↓ MENU
Accueil
Première écoute
Albums
Concerts
Cinéma
DVD
Livres
Dossiers
Interviews
Festivals
Actualités
Médias
Agenda concerts
Sorties d'albums
The Wall
Sélection
Photos
Webcasts
Chroniques § Dossiers § Infos § Bonus
X

Newsletter Albumrock


Restez informé des dernières publications, inscrivez-vous à notre newsletter bimensuelle.
Critique d'album

Pixies


Doolittle


(18/04/1989 - 4AD - Rock alternatif - Genre : Rock)
Produit par

1- Debaser / 2- Tame / 3- Wave of Mutilation / 4- I Bleed / 5- Here Comes Your Man / 6- Dead / 7- Monkey Gone to Heaven / 8- Mr. Grieves / 9- Crackity Jones / 10- La La Love You / 11- No. 13 Baby / 12- There Goes My Gun / 13- Hey / 14- Silver / 15- Gouge Away
Note de 5/5
Vous aussi, notez cet album ! (33 votes)
Consultez le barème de la colonne de droite et donnez votre note à cet album
Note de 5.0/5 pour cet album
"Peut-être le meilleur album de rock alternatif de tous les temps."
Nicolas, le 16/02/2010
( mots)

Pas évident, pour un rock critic amateur, de se lancer dans une tentative de décryptage de l'un de ses albums cultes, de l'un de ceux qu'il a le plus apprécié dans sa jeunesse. Un album qu'il range allègrement aux côtés de Nevermind, de Mellon Collie and the Infinite Sadness et de Appetite For Destruction. Difficile de faire la part des choses entre la maturité apportée par des années d'écoute de rock et les souvenirs émus de l'adolescent qui se passait cet album en boucle sur son radio-CD portable tout en tentant de réviser ses compositions de math, même si, ces dernières années, c'était plutôt Surfer Rosa qui se retrouvait à squatter sa platine audio. Comment ne pas tomber dans le panégirique facile ? Comment éviter l'écueil de l'autosatisfaction émotive ? Peut-être en décochant d'entrée de jeu une flèche fatale qui mettra fin à toute tentative d'emphase ou d'édulcoration faussement modeste : Doolittle est tout simplement le meilleur album des Pixies. Point, à la ligne.

Quand on a dit ça, on a tout dit : passons maintenant aux choses sérieuses. Lorsque les lutins barges eurent expédiés l'indispensable formalité du premier album en 1988 (Surfer Rosa, © Steve Albini, voir ici pour le début de l'histoire), ils purent de nouveau s'adonner aux joies de la scène aux côtés de leurs cousines bostonniennes des Throwing Muses lors d'une tournée européenne. C'est à l'occasion de ces concerts que Black Francis et Kim Deal, entre deux sets livrés avec une progression strictement alphabétique des morceaux, rencontrèrent le producteur Gil Norton, un ancien des studios Fort Apache, qui avait déjà oeuvré avec Kristin Hersch, Tanya Donelly et leurs frapadingues de collègues sur l'EP Chains Changed. Rapidement pressenti pour diriger les manoeuvres du deuxième album, l'homme fut d'abord mis à l'épreuve sur un remix de "Gigantic" pour la radio. A l'époque, l'idée des pontes de 4AD, Ivo Watts-Russel en tête, était de ne surtout pas compromettre les qualités mélodiques évidentes des Pixies en raison d'un rendu studio trop austère. Derrière ces craintes, traduites d'ailleurs par l'échec commercial de Surfer Rosa, se distinguait un axiome : surtout, ne pas réengager Steve Albini à la production. Cette décision de confier les rennes de Doolittle à Norton fut fondamentale dans la genèse du disque, car les méthodes de production de l'intéressé et d'Albini étaient quasiment antinomiques, et le rendu final de ce deuxième jet studio s'avéra de facto radicalement différent de celui du premier album.

A la base de ce disque, sorti dans le commerce à peine six mois après l'album andalous, on retrouve une cassette de démos affectueusement baptisée Whore ("Putain") par un Black Francis plus biblique que jamais, et enregistrée en une semaine dans l'arrière-boutique d'un salon de coiffure. Cette fois-ci, 4AD décide d'allouer un budget de 40.000 $ au groupe, soit quatre fois plus que pour Surfer Rosa. Norton sacrifie de longues heures avec Black pour affiner certains points de détail : tempo et longueur des morceaux, dynamisme du son, tout est passé au crible de l'analyse implaccable du bretteur en charge du projet, lequel parvient la plupart du temps à convaincre le chien fou des Pixies du bien fondé de ses remarques. La production se retrouve amplifiée, affinée, éradiquant impitoyablement toute impureté dans le son et faisant la part belle aux overdubs en pagaille (ceci étant surtout vrai pour les parties de guitare). Beaucoup de détails sont rajoutés de ci de là, quelques violons et violoncelles font leur apparition, les harmonies entre les voix et les différents instruments font l'objet de beaucoup plus d'attention. Mais tout cela ne se fait pas au détriment des traits de caractère propres aux Pixies : une voix chuchotée-hurlée insaisissable, des choeurs féminins délicats et englobants, une basse omniprésente dans la structure des titres, un jeu de guitare alliant sécheresse des rythmes et imprévisibilité des errements, un jeu de frappe rugueux et massif. En clair, l'alliance de la raison et de la folie, de la douceur et de la violence. Un chaud et froid entremêllé, et une pure jouissance pour l'amateur de rock.

