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Critique d'album

Troy Von Balthazar


Knights of Something


(04/04/2016 - Vicious Circle - Pop Lo-fi - Genre : Pop Rock)
Produit par Troy Von Balthazar

1- Surfer / 2- Thugs / 3- We Need You / 4- Smarter / 5- Astrid / 6- Empire of My Hate / 7- New World Lamb / 8- Touch is Meat / 9- Curses! / 10- Smile / 11- My Black Prize / 12- Manic High / 13- Lemon Seed
Note de 2/5
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Note de 3.5/5 pour cet album
"La Pop Lo-Fi de TvB à son meilleur niveau"
Valentin, le 06/09/2016
( mots)

Son nom ne vous évoque sûrement pas grand-chose. Pourtant, l’hawaïen Troy Von Balthazar peaufine son art depuis maintenant plus de 25 ans. Il a discrètement traversé les années 90 avec le groupe Chokebore en rencontrant un léger succès d’estime en Europe, et plus particulièrement en France. Le quatuor délivrait alors une musique brumeuse, principalement influencée par le noise rock et le punk, mais curieusement ponctuée de sursauts mélancoliques se faisant de plus en plus nombreux au fil des albums. C’est sans doute cette singularité qui intrigua Kurt Cobain, et qui les amena ainsi à ouvrir pour les dix dernières dates américaines du célèbre groupe de grunge. Chokebore fut alors très souvent comparé à Nirvana, bien qu’en dehors de prestations scéniques énervées, il y ait peu de rapport entre la musique des 2 groupes.

Pourtant, c’est dans un registre très différent que s’illustre TvB depuis ses débuts en solo. Fini, les riffs plaintifs à la guitare électrique : aujourd’hui, le musicien privilégie un son plus confidentiel, où les guitares acoustiques ont souvent le beau rôle. Seront conservées de Chokebore les expérimentations lo-fi qui avaient fait leur apparition sur les derniers disques. Le chant punk a ainsi disparu pour mettre en avant le timbre sensible et délicat du chanteur, et son style vocal, tout en retenue, à la limite du chuchotement, se rapproche désormais doucement de celui d’Eliott Smith. Cette comparaison prend d’ailleurs tout son sens lorsque l’on apprend que le déclic de TvB pour la musique acoustique s’est produit alors que l’interprète de "Miss Misery" lui faisait écouter une démo. En plus de cela, il a participé à la récente tournée hommage au regretté américain, The Color Bars Experience, aux côtés de musiciens talentueux comme Jason Lytle des géniaux Grandaddy.

Si ses 3 premiers disques développaient timidement une pop indépendante, cabossée, et ponctué de légères expérimentation électroniques, la sortie de …is with the demon en 2012 marqua une importante évolution stylistique pour le musicien. Tout y est plus soigné : la production, plus dépouillée, intégrant davantage de claviers et de pianos, confère alors une ambiance unique à l’ensemble. Quant aux compositions, elles gagnent également en intensité pour nous offrir quelques bijoux au passage (la magnifique "Tropical", écrite et enregistrée chez son ami Leonard Cohen). S’en suivit pour le désormais Berlinois quelques années compliquées, marquées par le doute et la solitude, qui ont finalement donné naissance à ce bel album qu’est Knights of Something

On se retrouve en terrain connu dès les deux premiers titres, avec un mélange délicat de guitares subtilement écorchées, surplombé comme à l’habitude par le chant fragile et intime de l’hawaïen. Pourtant, on remarque assez rapidement que ce quatrième disque est bien plus varié et plus ambitieux que ses prédécesseurs : les compositions ont bien plus d’espace, chacune a une ambiance qui lui est propre. Ainsi, après un début assez électrique, on rencontre des titres plus épurés, plus introspectifs ("Empire of My Hate", "Touch is Meat"), des pistes beaucoup plus sombres ("Manic High", "Smarter") ou, à l’inverse, des mélodies plus enjoués ("Astrid", "Curses"). L’album gagne alors en fluidité vis-à-vis de …is with the demon, mais il en voit aussi sa cohérence remise en question. On frôle le hors sujet sémantique avec la psychédélique "Lemon Seed", dont le ton et l’ambiance dénote beaucoup trop de l’ensemble, mais qui, par son rôle de morceau de clôture, peut encore suggérer une ouverture radieuse après un album globalement pessimiste.

