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Interview Girls in Hawaii


Raphaëlle, le 08/07/2014
En marge du festival Solidays, Girls in Hawaii a accepté de me rencontrer pour une interview. Lionel, l'un des deux chanteurs, m'a reçue pour me parler de la carrière de son groupe et de leur dernier album. Il a fait preuve de patience face aux aléas météorologiques et surtout face à l'arrivée impromptue de François Hollande sur les lieux du festival !


Albumrock: C’est la première fois que vous venez à Solidays ?

Lionel: La deuxième !

Vous allez voir d’autres artistes après ?

Il y a Woodkid, j’aime bien des trucs mais d’autres non, j’aimerais bien voir le show que je n’ai jamais vu. Qu’est-ce qu’il y a d’autre encore ? Il y a Paradis… (Adeline lui tend un programme) Ah merci, tu me sauves ! Ah oui il y a De la soul, Metronomy si on a le temps… Il y a Triggerfinger qu’on connaît aussi, c’est des Belges. Et puis sinon on a beaucoup tourné avec les Fauve (ndlr : qui étaient là deux jours avant), on est devenus un peu potes.

Comme c’est la première fois qu’il y a une interview pour Albumrock, est-ce que ça t’embêterait de me raconter un peu la formation du groupe ?

Pas de souci ! Ça a commencé il y a quand même douze ans, sur les bancs de l’école. Antoine, l’autre chanteur et moi, on s’y est rencontrés. C’est vraiment une histoire de potes classique. On voulait monter un groupe et on a acheté un petit enregistreur. On a eu la chance de connaître les débuts du home studio, tu pouvais tout faire à la maison donc on n’avait plus besoin de chercher un bassiste qui était plus ou moins bon, un batteur… On a tout fait tout seul. Donc voilà, la base du groupe, c’est ça. Après il y a des frères qui sont venus, des potes… C’est très familial. Le succès est venu quand même assez vite, en Belgique en tout cas il y a eu une réaction au premier disque qui a été hyper enthousiasmante. On a sorti le troisième disque en septembre et le deuxième disque, qui était sorti en 2008, s’appelait Plan Your Escape. Et voilà on est encore là !

Contents d’être là ?

Ouais, ouais contents d’être là.

J’aimerais bien savoir pourquoi vous avez choisi ce nom-là.

Au début on devait juste trouver un nom pour un concert et c’était le nom d’un de nos morceaux. Et on a trouvé ça marrant, on fait du rock, on est Belges…

Pour les filles aussi ?

(rires) Ah non il n’y avait pas cette idée-là, c’était vraiment pour prendre un truc complétement à l’opposé de nous. En fait en y réfléchissant, on s’est dit que c’était comme une idée, comme un rêve. On fait de la musique comme un rêve, en fantasmant une vie plus colorée.

Pour se projeter dans autre chose ?

Oui voilà, pour nous ça représente vraiment cet univers fantasmé où il y a du soleil et où il fait beau.

Ok, merci pour l’explication ! Alors au niveau des références, je n’en ai pas trouvé beaucoup dans vos interviews. A l’époque où je vous ai découverts, j’écoutais aussi beaucoup Travis mais je ne sais pas si c’est quelque chose qui vous parle…

Alors effectivement il y a un cousinage…

Vous êtes quand même un peu plus rock !

Un peu plus indé aussi. Mais on se rejoint sur l’amour des chansons et de la mélodie, certainement. Je n’ai pas beaucoup écouté Travis mais quand j’entends, je comprends pourquoi de temps en temps ça revient.

Ils ne sont pas très connus en France, peut-être plus en Belgique.

En tout cas ils auraient dû avoir une plus grande carrière! Sinon nos influences, en tant que fan de musique, c’était Nirvana et les Pixies. Ce qui s’entend le plus dans notre musique, c’est toute la vague indie, des gros groupes indés des années 90, comme Grandaddy, Pavement, Radiohead.

Un peu incontournable !

Après tout ça se mélange avec d’autres choses comme Lisa Germano, qui est une chanteuse américaine assez inconnue. Il y a vraiment des cousinages assez forts, avec Cat Power aussi, du début en tout cas. Vraiment les groupes indés quoi !

Je vous ai découverts en tombant sur la chanson "Short song for a short mind", j’ai été assez frappée par le contraste entre la musique assez ensoleillée et le texte assez mordant. C’était dans l’optique de base du groupe de jouer sur les contrastes depuis le début ?

