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Critique d'album

Daughter


If You Leave


(18/03/2013 - 4AD - Indie Folk - Genre : Chanson / Folk)
Produit par

1- Winter / 2- Smother / 3- Youth / 4- Still / 5- Lifeforms / 6- Tomorrow / 7- Human / 8- Touch / 9- Amsterdam / 10- Shallows
Note de 4/5
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Note de 4.0/5 pour cet album
"Fille de tristesse."
Kevin, le 04/04/2013
( mots)

Daughter, c'est un trio basé à Londres, mais c'est surtout un de ces groupes que l'on écoute grandir du coin de l’oreille. Après deux EPs remarqués car remarquables, la presse et le public ont conjointement coché leur nom et se sont promis de le retenir pour ne pas louper le tant attendu premier album. Souvent, les premiers albums déçoivent, parfois la prophétie s'accomplit. Sages et patients, ils ont pris le temps de soigner l'objet, tant et si bien que le temps faisant son affaire, on avait un peu oublié de les attendre. Avant que 4AD, excusez du peu, n'annonce que le groupe accouchera de son premier album pour le printemps 2013. Depuis la libération de If You Leave, les louanges ne cessent de pleuvoir, les concerts affichent complets, alors pas farouches pour un sou, nous allons accorder nos violons. Oui, l'album est impeccable. 

Parlons musique un petit peu. La musique de Daughter est compliquée à confiner, tant leur folk tire dans tous les sens pour exalter le genre par leur plume si particulière. Leur plume sombre et intimiste, maniée par la chanteuse Elena Tonra, est sans conteste leur meilleure identité. Ses mots se diffusent dans l'air comme un doux poison, noircissant tous les tableaux de langueurs et de résignation. Chaque morceau, à sa façon, est une pernicieuse invitation à l'abandon, au lâcher-prise, tant sa voix faussement calme, crache l'encre noire avec l'abattement qui sied. Rarement nue, la voix d'Elena est tour à tour subrepticement paniquée ou consciente de sa portée, mais toujours joliment arrangée. Il faut dire que la production, ne souffre d'aucun manquement, on n'est d'ailleurs pas étonné d'y retrouver Rodaidh McDonald, déjà aux manettes sur le premier album de The xx. Il y aurait d'ailleurs des ponts à dresser entre les deux groupes, tant les deux savent gouverner le peu pour laisser jaillir l'émotion. Même si Daughter ne s'enferme pas dans ce carcan minimaliste, certaines compositions, comme l'outro "Shallows" se complaisent dans une progression lente ou peu d'éléments s'entrechoquent. Mais, comme souvent dans cet album, le calme précède la tempête et un délicat orage éclate pour nous piquer au fond de notre torpeur. 

Dès "Winter", la recette s'expose. Premier couplet froid comme le marbre, refrain chamanique étouffé dans un brouillard électrique puis sans transition, le convoi s'emballe et dissipe notre engourdissement naissant. Avant que tout ne revienne à la normale, lénifié dans un cocon cotonneux. Ce qui est aussi notable, c'est leur capacité à adapter leurs mélodies et leurs rythmes, souvent sous l'impulsion intelligente et délicate du batteur (français) Rémi Aguilella. Un peu, toutes proportions gardées, à la manière de Bryan Devendorf, éminent cogneur de The National, il instigue les changements de cap avec précision, puis disparaît derrière la voix de sa chanteuse, toquant à notre conscience par intermittence. Ce qui est tout aussi étonnant, c'est cette maîtrise. Maîtrise des mélodies, des rythmes donc, maîtrise aussi de ce lyrisme dépressif tout aussi délicieux que froid. S'il est aisé de s'y lover avec envie, il demeure une substantielle frustration à les entendre à ce point contrôler les deux hémisphères de leur musique. Si leurs sombres poèmes sont aussi beaux que parfaitement exécutés, ils auraient été divins s'ils avaient joint les actes à la parole. Si, plus que raconter l'abdication face au malaise, ils avaient eux-mêmes abdiqués en chanson. Comme au fond de ce refrain somptueux de "Still", où l'on perçoit l'ombre de la capitulation, juste avant qu'Elena ne reprennent délicatement, mais fièrement les armes. Et le schéma se répète tout du long. Comme si écrire le désespoir demeurait, malgré tout, plus simple que le chanter. 

Peut-être au fond que le bon prend le pas sur le beau. Car la folk de Daughter n'hésite jamais à parcourir les allées glacées du post-rock, voire de l'ambient pour habiller ses chagrins. Les guitares oscillent dans la brume, dansent à contre-temps, presque imperceptibles, annonçant les orages à venir. Et dire que le trio excelle dans le tissage d'atmosphères instables est un euphémisme, même si ces atmosphères ne servent que de décors idoines à la littérature de leur chanteuse. La force qui émane d'un "Human", seul morceau qui assume pleinement un esprit de révolte, confère au titre un halo à part dans l'album, comme s'il redressait la tête hors de la mélancolie. Ou bien la relative nudité de "Touch", troublée par des arpèges spectraux qui exalte l'étrange sensualité du titre. Autant dire que Daughter sait jouer sur les deux tableaux, celui du lyrisme par le texte et du magnétisme par les compositions. Et ils ne s'en privent pas, même si l'équilibre penche souvent vers le premier aspect de leur musique, ce qui parfois s'avère regrettable. L'omniprésence de la voix l'érige comme un guerrière intouchable, insubmersible et lui ôte un peu de sa si douce fragilité. 

If You Leave est cependant une très belle pièce, maîtrisée par un jeune trio bluffant de talent et de maturité. Des compositions riches, un univers habité et fascinant, qui attise une noirceur contenue qu'on aurait aimé goûter plus amplement, comme plonger les mains dedans et finalement les y laisser. C'est ainsi que se font les grands albums, en allant tout au bout du chemin, défiant parfois l'esthétique au profit du sens et des sens. Peut-être plus tard, car pour un premier album, l'identité dégagée est palpable, reconnaissable et franchement agréable. Il n'ont plus qu'à creuser le sillon, légèrement se réinventer (laisser plus d'espace aux compos ?), mais surtout, nous laisser encore le temps de déguster comme il se doit ce If You Leave savoureux.

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