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Critique d'album

The National


Sleep Well Beast


(08/09/2017 - 4AD - Indie Pop - Genre : Rock)
Produit par Aaron & Bryce Dessner, Matt Berninger, Peter Katis

1- Nobody Else Will Be There / 2- The Day I Die / 3- Walk It Back / 4- The System Only Dreams In Total Darkness / 5- Born To Beg / 6- Turtleneck / 7- Empire Line / 8- I'll Still Destroy You / 9- Guily Party / 10- Carin At The Liquor Store / 11- Dark Side Of The Gym / 12- Sleep Well Beast
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Renouveau surprenant et réussi pour The National"
Diego, le 28/04/2021
( mots)

Sleep Well Beast marque le retour du quintet de l’Ohio, après 4 ans d’absence depuis la sortie d’un Trouble Will Find Me qui sentait la fin de cycle. Et quel cycle ! En trois albums (Boxer, High Violet et donc Trouble…), Matt Berninger et ses duos de frangins se sont auto catapultés sur le toit de l’indie rock. Des tournées et des concerts dantesques ont même fini d'asseoir la réputation méritée de bête de scène du frontman, qui propose en live une version dionysienne diabolique de sa personnalité de songwriter méticuleux.

Quatre ans c’est long, aussi ce "break" a-t-il permis aux différents membres du groupe d’explorer d’autres horizons, au travers du plutôt réussi side project El Vy (associé au pianiste Brent Knopf) pour Berninger, d’une implication plus grande dans la production pour Aaron Dessner (avec Local Natives, This Is the Kit, ou encore Frightened Rabbit), ou encore de compositions classiques contemporaines pour Bryce Dessner.

Durant cette période, l’éloignement géographique a également impacté la manière de façonner les chansons si soignées du groupe : Berninger vit désormais à Venice en Californie, Aaron Dessner a posé ses pénates dans son studio de Long Pond (upstate New York), et Bryce Dessner est en partie à Paris, où il partage la vie de la chanteuse Mina Tindle. Alors forcément, lorsque tout ce beau monde se retrouve dans le studio d’Aaron, le résultat ne peut être que différent. Comme on vous l’avait dit, fin de cycle.

Le retour de The National se matérialise d’abord par la sortie du  premier single, "The System Only Dreams in Total Darkness". Il s’agit ici probablement du titre le plus radiogénique du groupe à ce jour, avec son riff imparable, sa montée en puissance et son refrain accrocheur. Sept ans plus tôt, Michael Stipe, dont la carrière au sein de R.E.M. fait figure de référence sur le dosage indie/tube, conseillait au quintet de Brooklyn, alors sous le feux des projecteurs après l’explosion Boxer, de créer un hit pour réellement décoller aux yeux du grand public. La tentative, "Anyone’s Ghost" sur High Violet, avait été un échec. On parle ici bien évidemment de la recherche de tube, pas de la qualité intrinsèque du morceau.
Inspiré par l’actualité politique américaine, dominé par l’élection de Donald Trump, "cheeto in chief", le titre fait allusion au fait que pour se reconstruire, peut-être faut-il tomber au plus profond des ténèbres, sorte de politique de la terre morale brûlée. La reconnaissance publique ira même jusqu’à l’attribution du Grammy Award du meilleur album de “musique alternative” pour le disque sujet de cette chronique. Le mystère reste entier tant sur la réelle signification du terme “alternatif”, que sur la composition des jurys de ces prix auxquels il vaut mieux se garder d’accorder trop de crédit.

Au-delà de cette radiogénie découverte sur le tard, le contenu de Sleep Well Beast surprend par l’incorporation bien sentie d’éléments de musique électronique dans les compositions: dès l’intro du bouleversant et intimiste "Nobody Else Will Be There", on est surpris par ce tapis de modulation sonique inconnu jusqu’à lors dans la discographie du groupe. "Walk it Back" pousse le bouchon encore plus loin, laissant Berninger crooner sur des synthés peu à peu rejoints par une orchestration plus traditionnelle, et même par un extrait de discours de Karl Rove, ancien conseiller politique de George W Bush. L’extrait en question est une sorte de manifeste de l’idée de fake news sur lequel Berninger s’amuse et invite Lisa Hannigan, collaboratrice du groupe de longue date, à en faire autant.

Ces nouveautés n’empêchent pas The National d’opérer efficacement en terrains connus, comme sur les virevoltants "The Day I Die" et "Turtleneck", qui alternent avec des morceaux plus calmes, centrés sur le piano de Dessner et la voix de Berninger. C’est probablement d’ailleurs sur ce point que l’album manque un peu d’engouement, en particulier sur les morceaux "Empire Line" et "Born to Beg", plutôt réussis mais pas indispensables.

