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Critique d'album

Luke


Pornographie


(09/10/2015 - Sony Music - Rock français - Genre : Pop Rock)
Produit par Isabelle Balenu-Perisson

1- Warrior / 2- Rock'n'roll / 3- Des marchandises / 4- Indignés / 5- J'Veux Être Un Héros / 6- C'est La Guerre / 7- Quelque Part En France / 8- Rêver Tue / 9- Pornographie / 10- Discothèque / 11- Solitaires
Note de 4/5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"Un disque qui ne s'affranchit pas de son héritage, mais qui fait preuve de beaucoup de sincérité."
Raphaëlle, le 08/12/2015
( mots)

Apparu dans le paysage rock français au début des années 2000, Luke rencontre le succès en 2004 avec La Tête en Arrière. C'est l'époque où, déboussolé par la brutale disparition de Noir Désir, le rock français cherche frénétiquement un groupe capable de reprendre le flambeau. À ce petit jeu, Luke est un bon candidat : textes abrasifs, rage dans la voix et guitares survoltées. Et pour ne rien manquer, eux aussi viennent du sud ouest ! Il n'en faut donc pas plus pour que les attentes se cristallisent autour d'eux. Mais Luke saborde les attentes placées en eux en se refusant à progresser, éternels ersatzs de Noir Désir, album après album. 


Alors, que penser de Pornographie ? Peut-on concilier qualité musicale et engagement politique ? La voix du chanteur, Thomas Boulard, a le ton hautain du monsieur qui, lui au moins, n'hésite pas à dénoncer l'apathie de notre société consumériste et individualiste. Tout juste si il n'y a pas un sticker "avec le soutien du NPA" sur la pochette. Cette fois non plus, Luke n'arrive pas à se dégager du pesant héritage dont il se revendique. La rage et l'engagement politique rappellent évidemment Noir Désir, mais la voix du chanteur et les quelques moments de pause font surtout penser à Damien Saez. Niveau crédibilité, on en prend un sacré coup.


Commençons par la musique. Luke signe un album qui n'apporte rien de nouveau, mais qui revisite le rock avec quelques réussites. Les guitares ont un véritable génie pour dresser une atmosphère d'urgence, comme sur l'intro de "Warrior". Leur jeu noue des théâtres de feu où le chanteur peut haranguer la foule. Alors bien sûr, ça sonne assez répétitif et les rares moments d'audace sont un peu lourds (les synthés sur "Quelque part en France")... Mais qu'est-ce que c'est bon ! Quel plaisir d'entendre des hymnes de stade en français ("J'veux Être un Héros", option époumonage collectif en concert) ! On ne boude pas son plaisir face à la maitrise des musiciens. Il faut également souligner le talent du batteur pour mener l'album pied au plancher pendant 50 minutes. 


Les textes sont la raison d'être de cet album. Thomas Boulard a toujours eu un don pour écrire des textes poétiques et parfois assez cryptiques ("La Sentinelle", 2005). Cette fois, finies les métaphores et les messages subtils. Face à ce qu'il perçoit comme une urgence, il a décidé de s'attaquer à bras-le-corps au problème en s'engageant plus explicitement. Du coup, tout le monde en prend pour son grade et ça n'évite pas le côté donneur de leçon bien pensant, souvent reproché aux artistes engagés à gauche (revoilà Saez). À la première écoute, on est soulé par cette voix qui nous crie sur 11 pistes qu'on est des moutons incapables de se réveiller.


La société française selon Luke est une génération abrutie par la drogue ("Je veux être un héros sous héroïne" est le refrain "J'veux Être un Héros", "Vous vous défoncez à la coke et aux amphètes/C'est moi qui vous la vends/Je sais exactement ce que dans le nez vous allez vous mettre" sur "Warrior"), incapable de s'impliquer politiquement ("Réveillez-vous, y'a des parachutistes dans le métro", sur "C'est La Guerre"), abrutie par la télé ("Pornographie"), hédoniste ("Discothèque"). Luke nous tend un miroir déformant dans lequel nos tares et nos échecs sont autant de pustules dont on ne peut détourner le regard. Et il faut quand même reconnaître qu'ils ont une légère obsession pour la drogue, puisque des références y reviennent dans presque tous les titres. 


Il y a donc du bon et du moins bon dans cet album, dont les nuances sont difficiles à saisir tant il paraît homogène. La deuxième partie de l'album est la moins inspirée. On entend la voix un brin geignarde de Damien Saez sur "Rêver Tue", slogan que des milliers d'ados ont gravé sur la porte des toilettes de leur bahut. La ballade contestataire est un écueil dans lequel cette chanson se vautre allègrement. Dans la série des naufrages, citons aussi le titre éponyme de l'album. Impossible de ne pas entendre des relents d'"Homme Pressé" dans le titre "Pornographie", et voilà le spectre de Cantat qui plane de nouveau, jusque dans la façon de chanter de Boulard. Oui, ok, on est tous des idiots abrutis par la télé, obsédés par nos 15 minutes de gloire. Du coup, ça vaut bien un petit refrain lorgnant vers le metal, "PORNOGRAPHIE !" hurlé et guitares saturées. Et évidemment, on ne se prive pas de dénoncer la "jouissance mondialisée" sur une ligne de guitare rugueuse, censée rappeler la dureté de ce monde capitaliste. 


