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Critique d'album

Depeche Mode


Spirit


(17/03/2017 - Columbia - Mute - Electro pop - new wave - Genre : Autres)
Produit par James Ford

1- Going Backwards / 2- Where's The Revolution / 3- The Worst Crime / 4- Scum / 5- You Move / 6- Cover Me / 7- Eternal / 8- Poison Heart / 9- So Much Love / 10- Poorman / 11- No More (This Is The Last Time) / 12- Fail
Note de 3/5
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Note de 2.5/5 pour cet album
"Esprit, es-tu là ?"
Etienne, le 25/03/2017
( mots)

La question, toute référence à un quelconque chamanisme obscur mis de côté, est pourtant on ne peut plus pertinente à l’heure où Depeche Mode sort son quatorzième album, Spirit (Esprit donc). Passés maîtres dans l’art du teasing, les trois quinquas dévoilent la venue de ce nouvel effort par le biais d’une mise en scène finement orchestrée: conférence de presse annoncée à la hâte, retransmise en direct sur les réseaux sociaux et - c’est le plus important - sans objet défini, laissant alors les adorateurs aliénés du trio de Basildon et autres médias musicaux à la botte de Gahan, Gore et Fletcher faire monter la pression au gré de supputations piaffantes et d’imaginaire rêveur. Le verdict tombe à 11h pétantes le 11 octobre 2016 à Milan devant une masse de journalistes, Reflex au poing, prêts à twitter avant tout le monde le cliché de ce prochain disque, assurément l’un des plus attendus de l’année 2017. La douche est froide, glacée même, alors que le crépitement des flashs se fait de plus en plus agaçant au moment où le groupe affiche l’illustration de ce chapitre spirituel. Un titre court, gouaché noir, parsemé de pigments rougeâtres sur fond gris réalisé par l’habituel directeur artistique de Depeche Mode, Anton Corbijn. Les codes picturaux, plutôt austères, sont les mêmes que ceux usités sur le dernier apport discographique des anglais, à savoir le très recommandable Live In Berlin paru en 2014. Voire dans les mêmes tons binaires apprécié par le groupe depuis le live à Paris capté en 2001 dans le cadre de l’Exciter Tour et filmé par… Anton Corbijn. Où est la révolution, commenteront les plus médisants d’entre nous.

Et c’est à cette question que Depeche Mode tente de répondre avec son premier single, "Where’s The Revolution ?". Lancé en éclaireur d’un album qui, selon ses géniteurs, se veut hautement politisé, le titre échoue - comme pour Delta Machine avec "Heaven" - à déclencher un profond émoi en dépit de la ferveur parolière annoncée. N’est pas "Wrong" (Sounds Of The Universe, 2009) qui veut. Très électronique, "Where’s The Revolution ?" manque profondément d’équilibre et agresse par ses frappes de claviers stridentes autant qu’il ennuie par sa rythmique gluante, attentiste, neutre. Et que dire de Gahan, totalement dans les choux, délectant d’une partie vocale neurasthénique, sans relief et qui - c’est bien là le pire - va piocher ses quelques variations mélodiques dans un (pas si) ancien morceau du groupe, j’ai nommé le très bon "Corrupt" extrait de Sounds Of The Universe. Où est la révolution ? Pas là en tout cas…


"Where's The Revolution ?":



"Corrupt":



Non, la révolution de Depeche Mode - si tant est qu’il en existe une - est intentionnelle tant Spirit est révolté, une véritable insurrection musicale au service d’un monde des hommes en perdition, décrite d’emblée et sans ménagement dans un "Going Backwards" triste et abattu, constatant le parallèle troublant entre une évolution technologique sans limites et la régression caverneuse des mentalités:


"We're going backwards
Armed with new technology
Going backwards
To a cavemen mentality"

("Nous régressons
Armés d’une nouvelle technologie
Régressons
Vers une mentalité d’homme des cavernes")



Echo direct du Depeche Mode contestataire de Music For The Masses - son aîné de trente ans - les titres de Spirit n’en atteignent à aucun moment le brio et pêchent par excès de démagogie, cherchant à tout prix à expliciter son propos (l’abominable "Where’s The Revolution") quitte à verser dans une violence textuelle sans retenue ("Scum" et son "Pull the trigger" - "appuyer sur la détente" - éructé avec hargne à l’effet discutable) ou dans le politiquement très correct ("Poorman" et sa déclaration anti-capitaliste téléphonée). Catapultés au premier plan sonore, les textes de Gahan et Gore sont scrutés par tous les observateurs comme le manifeste ultime contre la caste politico-politicienne moderne et salués par l’ensemble des critiques (The Guardian, AllMusic, Mojo, Sputnik) qui dégaine leurs papelards dithyrambiques à peine la bête apprivoisée. Indécemment, Spirit atteint rapidement la note de 82/100 sur Metacritic, mieux que toute la discographie post-Ultra du groupe, et donc que les bijoux Exciter (2001) et Sounds Of The Universe (2009). On nage en pleine mer de guimauve à la lecture de ces chroniques fascinées par la portée politique de l’objet, aliénées par la noblesse d’esprit de ces valeureux chevaliers britanniques osant mener la fronde contre le dictat de l’obscurantisme extrémiste. Soit, l’action est belle. Mais cela doit-il subsister comme seule source de satisfaction auditoire ? Auquel cas, on attend impatiemment l’audiobook du père Macron/Fillon/Hamon/Mélenchon/Cheminade (faîtes votre choix, c'est pour bientôt) pour hurler au chef d’oeuvre… Sérieusement… Heureusement pour nous audiophiles, certains canards un peu moins empressés (The Independent, Consequence Of Sound) prennent le temps de décortiquer la chose méticuleusement, de ranger leur militantisme aveugle au placard et d’écouter Spirit comme l’album d’un grand groupe n’ayant jamais commis de faux-pas discographique majeur. A ce jour.