C’est vachement bien vu parce que c’est un truc qu’on nous dit peu. Au départ il y a une volonté, presque un réflexe même, de faire des chansons super légères parce qu’on a toujours aimé ça. Mais comme on était des gars un peu dépressifs sur les bords
(rires), nos textes étaient vraiment à l’inverse et on trouvait le contraste assez marrant.

Oui je me souviens que ça m’avait vraiment frappé ce texte, quand on l’écoutait on se disait que ce n’était pas du tout la ritournelle que ça semblait être !

C’est l’histoire d’un mec qui rencontre une nana et qui ne se sent pas à la hauteur.

C’est un peu le contraire des chansons d’amour pop !

Oui, c’est vrai, c’est bien vu. L’exemple est bon, c’est l’une des premières où on a commencé à faire ça.

En 2008, vous sortez Plan Your Escape. Concrètement ça s’est fait comment la transition entre les deux, vous avez rencontré d’autres gens, vous avez changé de producteur ?

On a eu du mal à l’écrire, le premier est venu facilement. C’est classique, tu as 15 ans d’influence derrière toi, donc tu l’écris relativement vite. Tu te dis ah ouais je suis musicien en fait, c’est facile. Et puis il y a eu 70 000 disques vendus…

Interruption à cause de la pluie, nous nous replions dans le cabanon du jardin de l’espace presse.

Lionel: Ah c’est la crise dans l’industrie du disque !

Ah il n’y a plus de respect des artistes… Donc où en étions-nous ? Ah oui, la pression du deuxième album !

Oui, c’était beaucoup plus dur à écrire, on avait fait beaucoup de concerts, vendus beaucoup de disques, il y avait une grande équipe autour de nous, donc on a eu plus de mal à l’écrire. Il y a eu quelques années un peu d’errance, et puis on l’a quand même écrit ! C’est venu assez facilement, finalement. On l’a écrit d’un coup et puis on a demandé à Jean Lamoot de nous produire. C’est un type qui a produit Noir Désir, Bashung…

Ah oui un grand nom !

Oui et en plus des bons disques de Bashung ! Donc voilà ce type nous a un peu débloqués, parce qu’il était très souriant, très simple.

Il a essayé de vous faire revenir à vos approches du début ?

Non pas vraiment. Il nous a laissés créer en nous chapeautant sur l’album mais il était très discret, c’était très intelligent. Il a voulu nous faire aller au Mali parce qu’il bosse avec beaucoup de maliens, comme Salif Keïta. Donc voilà, il a essayé de nous débloquer en nous envoyant en Afrique. Finalement on n’y a pas été, mais l’idée est restée un petit peu.

Vous envisagez de le faire ?

Ouais pourquoi pas… L’idée nous excitait en tant que musicien, c’est une confrontation un peu violente.

C’est clair que quand on a synthétisé Radiohead et Nirvana, aller au Mali c’est un gros choc ! Après, il y a le drame en 2010 (ndlr: leur batteur, Denis Wielemans, est décédé d'un accident de la route) et la suite des événements. Personnellement, j’ai été époustouflée en écoutant votre dernier album, Everest. J’ai trouvé ça intéressant que vous alliez vers des sons plus électroniques. Ça s’est trouvé comme ça à la base ?

Les chansons sont venues un peu spontanément parce que l’année avait été vraiment dure. Au moment de rentrer en studio, on a commencé à se demander comment on allait faire un disque qui parle de deuil, d’absence, de la mort d’un ami, etc. Comment être pudique, même dans l’instrumentation ? En fait, rapidement, on s’est dit que les synthés pouvaient apporter un peu plus de… (geste de la main)

De brouillard ?

Ouais c’est vraiment ça, cette matière vivante. Je ne sais pas si tu as déjà vécu un décès, mais tu as parfois l’impression que la personne est encore un peu là.

Ça s’entend dans les paroles aussi.

Oui ! En fait on a essayé de faire planer cette présence dans le disque. Les synthés ça offre quand même beaucoup de possibilités. La guitare c’est très reconnaissable, c’est beaucoup dans les codes un peu rock et là, les synthés… Ca brouille un peu plus les pistes !

Mais c’était courageux de votre part de vous aventurer vers des choses un peu plus électroniques, sans revenir vers les guitares. C’était un peu une prise de risque.

