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Discorama 2000's : les incontournables pop


Maxime, le 03/12/2010

2002


Silverchair : Diorama
mars 2002

Est-ce possible ? On est prêt à prendre les paris : albumrock risque bien d’être le seul de tous ses confrères à oser inclure un album de Silverchair dans son palmarès des années 2000. Une provocation (on n’a pas été jusqu’à retenir Linkin Park non plus) qui n’est qu’apparente, tant on constate que le poids des années ne se fait pas sentir sur ce Diorama inespéré. Par quel miracle cette ex pisse-copie de Nirvana (on rigole encore de leur "Lie To Me" imitant piteusement "Territorial Pissings") a-t-elle mué son post-grunge acnéique en usine à mélodies ciselées ? La pop est imprévisible, en ce que ses trésors peuvent sortir des malles qu’on n’aurait pas pensé explorer. Pourtant, en ouvrant celle-ci, on ne trouve rien de moins que trois jeunes gens à peine sortis de l’adolescence se donnant pour objectif de se mesurer aux travaux de Phil Spector et Burt Bacharach dont la recette s’est à jamais perdue, armés de leurs Gibson double micro de leur ampli Marshall. Damned !

On aurait pourtant dû avoir la puce à l’oreille dès Freakshow. En marge des périssables "Freak" et autres "Abuse Me", des titres comme "Cemetery", "Pop Song For Us Reject" ou encore "Petrol & Chlorine" tentaient de s’extraire du cirque alternatif des années 90. Le frontman Daniel Johns s’efforcera de poursuivre cette émancipation sur l’opus suivant, mais le cul coincé entre désir de renouveau et scies grungy déjà périmées, Neon Ballroom avait l’allure d’un canard boiteux. Bien décidé à faire table rase du passé, Johns jette à la poubelle la première mouture de son quatrième album et congédie le producteur historique Nick Launay. Entre temps, on lui diagnostique une arthrite réactive qui le cloue sur chaise et lui interdit de pratiquer la guitare. Le chanteur jette alors son dévolu sur le piano, à partir duquel il donnera naissance à ses nouvelles compositions. Le trio s’enferme ainsi une bonne partie de l’année 2001 dans son fief australien et recrute David Bottrill, producteur canadien habitué à confectionner les délires alambiqués de King Crimson, Tool ou Muse. Sur ses conseils, il s’adjoint les services du compositeur Van Dyke Parks, célèbre pour ses collaborations avec les Byrds, Tim Buckley ou The Everly Brothers, également orfèvre du Smile des Beach Boys, qui apporte sa science des arrangements sur trois titres (Larry Muhoberac se charge du reste). Cordes, violoncelles, cuivres, orgue Hammond et pedal steel entrent dans la danse. Sur les photos du livret, on voit tout ce beau monde s’appliquer sur ses instruments, le parquet du studio recouvert de tapis orientaux. Le visage poupin de Daniel Johns s’est transformé en une figure d’angelot diaphane de 22 ans, une ombre mélancolique couvre son sourire.

Le résultat est stupéfiant de majesté. "Across The Night" laisse pantois, ouverture lyrique progressant du doux confort d’une nuit avec l’être aimé à la peur dévorante de la solitude. Ça commence comme une déclaration d’amour et ça finit en supplique. Brillante démonstration de pop progressive, avec ses orchestrations flamboyantes, ses mouvements distincts et ses refrains à tiroir, ce sublime titre donne le ton au reste de l’album. Diorama est une porte ouverte sur un arc-en-ciel de couleurs et de sensations. Plusieurs sentiments, parfois contradictoires, s’enchaînent au sein d’un même morceau, à l’image de "Without You" où la rage contenue le dispute à la suavité. Le piano mène indubitablement les débats sur la quasi-majorité du disque. Ce sont sur ses notes que la rythmique se cale et que les cordes se déploient. Il y avait de grandes chances pour que tout cela sonne pompeux, maladroit, et finalement creux. Il n’en est rien, tant tous les éléments s’enchainent et se répondent avec harmonie. Jamais le groupe de rock n’est mis en péril par l’orchestre qui l’accompagne. Les violoncelles s’enroulent autour des guitares, trompettes et orgue convolent avec la basse. La production orne avec prestance des chansons fourmillant de détails et d’afféteries se révélant limpides comme le cristal et aussi claires que le jour. Elles dressent un pont improbable entre King Crimson, Pearl Jam et les Zombies. On navigue ainsi entre pop baroque ("The Greatest View", fascinant de plénitude, "Too Much Of Not Enough", "World Upon Your Shoulders") et ballades admirables hésitant entre contemplation et emphase ("Tuna In The Brine", "Luv Your Life"). Silverchair y prend une dimension inédite, empreinte de sérénité et d’humilité, mais également d’une maturité effarante. L’évidence mélodique règne dans les moindres recoins. L’ensemble frappe par sa subtilité, son sens des détails, sa grâce feutrée, exactement tout ce que le rock australien n’a jamais revendiqué être.