Au contraire, le déchirant "Guilty Party" fait le constat de l’échec parfois seulement dû au destin, sans coupable désigné, sur une ballade incorporant des éléments d’électronique mais aussi un fabuleux canon de solos de guitares des frères Dessner. "Carin at the Liquor Store", en hommage à sa femme et co-lyriciste Carin Besser, est également une réussite, où Berninger rend notamment ses lettre de noblesses au romancier et noveliste John Cheever, connu pour dépeindre les maux de la classe moyenne supérieure américaine. Vous avez dit filiation ?

Attardons nous enfin sur quelques ovnis présents sur Sleep Well Beast: en revenant d’abord sur "The System (...)", qui comporte le meilleur solo de guitare posé sur une chanson du groupe (la concurrence est-elle réellement féroce ?). Sur les versions lives, Aaron Dessner s’en donne à cœur joie, c’est une vraie nouveauté pour ce groupe aux compositions d’habitude anti-guitar hero. Le titre "Dark Side of The Gym" est également singulier, de par sa simplicité, sa thématique onirique et utopique renforcée par l’apport de la voix de St. Vincent, et sa vision résolument positive. Une vraie révolution pour le groupe, à moins qu’il ne s’agisse que d’un rêve, l'ambiguïté est présente. Il y a un réel côté désuet à ce titre, avec sa guitare tout juste crunchy très 50s. Mention spéciale également pour le clip associé, qui voit les danseurs Justin Peck et Patricia Delgado nous émerveiller de leurs grâce (voir ci-dessous).
 
Enfin, comment ne pas s’attarder sur "I’ll Still Destroy You", véritable déstructuration d’une chanson indie rock, avec ses samples électroniques chaloupés, le phrasé presque narré du baryton Berninger, et l’incorporation géniale de la pierre angulaire du groupe sur chacun de ses albums jusqu’à présent : la batterie de Bryan Devendorf. Anormalement absent de cette chronique jusqu’à ces lignes, le batteur attaque sa charley avec une douceur jouissive sur les bridges et propulse le morceau dans des sphères divines avec un finish punchy. Le thème musical du morceau sera repris jusqu’à épuisement sur la dernière piste, "Sleep Well Beast", morceau inconcevable à l’écoute des premiers disques du groupe.

Sur tout l’album, la qualité de songwriter et le soin accordé à rendre accessibles les sentiments évoqués nous frappent. En plus de la politique, la thématique du malaise est très présente (“until everything is less insane, I'm mixing weed with wine”/"Jusqu'à ce que tout soin moins inconcevable, je mélange l'herbe et le vin", "keep the weed next to the bed”/"garde l'herbe près du lit", “meet me in the stairway for a second, for a glass of gin”/"retrouve moi dans l'escalier pour un verre de gin"). Celle de la fatalité, autre sujet de prédilection du groupe, est également invitée : “nothing I do makes me feel different”/"rien de ce que je fais ne me fait me sentir différent", ou encore, sur "Guilty Party", “another year gets away, another summer of love, I don’t know why I care, I miss it every summer”/"une autre année s'échappe, un autre été de l'amour, je ne sais pas pourquoi ça m'intéresse, je le rate tous les ans". Poétique et déchirant.


L’humour et la finesse de l’écriture de Berninger sont par ailleurs toujours remarquables, on citera comme exemple l’expression "the molecules and the caplets" faisant référence à un inconfort physique et à ses manifestations chimiques, mais aussi, via les sonorités, aux Montaigus et aux Capulets, personnification du destin tragique.

C’est bien cela qui fait de The National un groupe si particulier, cette capacité à exceller tout en avançant, à se renouveler après un cycle d’albums extraordinaire. Bien qu’il n’augure pas forcément une direction sonore définitive pour la suite, Sleep Well Beast contribue au sans faute discographique du groupe désormais polymorphe.

Avis de première écoute
Note de 3/5
Certes, c'est beau, ça chante bien, ça sonne bien, c'est un peu tristounet parfois, un peu plus énervé de temps en temps, mais voilà un Sleep Well Beast qui pêche par la redondance de sa construction, comprendre par là: une chanson calme/larmoyante/torturée/chiante (faites votre choix) puis un titre expéditif/viril/électrique, et ainsi de suite pendant plus d'une heure. Un peu facile...
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Commentaires
DiegoAR, le 30/04/2021 à 10:19
Le premier album est bien entendu inclus dans la discographie sans-faute évoquée en fin de chronique. Cela dit, c'est vrai que le début de carrière est souvent laissé un peu de côté, y compris pas le groupe lui-même dans ses setlists de concert ... Chiche, on en parle bientôt sur albumrock :)
Rico, le 29/04/2021 à 17:08
Dommage d avoir oublié le 1er album (éponyme) pour moi le meilleur ????
Adam D, le 27/09/2017 à 01:26
Sublime. Tous les morceaux sont parfaits. Son est sublime , on devient conscient après plusieurs écoutes. Cela est indispensable pour apprécier cet album ( on tous cas pour moi).