Dès que les premiers frottements de la quatre cordes de Kim Deal se font entendre sur "Debaser", c'est le choc : le morceau est tout bonnement gigantesque, habilement mis en valeur par une production léchée qui saute sans crier gare à la figure de l'auditeur. Le son de guitare de Santiago y est prodigieux, la mélodie, imparable, le rythme, trépidant, le jeu vocal de Black, stupéfiant. Ce morceau hautement surréaliste, largement inspiré du film Un Chien Andalou (réalisé par Luis Buñuel et Salvador Dalí en 1929), est probablement ce que les Pixies ont comis de mieux en quatre albums. Mais non loin de ce coup d'éclat qualitatif se situe le superbe single "Monkey Gone To Heaven", laissant exploser au grand jour l'incroyable talent des lutins de Boston à tresser des ambiances à la fois étranges et poignantes. Le titre, qui évoque vaguement un raz de marée cataclysmique, est à l'origine de l'étrange artwork qui orne la pochette du disque et qui représente un singe auréolé et entouré des chiffres 5, 6 et 7, symbolisant respectivement, en langage Blackien, l'homme, le Diable et Dieu. Jamais peut-être le quatuor ne retrouvera un tel équilibre entre justesse de l'instrumentation et richesse ornementale.

Mais ce serait bien mal connaître Black Francis que de le cantonner dans des shémas musicaux toujours stéréotypés. Doolittle, même s'il s'avère infiniment plus abordable que l'effrayant Surfer Rosa, fait également la part belle aux délires joyeusement barés. Comme ce "Crackity Jones" relatant les déboires de Black avec un collocataire drogué et travesti rencontré à Porto Rico, libérant sauvagement des années de frustration accumulées aux côtés de l'odieux personnage. Ou également comme ce "Dead" au sein duquel la violence des cris stridents du chauve n'a d'égal que l'ampleur des sursauts désordonnés de la guitare de Santiago, et ce avant de retomber sur un refrain instrumental parfaitement harmonisé. Ailleurs, on retrouve des morceaux décalés dont le rythme autant que les paroles déclenchent immanquablement un plaisir hilare, on pensera notamment au très cool "Here Comes Your Man", à l'hispanisant "Mr Grieves" ou au délirant "La La Love You", poilade volontairement ringarde qui voit David Lovering s'essayer à des vocalises aussi stupides que naïves. L'album varie les plaisirs à l'infini, pousse à son paroxysme les contrastes couplet chuchotté / refrain vomi ("Dame"), se complait dans une fascination joyeusement morbide pour le corps et la chair ("Wave Of Mutilation", "I Bleed"), parvient à enflammer le rythme mexicanos de "There Goes My Gun" sans aucune autre parole que les quatre mots de ce titre débonnaire, et y va même de sa tirade larmoyante à la poor lonesome cowboy ("Silver", superbes harmonies vocales du couple terrible Black-Deal). Tout ça sans oublier, en guise de digestif, deux magnifiques morceaux ciselés à l'or fin : un "Hey" transporté par le groove vicieux de la basse, l'indolence confondante de la guitare et les superbes choeurs aériens de Kim Deal, et surtout un "Gouge Away" aussi biblique qu'haletant dont la fonction principale est, bien évidemment, de vous pousser à vous rabattre sans tarder sur le "Debaser" introductif. Un piège dans lequel il est toujours délectable de se vautrer.

A l'heure ou Black, Deal, Santiago et Lovering enflamment de nouveau les scènes du monde entier, on n'aura de cesse de rappeler deux vérités absolues et indépassables concernant le quatuor de Boston. La première, c'est que si le combo ne proposera probablement plus jamais de nouvel album, il possède à son actif quatre productions studio à la qualité tout bonnement phénoménale, albums à côté desquels il serait aussi idiot que criminel de passer. La deuxième, et non la moindre, c'est que si les disques des Pixies se révèlent tous parfaitement aptes à être enquillés jusqu'à l'overdose, même encore à ce jour, Doolittle se doit d'être impérativement ingurgité avec une régularité métronomique, plusieurs fois par an, et ce afin de ne pas oublier qu'il s'agit là de l'un des plus grands albums de rock jamais composés par l'homme. Pas moins.         

Commentaires
Soyez le premier à réagir à cette publication !
Soutenez Albumrock

Nous avons besoin de vous pour garder notre indépendance !


Publicité
Barème
Sans intérêt
Raté
Très faible
Décevant
Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Critique d'album

Pixies


Beneath The Eyrie


Critique d'album

Pixies


Head Carrier


Critique d'album

Pixies


Indie Cindy


Album de la semaine
À lire également