Le spectre de Diorama ne se limite pas à passer du rose pastel au bleu profond. Il se risque à plonger dans la pénombre, où les forces maléfiques guettent derrière la porte. "One Way Mule" fulmine de colère électrique, déchaîne les éléments avant de s’apaiser lors de courtes accalmies. "Lever" convoque un oppressant mur de guitares progressant dangereusement vers une rage sans cesse sur le point d’exploser. En renouant sporadiquement avec sa hargne métallique tout en la domptant aux dimensions de l’album, Silverchair parvient à déjouer les ornières dans lesquelles tant de Metallica et autres Deep Purple se sont embourbés en voulant marier brutalement rock et ornementations classiques. S’il se révèle être un songwriter de haute volée, Daniel Johns n’en demeure pas moins un chanteur techniquement limité, peinant dans les graves et flirtant avec la rupture dans les aigus, notamment sur l’envoûtant "My Favorite Thing". Mais sa capacité à habiter les moindres couplets et refrains transcende tout. Illuminant le disque de sa présence fragile, presque fantomatique, c’est seul au piano qu’il fermera un voyage somptueux débuté au crépuscule et s’achevant sur une aube radieuse le long d’un "After All These Years" à la pureté aveuglante.

On pouvait alors tout espérer de Silverchair. Mais Diorama restera un hapax miraculeux, condamné à demeurer orphelin, le trio retournant avec Young Modern sur les terres d’un rock plus académique saupoudré de pop anecdotique. Il y a de grandes chances pour qu’il ne retrouve plus l’état de grâce qui l’avait habité lors de la gestation de ce tour de force. On peut malgré cela continuer à espérer, Daniel Johns n’ayant après tout que 31 ans. Peut-être lui faudra-t-il évoluer en dehors de son groupe originel pour marcher à nouveau sur les traces de son chef d’œuvre. Rassurons-nous, s’il y arrive, il finira comme son disque : il vieillira bien.
Maxime

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Nada Surf : Let Go
septembre 2002

Le disque de la renaissance, musicale et humaine, des new-yorkais de Nada Surf, est également l'un des disques phare de la dernière décennie tout comme le meilleur album du groupe. Quand on a dit ça, on a tout dit, ou presque. Une chose est certaine : il sera difficile, bien difficile à Matthew Caws, Daniel Lorca et Ira Eliott de surpasser ce magnifique opus, à la croisée des genres entre power pop intelligente, indie rock ricain archétypal et songwriting recherché.

Affirmer que le troisième millénaire avait bien mal commencé pour les trois hommes relève vraiment du doux euphémisme au regard de la période douloureuse traversée par le groupe entre 1998 et 2002. Alors que Nada Surf s'était laissé prendre au piège d'un succès populaire - glané d'ailleurs au travers du single "Popular", ça ne s'invente pas ; succès fulgurant, donc, et pas forcément désiré, la formation, signée sur une major (Warner via Elektra), se trouvait condamnée à réitérer son score dans les hits parade. Or The Proximity Effect, deuxième album à voir le jour en 1998, fut taxé d'anticommercial par ses distributeurs, le label reprochant notamment au groupe de ne lui avoir fourni aucun single digne de ce nom à exploiter. Et alors que Matthew Caws et ses comparses tournaient le dos à toutes les compromissions proposées par les imprésarios (enregistrement de reprises, et même d'une version acoustique de "Popular"), Elektra refusa de distribuer l'album et saborda la campagne promo du groupe en ne lui faisant pas suivre les demandes d'interview. Il fallut donc aux Nada Surf de longs mois de tournée, d'abord en Europe puis aux States, pour récupérer les droits de leur album par avocats interposés, puis pour le distribuer sur leur propre label (MarDev) en 2000, sans compter d'autres longs mois de tournée avec mise à disposition de goodies divers pour pourvoir survivre et récolter les fonds afin d'enregistrer leur troisième opus. Pour l'annecdote, Louie Lino et Chris Fudurich, les deux producteurs crédités sur cet album et amis des trois rockers, furent rétribués en liquide sous la forme de billets de 1 et de 5 dollars récoltés via le merchandising. Là encore, ça ne s'invente pas.