A vouloir dépiauter la prose de Gahan comme le littéraire écale Proust, l’habillage musical de ce quatorzième album en est totalement occulté. Car, avant même de devenir ses quinquas résolus à mener le mutinerie contre le capitanat politicien, Depeche Mode est un formidable pourvoyeur d’émotions, de troubles et d’interrogations à chaque microsillon livré, touchant par une grâce sombre et une intensité charnelle le mélomane appliqué, plongé dans le tourbillon poétique de cette pop électronique sans égale. Electronique, Spirit l’est. Beaucoup. Trop peut-être. Balançant des beats gonflés aux hormones incessants et peu inspirés ("Poorman", "No More"), les britanniques peinent à faire décoller leurs morceaux, à créer cet frisson subtil, se perdant dans cette volonté marquée de convaincre plus que de toucher, de revendiquer plus que d’énoncer, de statuer plus que d’évoquer. A la torpeur lancinante d'un clavier esthète, Depeche Mode préfère la matraque tortionnaire des rythmes et s'affiche en ordre de bataille comme le régiment au son des tambours ("Going Backwards"). Les trois guerriers sont là pour en imposer, pour dénoncer même, se faisant au gré de douze titres militants la voix des réclamations sourdes d'un peuple opprimé ("Where's The Revolution"), quitte à délaisser leurs luths de troubadours pour se muer en sans-culotte à l'assaut de la Bastille. Impliqués, Gahan et Gore (et Fletcher, vite fait) le sont comme jamais et défendent bec et ongles ce dernier-né métronomique, aux BPM pulsés avec une vigueur suante sur fond de prose barytone monotone par un leader se voulant inspirant mais se montrant finalement peu inspiré. Etonnant tant celui-ci s'était révélé en pleine possession de son organe sur la dernière production des Soulsavers. Confiné dans sa zone de confort lyrique, capitonné par des à-coups binaires persistants, Spirit piétine, son message avec lui. Car la revendication frontale ne sied pas à Depeche Mode. Car il est de ces groupes qui parle avant tout aux coeurs, pas aux têtes.


Recentré sur ses forces premières, le trio délivre des pièces poignantes, pleine de cette juste mélancolie contée à la marge de quelques arpèges figés dans le temps ("The Worst Crime") et d'atmosphères nébuleuses tragiques dans lesquelles la plume de Gahan excelle remarquablement ("Cover Me", superbe). Les textes n'en sont pas moins forts que ceux de "Going Backwards" ou "Poorman", mais ils sont mieux amenés, moins prosélytiques, et surtout, admirablement mis en musique, compliment impossible à attribuer aux deux compositions chantées par Gore ("Eternal" et "Fail") toujours aussi inintéressantes et à peine dignes d'une mauvaise BO de Disney. Recentré sur ses forces, Depeche Mode n'en oublie pas son formidable sens du groove quand il s'agit de faire remuer le séant d'une salle entière par l'usage de quelques phrasés provocateurs et autres postures suggestives d'un Gahan en transe sur le torride "You Move" et le percutant "So Much Love", balancés avec une gnak retrouvée. Recentré sur ses forces, Depeche Mode redevient tranchant et pertinent. Musicalement.


Spirit n'aurait pu être mieux nommé tant il est l'album de Depeche Mode le plus difficile à appréhender, le moins évident à lire, le moins efficace à écouter. En pleine période trouble, le trio de Basildon emprunte le chemin hasardeux de l'album engagé, bien loin de son statut doré d'institution du paysage musical moderne. Finalement, en bousculant les codes de Depeche Mode, en déroutant les fans les plus assidus, Spirit ajoute sa part de désordre à l'entropie générale. Et ça, on s'en serait bien passer.

Note de 2/5
C'est triste, mais il faut bien le reconnaître: Spirit n'est pas un grand album. C'est un album trop ambitieux, musicalement limité. Après l'intro grandiloquente (le très bon "Going backwards"), Spirit ne décolle jamais vraiment et pire encore, tombe dans les pires clichés du groupe. Quelques titres sont malgré tout à retenir, comme le très typique "So Much Love".
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Barème
Sans intérêt
Raté
Très faible
Décevant
Moyen
Bon album
Très bon album
Coup de coeur
Excellent
Culte
Mai 2017
12
Critique d'album

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