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Journée internationale des droits des femmes 2026


Mathilde, le 08/03/2026

Dans mon quartier il y a beaucoup d'associations d'aide à la personne. Le matin à 7 heures, quand je pars au boulot, je suis toujours étonnée et amusée dans le sens tendre du terme, de voir un gros groupe des femmes (salariées dans ces établissements) qui se rejoignent sur le trottoir pour discuter et rire. Car l'espace public est à ce moment disponible et sans danger, sans regards désapprobateurs possibles puisque les rues sont désertes. Autant "les garçons se cachent pour pleurer"(de Christophe de Premiers Baisers bien sûr) (j'allais quand même pas ressortir "Boys Don't Cry") autant les femmes ne rient pas non plus ultra spontanément. Non pas qu'on les en empêche, mais que se passe-t-il régulièrement quand elles osent s'esclaffer de façon sonore ? Des remontrances, des jugements, des méfiances... Alors le rire dans les cercles de femmes engagées ou non peut devenir un appel pacifique (même si le message porté n'est pas minimisé) à la mobilisation tout en étant un soulagement/ un moyen de parler avec décalage des violences du quotidien.

La marrade, le larsen et les poulettes sisters

La muse ou l'amuse ?


A l’image de la patineuse Alysa Liu sur la glace olympique et à une époque encourageant un retour aux traditions (dans ce qu'elles ont de plus privatives), les femmes ont une urgente envie de s’éclater. Faire rire, s’amuser et rigoler à gorge déployée. Si beaucoup d’entre nous (femmes) appliquons encore - matrixées que nous sommes par une éducation restreinte en terme de choix - à faire ressortir notre part féminine prototypée, nous sommes aussi de plus en plus nombreuses à clamer notre singularité/ personnalité. Où trouver meilleure inspiration que dans l'épicentre de la France (évidemment Dunkerque) et dans la ville où l'accent français est le plus neutre (Tours) ? Dunkerque qui ne bouge pas que pendant les bandes et bals du carnaval (aux chants sexistes, mais là aussi la révolution est en marche) propose ici dans le musée du LAAC l'exposition La Marrade. A l'initiative de Camille Paulhan, cette proposition est reconnue "exposition d'intérêt national" par le ministère de la culture. Plus bas dans l'hexagone (en même temps tout est au sud par rapport à Dunkerque) j'ai pu avoir un entretien téléphonique avec Anne-Andréa Brochard, la créatrice de la marque Poulettes Sisters. Pour deux points de vue aussi joyeux qu'engagés. 


Que peut-être la femme quand elle n’est pas la muse, la mère, l’épouse, la fille, la soeur ou la putain ? Que se passe t-il quand elle passe le grillage dans lequel on la contient, qu’elle dépasse le "stade pintade" (expression inventée par la journaliste à savoir le stade de la greluche sans cerveau et sans danger qui caquète - qu’elles sont bavardes ces bonnes femmes - minaude et se dandine, pour les autres/les hommes) et qu’alors elle prend le pouvoir de l’effet qu’elle souhaite avoir sur les autres (faire rire), qu’elle profite (rire), qu’elle prend de la place (rire fort) ? C’est une des réflexions proposée par La Marrade : "En occident, le rire a longtemps été interdit aux femmes. En tant que groupe social elles ont subi une double contrainte: trop drôles elles seraient frivoles ou légères, trop sérieuses elles seraient moroses. On leur reprochait de ne savoir ni rire ni de faire rire, tout en les tournant en dérision par un humour oppressif." On y apprend que la deuxième vague féministe des années 70 a permis de revendiquer "un humour pour soi (...) positif, combatif et libérateur" et le musée souhaite ici "observer comment l'humour ouvre une voie pour ébranler l'ordre établi". 