Sorti en 2002 chez Barsuk records, label indé bien connu outre Atlantique pour héberger à l'époque les Death Cab For Cutie, Let Go tempère le propos de The Proximity Effect en se recentrant un rock soft d'ailleurs très proche formellement du groupe de Ben Gibbard. Même si les rushs power pop restent présents sur cet album ("The Way You Wear Your Head", "Happy Kid", "Treading Water", ou encore le très catchy "High Speed Soul"), on y retrouve surtout des chansons calmes et apaisées, preuve que les épreuves traversées par le groupe l'ont rendu plus mûr et plus serein. L'intro acoustique rythmée de "Blizzard of '77" et sa progression mélodique peu orthodoxe surprennent autant qu'elles séduisent, et il en est de même des risque mesurés pris par la formation sur d'autres titres, comme par exemple "Fruit Fly" et son début nonchalant qui se retrouve écrasé à mi-parcours par des giclées de riffs mordants à souhait. La voix de Caws s'y fait plus claire et affirmée, notamment sur le superbe "Insight Of Love" à la ligne vocale luminescente. Ailleurs, c'est l'intimisme et la gentillesse qui prévalent, on pensera notamment au bijou qu'est "Blonde On Blonde" (petit clin d'œil à Dylan au passage) avec ses arrangements pudiques et sa voix caressante au possible, ou encore au titre chanté en français, "Là Pour Ca", clin d'oeil kitch pour nous autres hexagonaux mais qui nous éclaire sur la sincérité de ces francophiles convaincus, eux qui voient ce titre comme un hommage à un pays qui les a toujours soutenus. Mais toujours prédomine cette fibre pop solaire, ce goût pour les jolies mélodies naturellement rehaussées par la furie contenue des cordes électriques. En ce sens, un titre comme "No Quick Fix" représente peut-être l'une des plus belles cartes de visite des Nada Surf, un groupe qu'il est difficile, vraiment difficile de ne pas apprécier quand on aime la pop de qualité. Et ce n'est pas ce Let Go aussi sincère qu'inspiré qui nous fera dire le contraire.
Nicolas

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Supergrass : Life On Other Planets
septembre 2002

Trop hédoniste et modeste pour vouloir jouer des coudes et s’imposer sur le podium, Supergrass fut l’un des poulains les plus sous-estimés de l’écurie britpop. Sans doute parce qu’ils n’ont jamais envisagé l’aventure comme une compétition, Gaz Coombes et ses potes ont tranquillement fait le voyage en mobylette, pendant que ses comparses se toisaient d’un œil mauvais en faisant gronder le moteur de leur dragster. Voilà peut-être pourquoi le trio d’Oxford a traversé sereinement l’hécatombe post 97 en livrant dans la décennie précédente trois albums impeccables. En ce début de millénaire, c’est à peine si les lads lèvent un sourcil devant la révolution numérique de Radiohead et l’émergence des inoffensifs Coldplay et Travis, sourds aux effets de modes et aux nécessités absurdes de la sacro-sainte évolution. Indifférente aux velléités expérimentales de Blur et aux spasmes d’un Oasis à bout de souffle, la troupe entame une retraite ensoleillée sur la Côte d’Azur. D’où sort ce Life On Other Planets, ultime témoignage de la britpop nineties dont l’élan originel s’est perdu depuis des lustres.

Désormais quatuor avec l’arrivée du frangin Rob derrière les claviers, Supergrass reprend donc le débat comme en 1995, pour la dernière fois de sa carrière. Ce quatrième opus est en tous points conforme à l’orthodoxie de ses géniteurs et délivre donc sa ration de glam débraillé ("Za", "Can’t Get Up", "Funniest Thing"), de punk-rock cockney à la Buzzcocks ("Rush Hour Soul", "Never Done Nothing Like That Before") et de psychédélisme affable ("Prophet 15" et "Run" ferment le disque sur une odeur persistante de tarpé). L’humeur tourne volontiers à la rigolade. Gaz ânonne des rimes absurdes de sa voix de cartoon sur le ska burlesque de "Brecon Beacons", ailleurs la troupe entonne une balade enjouée au fond du tour bus, ambiance chaleureuse tape dans le dos plutôt que feu de camp ("Evening Of The Day"), ou déroule un boogie loufoque ("La Song"). Mais Supergrass ne se moque jamais de son auditoire, et en profite pour grossir son escarcelle de singles entêtants avec "Seen The Light", excellent exercice de pop extatique, et le lumineux "Grace", le "Lady Madonna" de ce début de millénaire.

Fantasque, ludique mais jamais dispersé, Life On Other Planets est à l’image du groupe : humble, jamais rasoir, souvent brillant. Les Oxfordiens perdront leur éclair de fantaisie sur le sombre Road To Rouen, avant de retrouver le mojo sur l’ultime Diamond Hoo-Ha. C’est avec un grand sourire embué de larmes qu’on est venu les applaudir une dernière fois lors de leur concert d’adieu en juin dernier à la Cigale. Au temps de faire son office à présent. Espérons que leur répertoire connaisse un destin similaire à celui des Kinks et qu’il soit enfin loué à sa juste mesure par les futures générations. En attendant que le public se rende compte de ce qu’il a loupé, la critique continuera de porter cette facétieuse formation à bout de bras. Pour une fois que les rock critic n’ont pas absolument tort…
Maxime
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