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Interview : Fito de la Parra, Living The Blues.


Steven Jezo-Vannier, le 26/02/2014
Si je vous dis "On The Road Again", "Going Up The Country", "Let's Work Together"… quelques notes de flûte au début du film consacré au festival de Woodstock, la voix puissante de Bob Hite, dit "L'ours", la sensibilité de l'harmonica d'Alan Wilson, auxquels s'ajoutent deux guitares blues et une section rythmique boogie... vous me répondrez inévitablement : Canned Heat, l'un des plus grands groupes des années soixante, un pilier de l'histoire du rock. Canned Heat, c'est bientôt cinquante années de carrière, vingt-et-un albums studio publiés entre 1967 et 2004, plus huit lives et un nombre impressionnant de tournées et de concerts, le groupe n'ayant jamais quitté les routes et continuant de se produire à travers le monde. Aujourd'hui, Fito de la Parra, batteur historique de Canned Heat et seul membre présent sans interruption depuis 1967, nous fait le plaisir de revenir sur cette longue expérience. Interview réalisée et traduite de l'anglais par Steven Jezo-Vannier 6-8 février 2014


SJV : Né en 1946 à Mexico, vous débutez très jeune votre carrière de batteur, à l'âge de 14 ans. Très vite, votre talent vous permet d'intégrer différents groupes de rock mexicains, gagnant peu à peu en audience, d'abord avec Los Sinners puis avec The Hooligans.
Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs le parcours de vos débuts, la musique que vous jouiez et la vision que vous aviez des USA et de sa culture ?


FDP : Les groupes de ma jeunesse ont principalement été des groupes de reprises, comme c'était souvent le cas. Nous reprenions les titres du Top 100 des charts américains. Nous traduisions en espagnol les plus célèbres chansons du rock'n'roll U.S et obtenions nous-mêmes un certain succès avec elles. En 1963-1964, j'ai découvert le rhythm'n'blues ; après cela, je n'ai plus jamais eu ni l'envie ni la capacité de revenir à la pop music. Dans le même temps, je suis devenu très curieux de ce qui se passait aux États-Unis, notamment en matière de musique, et j'ai été attiré par l'idée de m'y installer et d'y apprendre à jouer de cette merveilleuse musique qu'est le blues. Je ne m'attendais évidemment pas à finir dans un groupe avec des musiciens qui ressentaient exactement la même chose que moi vis-à-vis de cette musique, et encore moins à devenir célèbre. Ça, c'était la cerise sur le gâteau.


SJV : En 1966, vous rejoignez donc Los Angeles. La contre-culture bat alors son plein dans la ville. Vous vous immergez complètement dans ce Nouveau Monde musical et culturel. Comment s'est passée cette immersion ?

FDP : Mon immersion dans le monde de la musique est en partie le reflet du mouvement d'intégration raciale qui a démarré dans les années soixante. Il y a eu un moment où les Blancs ont accepté et reconnu la musique afro-américaine comme quelque chose de précieux et faisant partie intégrante de la culture américaine. Ce fut aussi une époque de renouveau artistique. La musique a connu une révolution à la suite de la British invasion et avec l'influence européenne sur le rock'n'roll. Nous sommes revenus aux racines du blues et à une forme d'improvisation et d'expérimentation qui n'avait plus cours depuis la grande époque du jazz. C'est la magie de la musique que nous faisions en ce temps.


SJV : Vous débutez votre exploration personnelle du blues en intégrant le discret Sotweed Factor, puis le plus connu Bluesberry Jam. Le groupe suit la même ligne rock-blues-boogie que Canned Heat et le Pacific Gas & Electric, deux autres formations de Los Angeles. La petite scène que vous formiez ensemble à cette époque était unique sur la Côte ouest. Comment expliquez-vous cette particularité ? Nous savons que les membres de ces groupes tournaient – vous-mêmes avez remplacé Frank Cook dans Bluesberry Jam avant de le suivre dans Canned Heat. Aviez-vous l'impression de faire partie de la même communauté artistique ?