La femme idéale "forgé(e) par le regard masculin" qui s'est vue devoir être muse pour vivre de son métier d'artiste, choisit via ce mouvement de cesser d'incarner un "objet de désir, mais (devenir) actrice de sa propre représentation". Tourner en dérision les figures érotisées devient alors un moyen d'émancipation. Exister à soi-même en tant qu'être humain (c'est loin d'être le cas partout), montrer sa vraie personnalité sans se soucier du regard masculin c'est aussi le parti pris d'Anne-Andréa Brochard, fondatrice de Poulettes Sisters (marque française de vêtements et accessoires pour femmes et hommes) qui habille un public large de femmes depuis 2019, qu'elles aiment le rock, le côté rétro ou même grunge ou punk. "Je crois fort au fait de s'affirmer telle qu'on est, les femmes sont flamboyantes, elles sont une galaxie, faites avec ! Après ce constat vient de ma personnalité, je n'ai jamais voulu rentrer dans les cases". 


Plus on vieillit et plus on prend de la distance, et la créatrice évoque que c'est avec l'âge qu'on déconstruit le fait de plaire (ou non) aux hommes. Dans la musique Amyl and The Sniffers encourage ce retour un brin Riot grrrl, ainsi que les Mannequin Pussy qui hurlent "I have a loud bark, deep bite" ("j'ai un aboiement fort et je mords profondément"). Au delà du "more women on stage", vient l'envie de "more free women on stage". Libres de montrer qui elles sont vraiment. Sur son dernier album d'ailleurs, Jehnny Beth hurle aussi le caractère urgent de se libérer. Il y de quoi avaler sa cuillère quant au contrôle coercitif masculin que ce soit dans l'art, la médecine ou la beauté. Dans l'exposition, est remis en cause les examens gynécologiques à une époque obligatoire (et donc violents) sur des très jeunes filles. On y découvre aussi le mouvement Guerrilla Girls qui a vu le jour à New York et qui dénonce le sexisme/ racisme dans les musées notamment... Qu'arrive t-il à la femme une fois qu'elle n'est plus dans la prison assignée du foyer ? Beaucoup de bricoles.


La Marrade expose les inégalités hommes/ femmes par le moyen de l'humour aussi parfois corrosif et on y voit le badge de la militante Liliane Kandel (liée à la chronique "le sexisme ordinaire" dans la revue Les Temps Modernes) qui y déclare:"nous mourrons de n'être pas assez ridicules". Se grimer, se faire soi-même basculer dans un rôle grotesque et faire rire reste un challenge pour notre genre. Pourtant ces femmes aspiraient à "un rire qui n'écrase pas mais qui renverse l'ordre des choses". Ainsi Niki de Saint Phalle a dénoncé les diktats de beauté et détourné les femmes via ses "nanas", Agnès Rosenstiehl a inventé "Mimi Cracra" une gamine vive et qui se salit, tout comme "Fifi Brindacier" qui sortait du rôle de la petite fille modèle non aventureuse. D'ailleurs, d'après David de l'équipe de la médiation de l'expo, on peut voir dans "marrade" le fait d'en avoir marre.


Evidemment qu'aller dans un festival constitue un autre moyen de constater les inégalités. "Mes premiers produits (des pin's notamment) représentaient des nanas comme moi qui n'étaient pas très représentées "relate Anne-Andréa. "Au Hellfest par exemple on ne montrait que des superbes femmes avec des soutifs à pics qui crachent du feu et pas du tout les festivalières (...) en fait dans le milieu vestimentaire du métal il y a encore cinq ans on ne parlait pas des nanas et quand j'y suis allée vendre mes produits, on a vite été out of stock (...) Je trouvais les motifs existants très gothiques, très pin up, très dans une case. Et puis on n'a pas besoin de faire un 36 pour être belle, ça a eu une résonance chez beaucoup de femmes (...) pourtant on a besoin de lieux comme les festivals métal qui sont bienveillants, on attend d'y être avec impatience pour s'exprimer sans être jugés, on s'y habille pour se faire plaisir (...) c'est un espace de liberté et de tolérance unique, un genre d'utopie. Après ces endroits ne sont pas le reflet de ce qu'est la société aujourd'hui malheureusement (...) par exemple le pisse-debout féminin devrait être accepté dans tous les festivals (pas comme à Musilac). Mais voilà, force est de constater que cette autonomie, le fait de ne pas être discrète, de prendre de la place gêne encore."