L'album recèle également de ce qu'on pourrait appeler des plaisirs coupables. Ce sont des morceaux qui n'inventent rien mais dont la rythmique imparable et les paroles faites pour être scandées donnent envie de danser comme des damnés. Citons donc "Discothèque", récit de drague en boîte de nuit complètement halluciné. "La vodka coule dans le Red Bull" hurle Boulard, pendant qu'on imagine les stroboscopes nous aveugler et nous transformer en robots épileptiques. Autre petit plaisir, la très solide "Rock 'n' Roll" incarne la violence sourde qui gronde dans la société française. Cette fois, Luke vise juste : la musique comme expiatoire est la raison d'être même du rock ("Donne moi du rock 'n' roll/J'veux que ça cogne"), et les arpèges tissent un monde anxiogène et désespéré. Quant au titre qui ouvre l'album, "Warrior", il est assez mensonger car il laisse espérer un grand album. Incarné sur un fil par un Thomas Boulard transcendé par son texte, le titre met le feu aux poudres. L'héritage de Noir Désir est aussi très présent sur "Indignés" mais le titre fait enfin preuve d'un peu de retenue et d'émotion. 


En fait, la raison d'être même de cet album tient en deux chansons: "C'est La Guerre" et "Quelque Part en France". Le premier titre est un portrait au vitriol de la société française prise entre ses contradictions, le texte est débité par un chanteur porté par une colère qui ne peut pas être feinte. Quant au refrain, son génie tient en trois accords qui donnent envie de sauter en secouant la tête. Dans la France post-13 novembre, difficile d'accepter ce que Luke nous criait un mois avant la tragédie : "Ici c'est la guerre/Mendiants et militaires/Kamikazes et ouvrières". Impossible de ne plus hurler "Ici c'est la guerre" sans penser que c'est l'état d'urgence depuis un mois, sans oublier que la France est peut-être véritablement en guerre contre un ennemi qui nous divise plus qu'il ne nous rassemble. Cette fois, le texte trouve le ton juste pour dénoncer notre apathie sans nous prendre de haut : de cette faillite collective, nous sommes tous responsables. 


Dans le titre suivant, "Quelque Part en France", Thomas Boulard se met à la place d'une vague connaissance frontiste, resté dans le patelin de naissance où "on se fait tellement chier". En incarnant l'électeur frontiste qui, "pour rallumer le feu, a voté pour la femme", le chanteur dénonce les postures bien-pensantes, les complaisances des partis au pouvoir. Il dépeint le sentiment de désobéissance civile que le vote frontiste donne à ceux qui forment "le premier parti de ceux qui s'emmerdent", cette jouissance qu'il peut y avoir à emmerder Paris et ceux qui y tiennent le pouvoir. Mêlant un débit mitraillette et des synthés, le morceau oscille entre rage et grandiloquence. J'écris cette chronique quelques minutes avant le résultat du premier tour et le titre sonne comme une prophétie sinistre : "Quelque part en France/Ça pue la flamme/Ça sent l'essence/Putain j'en ai mal au cœur". Voilà Luke qui fait une entrée fracassante dans le panthéon du rock français engagé, quelque part entre "Un Jour en France" de Noir Désir et "Regarde Un Peu La France" de Miossec, à une époque diluvienne où le Breton chantait "Regarde un peu la France/C'est magnifique non toute cette torpeur/Tous ces anciens de l'adolescence/Immobiles devant Pasqua l'horreur".  


En deux titres, "C'est La Guerre" et "Quelque Part en France", Luke brosse le portrait d'une France repliée sur ses angoisses identitaires, tiraillée par les extrêmes, sous la menace d'une action terroriste, abrutie par la télévision et incapable de se réveiller. Le reste de l'album est soit oubliable, soit sympathique, mais n'atteint pas la puissance de frappe des deux titres centraux. La rage qui tient l'album l'empêche aussi de se renouveler. L'intention est louable mais l'effort est peu digeste sur le long terme. 


On vous recommande : "C'est La Guerre", "Quelque Part en France".

Avis de première écoute
Note de 3.5/5
La plume de Thomas Boulard oscille ici entre vérités qui dérangent et clichés qui exaspèrent. Mais soutenus par un rock énervé et direct, ces textes incisifs font définitivement de Pornographie un brûlot témoin de son époque dont on se délecte dès la première écoute.
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Commentaires
Sans, le 10/02/2016 à 19:34
Il est cool le dernier album de saez. Puis le reprise d'un jour en France est sympa. Encore un effort et ils seront à la heuteur de leurs ainés. Toutefois l'album s'écoute bien et quitte à s'inspirer autant prendre les meilleurs.
Alan, le 19/12/2015 à 13:34
Sacrée évolution depuis La Tête en Arrière effectivement. Pas toujours pour le meilleur, mais le propos reste cohérent dans son ensemble. Puis musicalement ça envoie, rien que pour ça c'est jubilatoire.
Erwan, le 10/12/2015 à 22:16
Ah oui en effet rien à voir ! Beaucoup plus d'acoustique, pas les mêmes thèmes, et la voix aussi c'est complètement différent. J'aime encore beaucoup, belle plume. Là pour le coup je rapproche plus ça d'un mec comme Soan (hors dernier album), mais bon c'est moins ressemblant, enfin j'adore ^^ Quelle lacune de découvrir ça en 2015 mon dieu.
Raphaelle, le 10/12/2015 à 12:44
Oui oui, particulièrement le dernier album. Si tu écoutes la tête en arrière (qui recèle un nombre de tubes incroyables: les 5 premiers titres font un sans faute), tu verras que la voix de Thomas Boulard n'est pas du tout traitée de la même façon. Le propos est plus subtil et plus nuancé.
Erwan, le 09/12/2015 à 11:10
ça sonne quand même trèèèèèèèèès Saez (mais j'ai tellement écouté Saez que mon esprit est corrompu à ce sujet) Mais sinon je connaissais pas, comme d'autres "fans" de Saez je me sentais un peu orphelin depuis quelques années sans lui et ça fait plaisir de découvrir Luke, j'adore entendre ce genre de texte en français avec un côté punk moderne dans les instrus, merci Raphaëlle ^^
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