On le remarque assez facilement en interview : TvB n’est pas un grand loquace. Une timidité presque maladive qui le pousse à se cacher derrière un pseudonyme, ou bien à masquer sa voix derrière une ribambelle de filtres (tendance qui s’est heureusement estompée sur ce disque). Une bonne partie des morceaux abritent alors des textes alambiqués (la succession dissonante d’images de "Surfer"), manière pour lui de nous crypter un peu plus ses états d’âmes, et ceux-ci sont toujours marqués par ce mélange singulier de mélancolie, de nostalgie et de naïveté qui lui est propre. Ainsi, "Smile" nous rappelle avec le strict minimum de mots ce sentiment de vacuité que tout le monde a déjà ressenti en exerçant un travail ingrat et peu réalisant, expérience qu’il a lui-même traversé récemment puisqu’il a dû nettoyer les tables d’un restaurant berlinois pour financer cet album. Il semble plus facile pour lui de se livrer à nous qu’auparavant, comme le témoignent ces nombreux titres qui parlent directement de sa personne et dont le sens est immédiatement accessible. On trouve parmi eux le dernier morceau cité, mais surtout l’hypnotisant "Touch is Meat", un des morceaux les plus poignants de l’album, qui brille musicalement par l’utilisation ingénieuse de ses effets de délai ainsi que par un chant désabusé à la limite de la rupture.

Troy Von Balthazar est fasciné par les imperfections, d’où son rattachement au lo-fi. Il est parfois difficile de comprendre tout le travail autour de cette esthétique, les artistes la développant pouvant aisément être perçus, dans des cas extrêmes, comme des excentriques mutilant maladivement leur son et leurs instruments sans réel intérêt au final. Il suffit en effet d’écouter quelques morceaux de Daniel Johnston, pionnier du lo-fi, pour être hautement déconcerté. Mais le lo-fi est, aujourd’hui, davantage une esthétique et un état d’esprit qu’un genre à part entière : existe-t-il un profond point commun musical, en dehors de la qualité d’enregistrement, entre Pavement, TvB, Cloud Nothing et Johnston ? Vous pourrez chercher longtemps, il n’y en a pas. Il y a donc presque autant d’expériences possibles avec le lo-fi qu’il y existe de groupes s’en réclamant. Si tout cela vous laisse tout de même froid ou perplexe, TvB contribuera alors à vous rendre accessible cette approche du son, tant les incartades caractéristiques du lo-fi sont ici sensées et maitrisées. Un bon exemple serait le riff d’intro au bit-crusher (outil permettant de réduire la définition du son) de "Thugs", qui souligne à merveille la portée nostalgique de l’ensemble en émulant l’épuisement d’un quelconque périphérique d’enregistrement. Les exemples de ce type sont ici légions : les expérimentations n’ont aucune volonté démonstrative, elles servent toujours le propos de la chanson. Sur "New World Lambs", la voix de TvB est pitchée quelques tons plus bas (comme sur un morceau emblématique de Chokebore, "Days of Nothing") pour incarner au mieux l’homme usé que nous présente son texte. L’effet est réussi, et projette dès les premières notes le morceau dans une ambiance doucement apocalyptique.

Après plusieurs écoutes, c’est avant tout le souvenir de "Manic High" qui subsiste. Avec son chant dévorant, ses douces vagues de guitare et ses vieux claviers dansants, ce morceau hantera même l’âme des moins attentifs. Autre morceau remarquable, "Astrid", qui nous dévoile doucement son ironie à mesure que son rythme nous entraine, tout en nous montrant au passage que TvB sait toujours doser la tension jusqu’à l’explosion au sein de titres plus électriques, comme si Chokebore était encore là. Quelques faiblesses font aussi surface (les anecdotiques "We Need You" et "My Black Prize"), mais ne ternissent que très peu l’affection que l’on développe vis-à-vis de Knights of Something, grâce aux bonnes idées et aux mélodies travaillées qui traversent tout le disque. TvB nous a encore une fois offert un très bon album, sûrement le plus abouti et le plus constant de sa carrière. Il réussit ici à rendre accessible et compréhensible un langage propre à la musique lo-fi, tout en imposant une forte personnalité sur chacun de ses morceaux. Il est pourtant fréquent pour ce genre d’artistes de tomber dans la surenchère abusive d’effets et d’expérimentations (saluons ainsi John Frusciante et ses deux derniers horribles disques), mais Troy Von Balthazar vient encore de prouver qu’il est possible de faire résonner pop et lo-fi dans un même ensemble, et qui plus est, d’une très belle manière.


Morceaux conseillés : "Manic High", "Astrid", "Thugs" et "Touch is Meat"

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