On a besoin de l'art en général pour exprimer ses idées politiques, sociales. Et ainsi de faire perdurer le message féministe, toujours menacé d'être malmené. La Marrade propose un fanzine destiné aux enfants pour qu'ils s'éduquent sur l'équité hommes femmes. L'égalité n'étant envisageable que si on donne davantage de moyens aux femmes d'exister. Les femmes sont régulièrement oubliées quand elles sont artistes, délaissées quand elles sont inspiratrices, et qu'elles vieillissent. Et pendant ce temps là, les one woman show sont loin d'être encore aussi représentés que les one man show... Il faut pour cela que des hommes sensés et influents aident à faire avancer de façon sécurisée les mentalités, tel Bruno Solo qui a montré son engagement dans la lutte des violences faites aux femmes: "Elles attendent que nous changions notre logiciel, qui est ce patriarcat tout puissant, ces mâles dominants qui pensent que tout leur est dû. Et ça ne passe pas nécessairement par des violences, des viols, des agressions, mais aussi par une sorte de routine, de quotidienneté autour de l'acceptation que des femmes puissent être moquées" ."J'ai mes valeurs féministes, une femme est d'abord un humain, elle a une place comme n'importe qui d'autre, maintenant je ne suis pas contre les mecs, mais j'aimerais juste qu'on les éduque." déclare Anne-Andréa. "Il faut qu'on fasse évoluer les choses ensemble: "strong women et smart men", il faut montrer aux autres hommes l'exemple des mecs intelligents".


Non, la journée des droits des femmes n'est pas du tout suffisante au vu de l'époque actuelle et ses rétrogradations dangereuses, qui poussent à être vigilantes et souvent même dans une colère toute légitime. Le procès Mazan a ainsi pointé que "not all men" mais toujours des hommes quand même. Et que là où les hommes mettent en doute la parole des femmes ou la taisent, la sororité est nécessaire. Anne-Andréa déplore: "On a été élevées à se rabaisser entre femmes pour se sentir plus désirables aux yeux des hommes, alors que notre force tient à notre capacité à se serrer les coudes". Et d'ailleurs si "poulette" était un mot péjoratif dans la bouche des anciens, il est aujourd'hui un surnom affectueux qu'on donne à ses amies. Et des "poulettes sisters" il y en a plein au sein de l'asso Poulette l'assaut à Tours, qui offre des produits de beauté et d'hygiène à des dames dans le besoin. Soixante bénévoles sont ainsi référentes dans trente et un départements et permettent de livrer des milliers de sacs dans des centres d'accueil d'urgence ."Une mauvaise rencontre peut arriver à chacune d'entre nous, et on peut vite atterrir dans ce genre d'endroit" rappelle Anne-Andréa. 


Alors en ce jour de la journée internationale des droits des femmes on affiche les slogans de Poulettes Sisters, on se marre en affichant sur ses vêtements "Ferme ta gueule", "Born to kick your ass" même si ça n'est qu'une toute petite étape, et que la révolution en route est bien moins jolie que les accessoires... Qu'il est réjouissant une fois de plus de voir les patineuses des J.O d'hiver de Milan-Cortina 2026 se valoriser les unes les autres, d'entendre la skieuse acrobatique Eileen Gu se défendre fermement face aux remarques désobligeantes et rabaissantes d'un journaliste. De la même façon qu'Anne-Andréa habille les fans de musique mais avec des mots qu'elle ne mâche pas, on souhaite en 2026 "lutter sans renoncer à la joie partagée". Et pour ce faire, de hausser le ton. FOR SURE.


Mathilde


https://poulettes-sisters.fr/


La Marrade

Le rire et le larsen


Quelle belle journée, dis-je d'un ton ironique et avec un léger sourire que je me suis longtemps refusé. Acte de résistance contre bon nombre d'hommes, souvent inconnus, qui l'exigeaient parce qu'elle n'est pas jolie la fille qui fait la gueule, fonction première de la femme donc.


