini de nous hurler dans les oreilles. Après le set de Tyler Bryant & The Shakedown, précis, puissant, transpirant le blues et complètement dans le ton de la soirée, Biffy Clyro s’empare de la scène pour trois petits quarts d’heure qui confirme l’une des craintes du jour : Biffy n’a pas sa place en première partie des Guns N’ Roses. Pas que les Britanniques ne soient pas au niveau, leurs dernières tournées les ayant au contraire placées au niveau des grands groupes de rock alternatif moderne. Mais c’est une question d’énergie. La musique de Biffy ne colle pas à ce que nous sommes venus chercher au stade de France ce soir. Mal mixée, la voix de Simon Neil disparaît sous la batterie de Ben Johnston, qui écrase tous les titres. "Animal Style" séduit beaucoup le public, du moins dans notre coin des tribunes. Mais leurs morceaux plus fins comme "Wolves of Winter" et "Biblical" ne résonnent pas dans le trop grand écrin (très mal fichu et sonorisé) qu’est le stade de France.

20h passé de quelques minutes, une animation vidéo autour du logo du groupe prend vie sur les immenses écrans du stade. La musique des Looney Tunes précède la traditionnelle annonce à l’américaine qui annonce l’arrivée des Guns N’ Roses sur scène. Et le public chauffé à blanc accueille en hurlant les premières notes de "It’s so Easy", qui sera assez vite expédié au même titre que "Mr. Brownstone". Il faudra attendre la célèbre introduction de "Welcome To The Jungle", que Slash s’amuse à teaser avec son delay (effet qui sert à faire se répéter une note jouée utilisé au début du morceau) pour avoir l’impression d’assister à autre chose qu’une répétition de show. Et si étrangement les Guns N’ Roses n’ont que rarement ouverts leurs lives avec "Welcome to the Jungle", c’est bien avec ce quatrième morceau que la soirée va vraiment commencer.

Car avant ce semblant d’interaction entre Slash et le public, aucun membre du groupe ne s’adresse vraiment à ses fans. Les Guns sont plus dans le récital que le partage. Rien de surprenant pour Slash, pas fan du micro et dont les émotions s’expriment d’une façon beaucoup plus physique qu’orale. En témoignent ses petits sautillements sur place, sur un pied, et sa sortie de scène en fin de concert, à base de pirouette en équilibre sur les mains. Mais le silence le plus gênant est celui d’Axl et Duff, tous deux derrière un micro, qui préfèrent arpenter la scène entre les morceaux que de lâcher un mot. Après "Welcome To The Jungle", Axl tentera comme il en a l'habitude un discours de prévention, coupant Slash dans son élan pendant l’intro de "Double Talkin’ Jive" pour demander aux premiers rangs de la fosse de ne pas trop s’avancer pour éviter aux personnes placées contre les barrières de se faire écraser. Ce sera sa plus longue tirade à l’adresse du public de toute la soirée.

Mais ce manque d’interaction entre le groupe et son public est à l’image de l’ambiance qui semble régner au sein des Guns N’ Roses, où personne ne se parle, ni ne se regarde. Encore une fois, Slash n’a jamais été très démonstratif sur scène. Mais lors de ses prestations solos, sa complicité avec Myles Kennedy ou Todd Kerns (bassiste de son groupe) existe bel et bien, en filigrane. Ce vendredi soir, le guitariste soliste s’est fait plaisir, mais en solitaire. Comme Duff McKagan à la basse, duquel Slash ne s’est d’ailleurs quasiment jamais approché. Et que dire d’Axl Rose, qui semble naviguer sur scène sans avoir réellement conscience de ce qui l’entoure. De tout ceci se dégage la sensation étrange d’assister à une performance (très réussie) où chacun est concentré dans son rôle, mais qui n’a de fait plus rien de très vraie ni de très live.

Les autres membres du groupe, Dizzy Reed au clavier, Franck Ferrer à la batterie et l’inconnue (prétendue claviériste et choriste, bien que nous n’en aurons pas la preuve ce vendredi soir) Melissa Reese, semblent tous les trois beaucoup moins réfléchir à leur posture, et chacune de leurs apparitions sur les écrans géants sont un petit vent de fraîcheur pour la dimension humaine du show. En apparence, les trois membres historiques du groupe ont tous leur petite préférence pour l’un des nouveaux venus, Axl se montrant charmant dans la présentation de Melissa Reese, Slash se tournant souvent vers Franck Ferrer comme Duff vers Dizzy Reed, dans une moindre mesure.