Oui c’est vrai. En fait on a voulu faire tout différemment, pour un peu… Mettre les choses derrière nous !

Ouvrir une nouvelle page ?

Ouais, il fallait qu’on change les endroits où on allait enregistrer, qu’on change l’instrumentation… Ça nous a permis de passer ça.

Et vous avez envisagé de chanter en français éventuellement ? Dans le genre on change tout !

Ouais ça nous passe souvent par la tête en fait parce qu’on écoute pas mal de trucs en français, comme Bertrand Belin, Matthieu Boogaerts, enfin d’autres aussi… Enfin c’est clair que le français, c’est la langue qu’on maîtrise le plus.

Ce n’est peut-être pas facile de trouver des phrases courtes qui sonnent bien.

Oui voilà. Être rythmique en français aussi ce n’est pas facile non plus. Nous on a besoin de ça, beaucoup. Ça viendra à un moment, on va s’y risquer… Enfin on sait pas encore. On en a quelques-unes en tout cas.

Ah il y a quand même des trucs dans les cartons !

Il y a des petits bouts de trucs, inmontrables quoi.

Je voulais aussi te demander, il y a une chanson dont je n’arrive pas à prononcer le titre…

"Rorschach" ?

Oui c’est ça. Pourquoi ce nom ?

Tu vois ce que c’est ?

Ah non, pas du tout !

En fait ça vient des tests de Rorschach, c’est les trucs que tu vois dans les films avec les tâches d’encre. Ça ne s’utilise plus beaucoup dans les cabinets de psychatrie mais bon… C’est aussi un personnage de bande dessinée, les Watchmen, qui est une cool BD. On est très fan de BD dans le groupe ! Après là c’était surtout le thème du morceau, ce n’était pas vraiment lié à Denis, c’était vraiment un morceau qu’on aimait bien. J’imgainais que la matière musicale c’était une forme de grande tâche. C’est comme un mec qui roule dans la rue, dans la nuit, très vite. Il fait très chaud, il voit les vieilles usines, la gare, et pour lui tout ça forme des tâches symétriques. C’est tout simple en fait, c’est juste ça !

Ah oui c’est quand même compliqué comme explication ! Ça m’intriguait, surtout que c’est une de mes chansons préférées du dernier album.

Ah c’est cool !

Oui je suis assez sensible au mariage du rock et de l’électro.

Oui c’est un truc que j’adore particulièrement dans le groupe.

J’étais contente que vous alliez tester ce côté-là ! Bref, j’ai vu que vous alliez entamer une tournée acoustique ?

Ouais ça va être super chouette, c’est le projet qui nous tient le plus à cœur. On avait fait ça après la tournée de Plan your escape, on a fait juste 5 dates avec beaucoup d’instruments, des vibraphones, on jouait avec des verres en cristaux, de l’accordéon… Et c’était super touchant. On avait l’impression qu’on avait retrouvé la base des morceaux, comme je les écris ou Antoine les écrit, vraiment la matière brute. On s’était toujours dit que la prochaine fois, il faudrait faire ça plus longtemps.

En festival ?

Non pas en festival, on va plutôt faire ça dans des théâtres, à l’opéra… On re-instrumente aussi la plupart des morceaux. On va un peu les revisiter !

Vous faites des reprises aussi ?

Oui probablement, même si on ne sait pas encore quoi. On a toute une liste, et aussi de tous les morceaux qu’on ne joue jamais.

Ah ça fait un beau répertoire quand même !

Ouais ! Sur le premier disque il y a des chansons plus calmes, comme "Bees and Butterflies", "Fontanelle", "Shades of time" sur le deuxième…

J’aime beaucoup "Colors" aussi sur le deuxième. Encore une fois, le côté planant et électro !

Ouais, ça on va la jouer aussi.

Donc là vous avez déjà rôdé les morceaux ?

Oui, c’est trop rôdé même ! On a un set qui roule, on l’a joué déjà quasi 100 fois.

Ah oui, il faudrait peut-être que je vérifie mes informations !

En fait on a commencé en mai, on a joué en Chine. C’était le tout début de la reformation du groupe.

Ça avait l’air d’être sacrément l’aventure ça !

C’était génial. Il faisait super chaud, genre 40°, c’était impossible de jouer.

Vous en avez profité pour découvrir des sons ?