Par chance, ce que nous devrions incarner pour (ré)conforter la gent masculine nous a été dicté depuis des années (millénaires ?). Un tas de règles qui sculptent dans le détail une perfection docile et aimable. Mais que fait la femme quand elle en a ras le cul d'être Galatée ? Elle dénonce, lutte, combat. Pygmalion, magnanime, décide de lui accorder une journée en l'honneur de droits dont il se moque le reste de l'année, à tel point qu'elle devient un prétexte pour solder des aspirateurs ou des fers à repasser. Galatée, sentant le cynisme, finit par se marrer. Le rire comme une arme redoutée, révélatrice d'une liberté de penser autonome. Le rire émancipateur. La statue se meut pour se créer elle-même. La femme animée, habitée par ses propres désirs. Au-delà d'une volonté d'égalité avec le sexe opposé, elle veut jouir de la possibilité d'être et de s'incarner sans le regard paternaliste de l'autre. La paix, tout simplement. 


La musique, bien trop longtemps gouvernée par le mâle réducteur, affranchit le muses qui deviennent des artistes géniales et qui en plus de casser des codes archaïques en imposent de nouveaux. 


En ce 8 mars 2026, dans ce pays où le bilan politique concernant le droit des femmes est contrasté, je pense particulièrement aux victimes de violences sexistes et sexuelles ainsi qu'aux cent soixante-sept vies volées par des féminicides en 2025. 


Et parce que nos armes à nous ne tuent pas mais élèvent, je vous propose un guide musical pour devenir une "sale conne". 


 


1. Pour rompre avec ce qu'ils attendent de toi


The Slits - "Typical Girls" 


 


2. Pour réclamer le rock 


Patti Smith - "Gloria" 


 


3. Pour te préparer à la révolution 


Bikini Kill - "Rebel Girl" 


 


4. Pour endurer le capitalisme 


Dolly Parton - "9 to 5" 


 


5. Pour t'autoriser la mélancolie


Nico - "These Days"


 


6. Pour te réapproprier ton corps 


The Divinyls - "I Touch Myself"


 


7. Pour accueillir le désir de l'autre


Wet Leg - "Wet Dream"


 


8. Pour occuper l'espace


4 Non Blondes - "What's Up?"


 


9. Pour ne plus attendre la permission d'exister 


PJ Harvey - "50 Ft Queenie"


 


10. Pour le mot d'ordre, court et sans rappel


Aretha Franklin - "Respect"


 


Texte rédigé avec l'appréhension d'entendre "bonne journée de la femme" ou de recevoir une fleur. 
Camille

Commentaires
DanielAR, le 08/03/2026 à 12:32
Je ne sais pas comment l'autre composante du genre humain (mes camarades et moi-même, par exemple) pourra jamais vous remercier de vous satisfaire d'une seule journée par an pour rappeler que vous avez "des droits" (que l'on grignote par ailleurs partout et tout le reste du temps). Merci pour vos mots magiques et vos formules qui piquent. Je voudrais simplement rendre un petit hommage ici à Sister Rosetta Tharpe (1915-1973), celle qui a inventé le solo de guitare rock. Elle a sa pleine place dans le webzine et dans nos pensées du jour car c'était également une militante géniale. Elle portait le nom de son mari - Thorpe, en l'occurrence - et était connue comme artiste sous ce patronyme. Le jour où elle en a eu marre de son bonhomme, elle a repris sa liberté tout en conservant le nom, histoire de ne pas devoir réimprimer ses affiches. Elle a simplement remplacé le "o" de Thorpe par un "a" (facile à corriger) et a poursuivi sa carrière sous la forme d'un pied de nez permanent à la "masculinité triomphante" de son temps. Sister Rosetta, je vous aime ! Tous les jours de l'année... Et, au risque de fâcher Camille, je vous adresse - poste restante au Paradis des guitaristes - toutes les fleurs sauvages de printemps de mon jardin !