Dans tout ça, Richard Fortus occupe une place particulière. Second guitariste du groupe depuis 2002, dans l’ombre d’un soliste plutôt gourmand qui cultive son image de guitar hero, il est néanmoins devenu un homme de confiance d’Axl Rose et a presque aujourd’hui plus de légitimité que Slash dans la formation 2017 des Guns N’ Roses. Pourtant, ses moments de gloire seront rares. Sur l’horrible "Better", qui fait partie des quelques titres de Chinese Democracy que les Guns N’ Roses nous infligent encore, c’est logiquement lui qui se retrouve en première ligne. Mais c’est sur "Rocket Queen" et "Nightrain" que sa singularité va le plus s’exprimer. Les quelques lignes qu’il peut placer avant les solos de Slash sur ces deux titres extraordinaires du premier album du groupe montrent tout le décalage qu’il peut y avoir entre la puissance et le côté brouillon du jeu de Slash, et le côté propret et très mélodique de Richard Fortus.

Pourtant, les deux guitaristes vont se retrouver pour un magnifique duo sur l’instrumentale de "Wish You Where Here" des Pink Floyd, qu’ils se partagent pendant qu’est installé le piano d’Axl pour "November Rain". Pour l’occasion, les deux musiciens prennent la pose sur la plateforme installée au-dessus de Franck Ferrer, qui n’est clairement là que pour ces 10 minutes de concert où Slash et Richard prennent la pose avant que Slash n’y reviennent au bout de quelques instants pour interpréter le mythique solo de "November Rain".

"November Rain" restera un grand moment de la soirée, les lignes de Slash et la seconde partie endiablée du morceau (beaucoup plus acceptable en live que sur CD) embarquant tout le stade. Mais la performance des Guns N’ Roses sur ce titre tient également beaucoup à Axl Rose, qui parvient encore à aller chercher dans ses cordes vocales en lambeau un peu d’émotion, ce qu’il n’est pas du tout parvenu à faire plus tôt dans la soirée sur "This I Love", seul titre acceptable de Chinese Democracy. Quant à "Estranged", autre grande ballade du groupe, le constat fut parfois le même que pour "This I Love". A la différence que "This I Love" a été expédiée, alors qu’Axl s’est beaucoup concentré pour interpréter "Estranged". Si globalement sa voix est devenue moins fine, plus caricaturale et passant du grave à l’aigüe sans vraiment d’entre-deux, la prestation d’Axl Rose dans son ensemble reste quand même d’un bon niveau et n’a que très rarement entaché les titres des Guns.

Autre grand classique de Use Your Illusion, les reprises "Live And Let Die" et "Knockin’ On Heaven’s Door" ont également soulevé les foules. L’enchaînement "Live And Let Die"/"Rocket Queen", théâtre du premier grand solo de Slash, reste sans doute le moment le plus intense du show de ce vendredi. Avant bien sûr le très attendu "Godfather", que Slash n’étend pas à outrance et amène avec un hommage à "Johnny B. Goode", et le classique intemporel qu’est "Sweet Child O’ Mine" sur lequel tout le stade se met à chanter. Les Guns N’ Roses rendent ce vendredi soir également hommage aux Who, à Chris Cornell en reprenant "Black Hole Sun", et à AC/DC avec "Whole Lotta Rosie" lors du rappel. Rappel pendant lequel les Guns interprètent également "Patience", seul morceau acoustique de tout le set, et véritable petite perle chargée en émotion. Après plus de trois heures de show, le groupe lance un "Paradise City" un peu trop court, puis salue la foule et quitte le stade de France.

Et nous voici de retour dans le présent. Dans notre "lifetime" à nous. Que garder de ce voyage dans le temps ? L’image d’un Axl Rose abîmé, parfois désagréable, parfois ridicule (le voir courir est assez pathétique), parfois flamboyant, mais qui remplit finalement son rôle de chanteur. Globalement, Axl Rose résume tout ce que sont les Guns N’ Roses en 2017 : une version mécanique, refaite, du groupe qui a fait exploser les années 80. Mais qui se bat pour la bonne cause. Qui se bat pour faire vivre son héritage, quitte à parfois passer pour une bande de mégalos. Car personne n’aime la musique des Guns N’ Roses plus qu’Axl Rose. Et même Slash, qui avait parfaitement réussi sa reconversion, a dû faire des concessions pour reprendre sa place. Rentrer dans le moule, s’approprier le travail du groupe en son absence et les horreurs de Chinese Democracy.

A regarder, un concert des Guns N’ Roses peut être décevant. La légende vieillit. A écouter, le plaisir de hurler le refrain de "Nightrain" ou "Rocket Queen" est intact, et rien ne vient le perturber. Mais le long jugement que vous venez de lire sur la prestation des Guns N’ Roses (si jamais vous avez eu la patience d’aller jusqu’au bout) n’a finalement aucune importance. Parce qu’on ne paye pas une petite fortune pour aller voir les Guns N’ Roses au stade de France pour écouter ou regarder un concert. Ce qui se passe se vit, entre amoureux d’une même musique, qui se lèvent même au fond du stade, et chantent, et hurlent, et dansent, et pleurent, et se racontent que c’est la musique de leur jeunesse, et combien ils ont toujours rêvés d’être là. Parce que nous n’étions pas dans le présent. C’était les Guns N’ putain de Roses.

Commentaires
Atef, le 14/08/2017 à 19:29
J'adore Chinese Democracy !
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