FDP : En général, les musiciens qui se spécialisent dans un certain type de musique fréquentent les mêmes lieux, les mêmes salles de concert. Les groupes se fréquentent inévitablement et les membres évoluent dans différents groupes. Dans mon cas, les groupes antérieurs à Canned Heat étaient autant d'étapes nécessaires avant de rejoindre le meilleur groupe de blues-boogie du monde... Il existe d'autres exemples d'évolution chez les musiciens de notre scène. Larry Taylor [bassiste], Harvey Mandel [guitariste] et Walter Trout [guitariste], qui étaient tous en premier lieu des membres de Canned Heat ont intégré ensuite les Bluesbreakers de John Mayall.
[Larry "The Mole" Taylor, membre de 1967 à 1970, est revenu à plusieurs reprise au sein de Canned Heat : entre 1977 et 1980, 1985 et 1990, 1995 et 1996, en 1998, avant de revenir définitivement depuis cinq ans. Le parcours de Harvey "The Snake" Mandel est similaire, présent en 1969-1970, il revient en 1990-1992, puis en 1999, et définitivement à partir de 2009. L’actuelle présence de Fito de la Parra, Larry Taylor et Harvey Mandel, seuls membres historiques survivants, redonne vie au Canned Heat de Woodstock, que complète le guitariste John Paulus]


SJV : 1er décembre 1967. Vous rejoignez Canned Heat officiellement et participez à votre premier concert avec le groupe. Quels souvenirs, quels émotions en gardez-vous ?

FDP : J'étais très heureux d'être là. C'était comme un rêve devenu réalité. Seulement dix mois plus tôt, j'étais encore un jeune immigrant traversant la frontière avec ma batterie, 500 dollars en poche et une jeune Américaine pour épouse. Qui aurait pu croire que cette grande occasion de jouer avec Canned Heat serait venue si vite. J'avais à peine 20 ans et le groupe avait déjà sorti un premier album de reprises de standards blues et fait une forte impression durant son passage au festival de Monterey.

SJV : Le groupe a eu quelques difficultés à ses débuts et s'est finalement stabilisé à votre arrivée. Le jour de ce premier concert, aviez-vous le sentiment, l'intuition peut-être, d'avoir intégré l'un des poids lourds de la scène rock américaine ?

FDP : Nous étions un groupe de blues avec pas mal de problèmes, ce qui était inévitable lorsqu'on se remet dans le contexte. Nous essayions de populariser un genre de musique noir auprès d’un public blanc qui y était totalement étranger. Nous ne pouvions pas imaginer que nous étions sur le point de gagner une notoriété mondiale.


SJV : Quand avez-vous compris ce que le groupe devenait ?

FDP : Avec la sortie de notre premier album à succès, Boogie With Canned Heat, et avec notre premier hit, "On The Road Again", single qui a grimpé à la première place des classements internationaux.

SJV : Cinquante ans de carrière, quarante-sept passés au sein de Canned Heat. Il y a eu des moments très difficiles, je pense notamment à la mort d'Alan Wilson en 1970, puis celle de Bob Hite en 1981, deux piliers du groupe original, puis la longue traversée du désert. Mais laissons les mauvais souvenirs de côté pour nous concentrer sur les plus joyeux et loufoques que le groupe ait vécus. Pouvez-vous partager avec nos lecteurs l'un de vos nombreux souvenirs ?

