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Critique d'album

Panchiko


Failed at Math(s)


(05/05/2023 - Panchiko - Indie Rock, Dream Pop - Genre : Rock)
Produit par Panchiko

1- Failed at Math(s) / 2- Portraits / 3- Until I Know / 4- Breakfast Séance / 5- Find it (A Song) / 6- Gwen Everest / 7- Think That's Too Wise / 8- Rocking With Keith
Note de /5
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Note de 3.0/5 pour cet album
"La couleur d'une télévision, réglée sur un émetteur hors service"
Valentin, le 14/06/2023
( mots)

Failed At Math(s) constitue le premier véritable album de Panchiko, plus de 20 ans après leur formation initiale et dans des conditions absolument inédites suivant la découverte de D>E>A>T>H>M>E>T>A>L, EP désormais connu comme un des plus gros succès jamais rencontré sur la plateforme Bandcamp et potentiellement un des plus célèbres cas de médias perdus de la décennie précédente. A vrai dire, le groupe s’est déjà montré plutôt généreux avec ses fans depuis leur reformation et beaucoup de contenu a déjà été partagé en plus de la restauration de l’EP initial : une collection de démos (Ferric Oxide), un enregistrement live (Live In Nottingham), un ensemble de remixes (R>E>M>I>X>E>D), des versions alternatives d’anciens titres sur Youtube, etc. Ce disque représente alors la fin d’un long cycle en concrétisant notamment quatre pistes (la moitié de l’album) laissées inachevées à l’époque, certaines déjà partiellement écoutables parmi les ouvrages cités à l’instant. Un exercice peut-être faiblement ambitieux à première vue, mais qui semble pourtant inévitable ou en tout cas nécessaire dans ce cas précis : en dehors du claviériste Andrew Wright qui a finit par travailler dans la production audio, les deux autres membres originels de Panchiko n’ont que très peu pratiqué leurs instruments durant toutes ces années. Owain Davies s’était même entièrement débarrassé de ses guitares, par volonté de tirer un trait définitif sur ce qu’il a longtemps vu comme un échec honteux et une erreur de jeunesse.


Au-delà de ce fait, la démarche de restauration se révèle finalement assez commune, à commencer par leur influence fondamentale Radiohead dont le dernier opus en date A Moon Shaped Pool se fonde majoritairement sur des titres qui tournaient en live ou en studio depuis des dizaines d’années, pour un résultat final unanimement célébré. Failed At Math(s) ne se limite pas pour autant à ce travail et emprunte en partie le souffle de la version parasitée de D>E>A>T>H>M>E>T>A>L pour ses nouvelles compositions : interprétation accidentelle qui avait émergé en ligne en 2016 et qui était paradoxalement devenue la forme de leur œuvre dans laquelle les musiciens s’y retrouvaient le plus. On se surprend alors, dès le premier titre éponyme, à songer les contrées de la glitch-pop et de ses mélodies habiles, corrompues, cachées sous des nœuds d’imperfections et de dysfonctionnements déguisés en instruments. De la même manière qu'il y a vingt ans, la formation anglaise se complait dans un foisonnement numérique contemporain qui dépeint entre autres la vision tristement désuète d’un futur harmonieux.


"Failed At Maths", par son vidéoludisme enthousiaste et sa rythmique relâchée, renouvelle l’indie-rock électronique de Panchiko sous une forme plus appliquée, davantage en maîtrise de ses influences – mais si la composition se montre en apparence plus libre et légère que ce qu’on a pu connaître du groupe, on devine de nouvelles tourmentes dans l’ironie des applaudissements. "Portraits" se dresse alors dans un ciel débranché, gibsonien, amputé de ses néons criards et surjoués. Le chaos s’installe subitement, du piano grisâtre aux hi-hats en surtension, comme si on vivait le piratage de la perspective d’une machine. Le cœur semble en permanence sur le point de se corrompre et on n'aperçoit d’éventuelles instances de réalité que furtivement, par de rares convulsions acoustiques. Le timbre perçant d’Owain Davies, plus androgyne qu’à l’ordinaire, contribue vivement au vertige du titre avec sa résolution affaiblie et finit lui-même par se formater dans un de ces couloirs binaires en abandon. L'innocence de D>E>A>T>H>M>E>T>A>L a tout simplement disparu et se voit désormais remplacé par une terreur apocalyptique insidieuse qui n’osera jamais s’assumer ouvertement, au risque de se voir disparaître : pour sûr, Panchiko n’avait jusqu’ici jamais vécu d’atterrement à ce point accusé.


Dans une ambiance similaire, "Breakfast Séance" ondule son motif de basse à la dynamique volontairement artificielle, évoquant ainsi très clairement la folktronica délurée de The Books ou les expérimentations électro-acoustiques de Aphex Twin sur Computer Controlled Acoustic Instruments pt2. La séquence captive par son groove étrange et désarticulé mais peine malheureusement à se développer de façon pertinente au fil des rotations, comme prisonnière de la mécanique qui lui a donné cette forme si particulière. Difficulté partagée par la dernière piste originale de l’album, puisque "Find It (A Song)" erre avec crainte dans une nébuleuse de câbles réseau délabrés, contribuant positivement à cet univers fait d’algorithmes et de prothèses sans véritablement trouver une finalité qui lui soit propre. Le groupe émerge tout juste d’un sommeil artificiel d’une vingtaine d’années, et semble encore un peu engourdi lorsqu’il s’agit de pratiquer les exercices de composition : on regrette alors que Failed At Math(s) ne soit pas toujours à la hauteur des ambitions esthétiques modélisées, et ce malgré des conditions pourtant simplifiées.


Ces failles prévisibles sont rapidement dédramatisées par l’autre moitié du disque, constituée de vieilles archives reformulées pour l’occasion : "Think That’s Too Wise" et "Until I Know" nous rappellent la britpop tardive qui a fait naître la formation anglaise en première instance, et le second titre sublime particulièrement les teintes dystopiques du reste de l’album en les faisant déborder sur un riff à la fois régressif et prétentieux. Panchiko n’a jamais été aussi mélodique et stimulant que sur ce single qui dresse un pont mémorable entre les deux mouvements du groupe, mais c’est surtout "Gwen Everest" qui se démarque de l’ensemble avec sa réverbération épaisse, urgente et irrépressible, ses angoisses adolescentes, tamisées par le chant passionné d’Owain Davies. On n’a que très rarement affaire à un shoegaze simultanément aussi dense et vulnérable : l’excellent travail de mixing de Andrew Wright rend possible ce relief marqué, qui se construit cependant aux dépends d’un écart significatif dans le ton. L’éclectisme de Failed At Math(s) apparaît alors en conséquence de leurs contraintes et non en intention consciente ou définie préalablement. Les forces et les faiblesses des compositions se complètent selon leurs temporalités respectives, nous donnant au final un disque à l’identité intrigante mais vague et incertaine – à l'image de ce visuel au visage confus, révélateur des indécisions du groupe. Pour autant, l’expérience tend à prouver que Panchiko ne se limite pas à l’émotion inhérente à son histoire et que les opportunités d’évolutions restent bien réelles. Le temps nous renseignera bien vite sur la capacité du groupe à les saisir, et en attendant, on espère qu’il ne sera plus jamais question de s’oublier.


À écouter : "Failed At Math(s)", "Portraits", "Until I Know", "Gwen Everest"

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