Non non, pas du tout, on est partis que sept jours ! On a pu aller manger dans des restos typiques parce qu’on était un peu guidés là-bas. On a joué devant sept ou huit mille chinois tous les soirs parce que c’était gratuit. C’était sur les places publiques et ils sont beaucoup là-bas, tout d’un coup tu te retrouves devant plein de types avec leur iPhone.

Des gens qui ne comprenaient pas forcément ce que vous disiez non plus, non ?

Non, ils ne parlent pas du tout anglais.

J’imagine que quand vous êtes en France ou en Belgique vous êtes un peu plus en territoire conquis, là il fallait plus les gagner.

Oui il y a une grande curiosité, c’était chouette les gens étaient cools. Après je sais pas du tout ce qu’ils en ont pensé. Après il y a une file de gens qui veulent te prendre en photo, c’était cool.

Donc après vous êtes revenus en Europe?

Oui on a fait un petit peu de festivals, on a fait notre retour au Pukkelpop, c’était quand même très émouvant. Je ne me souviens même pas qu’on ait très bien joué. On avait plus fait de scène depuis…

Il n’y avait pas un peu d’appréhension aussi ?

Si, le retour était chargé. En montant sur scène on a tous compris qu’il y avait beaucoup d’émotions, c’était chouette, donc on a plus trop fait attention à essayer de bien jouer.

Oui essayer de vivre le moment plutôt !

Oui c’est ça. A partir de là ça s’est bien passé, on a fait beaucoup de dates depuis septembre, pas loin de 90… Donc là on est parés !

Donc là vous tournez encore cet été mais après vous avez le projet de lever un peu le pied, de retourner en studio ? Finalement ça a quand même été un gros enchaînement, entre ce qui s’est passé en 2010 et le fait de remettre le pied à l’étrier…

Oui tu as raison en fait, c’est une succession d’événements qui remontent déjà à 3, 4 ans. Là pour le set acoustique qu’on a de toute façon déjà préparé, on a jusqu’à la fin de l’année, jusqu’à décembre. On va déjà tester des nouveaux morceaux, aussi. L’idée, ça serait d’aller en studio l’été prochain.

Mine de rien, entre 2010 et le milieu de 2014, vous devez déjà être dans un autre état d’esprit. Il y a un côté un peu lourd de ces chansons-là. Vous avez peut-être envie de quelque chose d’un peu plus léger en ce moment ?

Oui, on nous le demande souvent ça. Il y a un truc qui fait que dans notre esprit tout ça s’est passé. Quand on joue ces morceaux, bien sûr il y a de l’émotion, mais on n’est plus dans l’émotion exacte dans laquelle on était en 2010. Heureusement !

Vous avez réussi à prendre un peu de distance ?

Oui en fait on l’a fait en studio déjà et avec les premières scènes ensuite. En fait je crois que c’est surtout les gens qui nous revoyaient pour la première fois qui étaient le plus émus !

Oui là je pense qu’il y a une vraie émotion de la part du public. De ce que j’ai entendu ou lu, c’était très positif.

Ouais, c’est cool.

Il y a un petit côté renaître de ses cendres, les gens y sont sensibles.

C’est super agréable mais c’est vrai que nous aussi, on a une protection à un certain point.

Du coup vous avez commencé à réfléchir aux éventuelles directions pour plus tard ou pas vraiment ?

Hum… Un truc plus lumineux, plus joyeux, plus léger je pense.

Vous allez arriver à faire ça ? Déjà quand vos mélodies étaient joyeuses, vos textes ne l’étaient pas !

(Rires) Pas complétement, mais ici on a vraiment un album intense, un peu froid par moment. Pas du tout léger ! Donc on aimerait retourner vers quelque chose de plus pop aussi… Mais je dis ça et si ça se trouve, on va complétement virer électro. Dans le groupe il y a vraiment une grosse moitié qui est très fan d’électro.

Vous écoutez quoi d’ailleurs en ce moment ?

Hum alors…

(Arrivée d'une jeune femme de l'organisation de Solidays)
Il faut quitter la zone messieurs dames…


L'interview se termine donc sur cette question laissée en suspens. Réponse dans leur prochain album!
Merci beaucoup à Lionel pour sa patience et sa gentillesse face à une intervieweuse un peu impressionnée.
Merci à Adeline et Anthony pour avoir organisé la rencontre !


http://www.girlsinhawaii.be
En savoir plus sur Girls in Hawaii
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