FDP : Il y a eu tellement de bons moments et d'histoires amusantes qu'il m'est difficile de choisir un souvenir en particulier. Lisez mon livre si vous voulez les connaître ! J'y raconte notamment notre escapade à Denver, ville où Chet Helms et le Family Dog tentaient de s'implanter, défiant les autorités locales : "Le samedi 21 octobre 1967, la police a envoyé un mouchard avec de l'herbe à l'hôtel pour approcher le groupe et le faire tomber. […] Il s'est avéré que le mouchard était un vieil ami de Bob – Bear a grandi à Denver – donc, il faisait confiance au gars. Le mec a disparu juste avant que les flics ne fassent irruption et "découvrent" un sachet d'herbe sous le coussin de la chaise où notre "ami" était assis. Ils ont arrêté tout le monde pour possession de marijuana – c'était encore une grande infraction à l'époque. Skip [le manager], le seul gars qui avait vraiment de la drogue, n'était pas là. Il était dans sa chambre avec une fille, mais les flics ont été le trouver pour l'arrêter aussi.

- Vous êtes avec le groupe ?, demande le flic en frappant à la porte.

- Euh, ouais, répond Skip, qui était sous la couette avec une fille.
Debout sur la table de nuit se trouvait un morceau de haschich afghan brun foncé enveloppé dans une feuille d'aluminium.

- Vous allez devoir venir avec nous et le reste du groupe, a déclaré le policier.
Et quand ils sont partis, le flic a dit à la fille : "Désolé de vous avoir dérangée, madame, mais vous pouvez finir cette barre de chocolat toute seule…". La seule vraie drogue que nous ayons eue ce jour-là, il venait de la manquer. […] A l'époque, Bear avait dit à un journaliste : "Pour chanter le blues, vous devez être un hors-la-loi, les Noirs sont nés hors-la-loi, mais nous, les Blancs, nous devons travaillés pour obtenir cette distinction"."


SJV : Vous jouez le même répertoire depuis bientôt cinq décennies, principalement les chansons des années 1967-1971, qui correspondent à l'âge d'or du groupe. N'y a-t-il pas une certaine lassitude ? Le groupe court toujours le monde, donne de nombreux concerts chaque année et revient périodique en Europe. N'arrive-t-il pas un moment où l'on cherche le renouvellement ?

FDP : Nous sommes fatigués de voyager, mais jamais de jouer de la musique. Peu importe que nous jouions une partie des mêmes chansons parce que nous jouons du blues et nous improvisons en permanence. C'est toute la magie de cette musique : il n'y a pas de cadres formatés, il n'y a aucune rigidité ni dans notre son ni dans notre jeu. À propos du besoin de renouvellement, je dirai que chaque fois que nous atteignons la transe, nous nous sentons revigorés... c'est ça le boogie !


SJV : Pour garder la passion de Canned Heat comme vous l'avez, vous devez être animé d'une flamme vive. Qu'est-ce qui ravive cette flamme ?

FDP : Pour répondre à cette question, je reprendrai simplement les mots de John Lee Hooker : "I like to boogie".

SJV : Dernière question. Qu'est-ce qu'un batteur comme vous, membre d'un groupe majeur de la scène rock, acteur de Woodstock, écoute comme musique aujourd'hui ?

FDP : Bien sûr, j'écoute du jazz, du blues et du rhytm'n'blues, musiques qui m'ont passionné toute ma vie. J'écoute aussi de la musique latine et du classique. Et, comme tout le monde, je suis bombardé par l'industrie du disque et les médias, avec le pop-rock, le girl rock, le rock-rock, l'anti-rock... que j'essaie, en vain, mais autant que possible, d'éviter.


SJV : Fito, merci beaucoup. Je rappelle la sortie de votre livre Living The Blues, une histoire autobiographique du groupe, disponible sur www.cannedheatmusic.com/book.htm (en anglais) et www.beachcompress.com (en français).

J'indique à nos lecteurs voyageurs que Canned Heat sera en concert le 15 avril en Autriche, le 16 en Suisse, du 17 au 24 avril en Allemagne, et, après un bref retour en Californie les 22 et 24 mai, le groupe sera de nouveau en Europe : les 29 et 30 mai en Finlande, les 5 et 6 juin en Suède, les 7 et 8 en Suisse. Bientôt en France.
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